Société
Marocains détenus au Myanmar: l'ambassadeur du Maroc en Thaïlande révèle de nouveaux détails à SNRTnews
09/07/2024 - 17:56
Youness Oubaali | Mohammed Fizazi
L'ambassadeur de Sa Majesté en Thaïlande, M. Abderrahim Rahali, a révélé des faits et des détails troublants concernant les citoyens marocains victimes de la traite des êtres humains au Myanmar.
L'ambassadeur affirme que l'ambassade marocaine s'efforce de mettre en œuvre les Hautes Orientations Royales et les instructions du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, qui tient à ce que le travail de l'ambassade soit axé sur la préservation de la sécurité des citoyens marocains.
M. Abderrahim Rahali a indiqué, dans cette interview avec SNRTnews, que l'ambassade était au courant de la détention de Marocains et de leur exposition à la traite des êtres humains depuis la fin de l'année dernière, ayant aidé certains d'entre eux à retourner au Maroc.
SNRTnews: Quand avez-vous découvert l'affaire de ces Marocains détenus au Myanmar et comment êtes-vous intervenus pour les libérer?
M. Abderrahim Rahali: Conformément aux missions de l'ambassade en matière de garantie de protection des citoyens et de défense de leurs intérêts, l'ambassade a travaillé, en coordination continue, avec la cellule de crise du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger et ses différents services ainsi qu'avec les autorités marocaines compétentes, avec beaucoup de prudence, en raison de la sensibilité de la situation sécuritaire et politique dans la région et de la nécessité de préserver la sécurité des citoyens marocains, tout en évitant tout ce qui pourrait entraver les efforts déployés à cet égard.
L'intervention de l'ambassade a eu lieu au niveau officiel; par l'intermédiaire du ministère thaïlandais des Affaires étrangères et du président du comité frontalier au parlement thaïlandais, que j'ai rencontré personnellement et qui a coordonné avec l'armée thaïlandaise pour contribuer à la résolution de cette crise, en plus des contacts que j'ai eus avec le chef et les responsables du bureau de l'immigration de la ville de "Mae Sot" à la frontière avec le Myanmar.
L'ambassade a également collaboré étroitement avec l'Organisation internationale pour les migrations et diverses organisations de la société civile, notamment l'organisation Metta Charity qui a joué un rôle central dans ce domaine ainsi que la Fondation Global Advance Projects, l'organisation Act of Mercy International, l'organisation Global Alms Inc et l'organisation Exodus Road.
L'opération a été difficile et complexe et après deux tentatives, certains des victimes ont été libérés après paiement de sommes d'argent, et lors de la troisième tentative, les onze autres victimes ont été libérées sans paiement de somme d'argent.
Comme je l'ai mentionné précédemment, nous avons travaillé avec une discrétion et un calme total, sans informer les familles des différentes étapes entreprises par l'ambassade pour préserver la sécurité des victimes.
Mais le fait de ne pas informer leurs familles des détails a créé un certain manque de confiance et l'ambassade a été accusée de ne pas intervenir...
En effet, certaines familles ont eu des reproches vis-à-vis de l'ambassade, qui agissait, selon le devoir de réserve, pour éviter certains comportements qui ont nui aux efforts déployés et causé du tort à certaines victimes. Je confirme une fois de plus que si les efforts de l'ambassade avaient été dévoilés, il n'aurait pas été possible de libérer les victimes et de protéger leur sécurité.
Quand avez-vous préparé la première liste précisément?
Les noms des victimes ont été identifiés depuis la fin de l'année 2023, selon les informations disponibles pour l'ambassade, et la liste a été continuellement mise à jour en fonction des plaintes des familles soumises aux services du ministère des Affaires étrangères ou après que certaines victimes ont contacté l'ambassade.
Combien restent dans ces camps maintenant?
Cinq victimes ont été libérées du Cambodge, cinq du Laos et vingt-quatre du Myanmar, tandis que deux citoyens ont choisi de ne pas quitter les centres. Selon les informations disponibles pour l'ambassade, il ne reste maintenant qu'un citoyen qui se trouvait dans un autre centre loin des citoyens libérés et les efforts se poursuivent pour le libérer.
Les personnes libérées se trouvaient au même endroit?
Le Myanmar abrite plusieurs centres indépendants les uns des autres, en plus des autres centres situés au Cambodge et au Laos, ou ce qu'on appelle le triangle d'or.
Qu'en est-il du nombre de détenus, qui est estimé à environ 120 personnes?
L'ambassade n'a jusqu'à présent reçu aucune confirmation de ce chiffre, en l'absence de contact des victimes présumées ou de leurs familles. L'ambassade reste prête à accomplir ses missions chaque fois que nécessaire.
Qu'en est-il de ces frontières qui seraient dangereuses pour quiconque les atteint et qui vivent dans le chaos?
Du côté thaïlandais, la vie suit son cours normal dans les agglomérations donnant sur la rivière séparant la Thaïlande du Myanmar, d'où l'on peut voir ces centres abritant des entreprises de fraude électronique. Du côté myanmarien, la région reste sous le contrôle de groupes ethniques armés qui ne sont pas soumis à l'autorité centrale.
Quelles mesures sont prises après avoir quitté cet enfer?
Les victimes doivent suivre une procédure légale auprès des autorités thaïlandaises compétentes pour déterminer s'ils sont des victimes de la traite des êtres humains, une procédure relativement longue, et après confirmation, l'Organisation internationale pour les migrations intervient pour examiner la possibilité de délivrer des billets de voyage, sachant que l'intervention de l'ambassade est conditionnée par l'achèvement de la procédure devant les autorités thaïlandaises qui détermineront leur statut de victimes de la traite des êtres humains ou autre.
Y a-t-il parmi eux ceux qui ont été responsables du recrutement des autres?
La réponse à cette question relève de la compétence des autorités marocaines concernées, sur la base des plaintes de certaines victimes ou de leurs déclarations à ce sujet.
Quel est le lien de certains influenceurs en Thaïlande avec ce qui s'est passé, surtout que certains confirment l'existence d'une "richesse" du commerce électronique?
Encore une fois, il appartient aux autorités marocaines de statuer sur de telles affaires.
Que conseillez-vous à ceux qui poursuivent le rêve de s'enrichir rapidement grâce au commerce électronique là-bas en Thaïlande?
L'ambassade reste à la disposition de tout citoyen marocain ayant reçu une offre d'emploi de Thaïlande ou d'ailleurs pour fournir les informations nécessaires clarifiant les tenants et aboutissants de tout contrat de travail et s'assurer qu'il remplit les conditions légales.
Je profite de cette tribune médiatique pour attirer l'attention des jeunes Marocains et les sensibiliser aux dangers d'une nouvelle vague de recrutement vers la Thaïlande et les pays d'Asie du Sud-Est, par le biais d'offres alléchantes pour une formation ou un stage rémunéré de six mois ou un an. Il est donc nécessaire de faire preuve de prudence pour éviter une crise humanitaire similaire.
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