Art & Culture
Virginie Efira et Chiara Mastroianni enchantent le FIFM lors d’une conversation intimiste
30/11/2025 - 15:35
Khaoula Benhaddou
Le Festival international du film de Marrakech a offert, ce dimanche 30 novembre, l’une de ses rencontres les plus attendues: une conversation exceptionnelle réunissant Virginie Efira et Chiara Mastroianni, modérée par le critique Charles Tesson. Devant une salle comble, les deux actrices ont évoqué avec spontanéité et profondeur leur parcours, leurs choix artistiques et l’évolution de leur métier.
Dès les premières minutes, la complicité entre les deux invitées s’est imposée. Virginie Efira, aujourd’hui l'une des figures majeures du cinéma francophone, est revenue sur ses débuts atypiques, marqués par un passage remarqué à la télévision avant de s’imposer sur grand écran.
Elle a raconté ce moment décisif où elle a senti que le cinéma lui ouvrait enfin ses portes; "J’ai rapidement eu envie d’être actrice, peut-être même à l’âge de 5 ans. J’avais cette envie d’appartenir à l’écran. J’ai fait mes débuts au conservatoire où je pensais être assez nulle parce que j’avais une telle sacralisation du cinéma. Je me mettais souvent des bâtons dans les roues", explique-t-elle en évoquant les castings passés.
Et d'ajouter: "Après, par hasard, j’ai fait de la télévision pour un moment et l’envie de faire du cinéma m’est revenue. Certains m’ont dit que les gens étaient habitués à ne pas payer pour me voir… Puis il y a eu une audition qui a marché et j’ai joué dans quelques comédies."
Rôle après rôle, la notoriété de Virginie lui a ouvert des portes; "J’ai eu la chance que mes premiers rôles fassent des entrées remarquables, même si les films n’étaient pas vraiment excellents".
La chance lui a souri lorsqu’elle a décroché le rôle de "Victoria" réalisé par Justine Triet; "C’était un rôle très important pour moi, Victoria est un rôle complexe et le scénario était juste excellent".
Ce personnage l’a propulsée au premier plan en 2016. Par la suite, elle a enchaîné les rôles marquants, notamment dans "Proxima", très bien accueilli par le public et la critique. En 2023, l’actrice belgo-française a été couronnée Meilleure actrice pour son rôle dans Revoir Paris.
Avec sa spontanéité habituelle et son sens de l’humour, elle a également raconté les scènes et les rôles qui l’ont le plus marquée, comme celui de Benedetta, où elle incarne Sœur Benedetta Carlini, une nonne du XVIIe siècle prétendant avoir des visions et entretenant une relation amoureuse avec une autre religieuse.
Chiara Mastroianni, une douce sagesse
À côté de Virginie Efira, Chiara Mastroianni a partagé un récit tout aussi personnel. Fille de deux icônes du septième art, elle a expliqué avoir longtemps avancé avec pudeur dans une profession où son nom précédait souvent ses performances. "Enfant, ma mère ne voulait pas que je devienne actrice, contrairement à mon père. Mais comme j’ai été élevée par ma maman, c’était difficile de la convaincre", confie-t-elle, avant de poursuivre: "J’ai eu la chance de rencontrer de jeunes cinéastes avec qui on a fait des films magnifiques qui, contrairement à ceux de Virginie, ne faisaient pas vraiment de belles entrées, mais le travail a fini par payer."
La fille de Catherine Deneuve et Marcello Mastroianni est également revenue sur son rôle dans "Un conte de Noël" d’Arnaud Desplechin, qui lui a ouvert les portes de la reconnaissance: "Quand j’ai commencé ce métier, il y avait la possibilité de faire deux types de cinéma qui cohabitaient complètement. Aujourd’hui, la question du rendement est entrée dans le cerveau de ceux qui font des films. Or l’art ne devrait pas subir ce genre de diktat", a-t-elle expliqué.
Jurées de festivals
En répondant à une question du public, les deux actrices sont revenues sur leur rôle de jurées, notamment au Festival de Marrakech.
Si Virginie Efira évoque avec fierté cette expérience, qui lui a permis de côtoyer de grands noms du cinéma lors de l’édition précédente du festival, Chiara Mastroianni s’est montrée plus réticente:
"J’ai du mal avec le fait que notre avis ait un impact sur le destin d’un film. Parfois je me demandais même si j’avais le potentiel nécessaire pour juger le film d’un réalisateur et dire s’il mérite ou non un prix. Mais c’est l’occasion d’en découvrir plein, certains que je ne serais pas allée voir de moi-même. Si je devais de nouveau être dans le jury de Cannes, mon expérience serait complètement différente de celle que j’ai eue à 26 ans. Ce qui est intéressant, c’est de découvrir les autres jurés, dans la façon dont ils perçoivent les films."
Modérée par Charles Tesson, la conversation, qui a duré une heure et demie, a alterné entre anecdotes amusantes, réflexions sur le cinéma contemporain et confidences sur la construction de soi à travers les rôles. Le public a pu mesurer, au fil de l’échange, la lucidité et la sensibilité de deux artistes qui continuent d’évoluer avec exigence et curiosité.
Cette rencontre a une fois de plus confirmé la place du FIFM comme un espace privilégié où les grands noms du cinéma partagent leur expérience avec générosité, rappelant que derrière chaque film se cachent des trajectoires humaines souvent passionnantes.
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