Société
Marocains non vaccinés: comment convaincre les réticents?
19/11/2021 - 07:00
Khaoula Benhaddou
Depuis quelques jours, l'opération de vaccination est quasiment à l'arrêt. 5 millions de personnes n’ont toujours pas reçu leurs doses. Ce sont particulièrement les jeunes qui refusent le vaccin. Est-ce possible de les convaincre? Quel est l’impact sur la situation épidémiologiques du pays?
Alors que la tutelle garde le silence sur les causes de ce ralentissement, les spécialistes pointent du doigt le manque de communication avec les citoyens.
Quelles que soient les raisons, ce ralentissement peut menacer le système de santé comme l’explique Tayeb Himdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé. "La non vaccination des personnes réticentes menace le système de la santé puisqu’elles pourront contaminer d’autres personnes. Face à cette situation, l'état sera obligé d’instaurer des mesures restrictives. Avec ces mesures, c’est toute la population qui va en souffrir sur le plan social et économique".
Pour le spécialiste, les personnes non vaccinées ne sont pas conscientes du danger qu’elles encourent. "D’abord, ces personnes risquent de développer des formes graves de la maladie. Elles sont également propagatrices du virus. N’oublions pas que nous avons des groupes qui ne peuvent pas se faire vacciner comme les enfants moins de 11 ans et les personnes non vaccinables ou allergiques. Ce n’est pas tout, nous avons également une catégorie complétement vaccinée mais qui a une faible immunité», martèle Himdi.
Quid de l’immunité collective ?
Tayeb Himdi explique que cette immunité collective ne sera jamais atteinte si les 5 millions refusent de se faire vacciner. "On n’atteindra pas l’immunité collective ou du moins, cela prendre beaucoup de temps que prévu. Donc le retour à la vie normale ne sera pas dans les jours à venir et tous les sacrifices qu’on a fait à ce jour (le confinement, l'annulation des festivités et des prières dans les mosquées, la fermeture de l'espace aérien, le durcissement des mesures sanitaires,….) n’auraient servi à rien", et d’ajouter: "si ces personnes ne se font pas vacciner dans les jours à venir, nous risquerons de voir les chiffres de contaminations augmenter dans les jours à venir. L’état sera donc obligé d’imposer des nouvelles mesures sanitaires et on va tomber dans un cercle vicieux !", regrette-t-il.
Une communication adaptée aux jeunes
Pour convaincre les personnes non vaccinées qui estiment que ce virus ne menacent que les personnes vulnérables et ne représentent aucun risque pour elles, Tayeb Himdi appelle le ministère à adapter son discours à cette population. "En temps de crise, on ne peut jamais dire qu’on a bien communiqué, il y a toujours des lacunes. Aujourd’hui, les jeunes sont souvent connectées, ils lisent tous les jours des fake news sur les effets secondaires du vaccin. Aujourd’hui, ils ont plus peur du vaccin que de la maladie. Pour cela, il faut corriger ces idées reçues et adapter nos discours pour les convaincre".
Dans cette foulée, le spécialiste adresse un message direct aux jeunes. "Si vous n’avez pas peur pour vous, ayez peur pour vos proches. Si vous ne voulez pas vous faire vacciner pour l’immunité, vaccinez-vous pour reprendre vos activités, votre liberté, pour accéder à vos lieux de divertissement préférés comme les discothèques, les salles de sport et les concerts de musique", lance ce spécialiste qui rappelle que "si sur le plan sanitaire le virus tue les personnes vulnérables, sur le plan social et économique, il tue l’avenir des jeunes".
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