Economie
Produits alimentaires: "Il est impossible de se passer des intermédiaires, mais leurs marges doivent rester raisonnables", selon le président du Conseil de la Concurrence
18/02/2025 - 13:34
Mustapha Azougah | Mohammed Fizazi
Le président du Conseil de la Concurrence, Ahmed Rahhou, a déclaré qu’il est impossible de se passer des intermédiaires et des spéculateurs sur les marchés des produits alimentaires. Cependant, il insiste sur le fait que les marges bénéficiaires qu’ils réalisent doivent être proportionnelles à la valeur ajoutée qu’ils apportent.
Lors de la rencontre annuelle avec les médias, organisée à Rabat le mardi 18 février 2025, Rahhou a souligné que les marges des intermédiaires, comme l’a révélé un avis publié par le Conseil en avril dernier sur le fonctionnement des marchés de gros des fruits et légumes, peuvent atteindre jusqu’à 50 % du prix payé par le consommateur.
Le rapport, présenté en marge du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM), met en évidence la position stratégique des intermédiaires dans la chaîne de valeur, en raison du pouvoir qu’ils exercent lors des achats et de la dépendance des fournisseurs et des clients à leur égard. Cette situation entraîne un déséquilibre en matière de pouvoir de négociation.
Ce pouvoir des intermédiaires se manifeste notamment par la faible flexibilité des prix par rapport aux quantités vendues. Ainsi, il a été observé que sur le marché de gros des fruits et légumes de Casablanca, le prix des carottes reflète peu les volumes écoulés.
Le rapport indique que les détaillants fixent leurs prix en fonction de ceux pratiqués sur les marchés de gros, précisant que les prix de détail comprennent deux marges : une marge fixe et une marge variable qui dépend du prix sur les marchés de gros.
Les auteurs du rapport ont analysé l’évolution des prix de la production à la consommation, constatant que les prix perçus par les producteurs ne représentent que 30 à 40 % du prix final payé par le consommateur.
Le Conseil de la Concurrence souligne que les intermédiaires prennent la plus grande part du prix final des fruits et légumes. Il pointe également un manque de transparence dû aux asymétries d’information entre producteurs, intermédiaires et consommateurs, ainsi qu’à un environnement commercial imprévisible lié au fonctionnement des marchés de gros.
Le président du Conseil de la Concurrence a réaffirmé l’importance des intermédiaires sur les marchés des fruits, légumes et viandes, expliquant que les producteurs ne peuvent pas vendre directement leurs produits sur les marchés.
Et d’ajouter que les spéculateurs jouent un rôle bénéfique pour les producteurs, car ils achètent fruits et légumes avant la récolte, acceptant ainsi un risque financier lorsque les prix du marché baissent.
Tout en reconnaissant l’indispensabilité des intermédiaires et des spéculateurs, il a insisté sur la nécessité de limiter leurs marges bénéficiaires à des niveaux raisonnables afin d’éviter des préjudices tant pour les producteurs que pour les consommateurs.
Enfin, il a suggéré que la résolution des problèmes posés par les intermédiaires et les spéculateurs pourrait passer par la mise en place de circuits de commercialisation directs. Une telle initiative permettrait de limiter certaines pratiques qui accentuent les déséquilibres sur certains marchés alimentaires, avec des répercussions négatives tant pour les producteurs que pour les consommateurs.
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