Société
Visas Schengen : Un parcours d’obstacles orchestré par les intermédiaires
04/04/2025 - 12:30
Morad Karakhi
Les Marocains désireux d’obtenir un rendez-vous pour une demande de visa Schengen sont confrontés à un véritable parcours du combattant.
Face à l’indisponibilité des créneaux sur les plateformes officielles et aux délais d’attente interminables, un marché parallèle prospère: celui des courtiers en visas, qui tirent profit de la situation en monnayant des rendez-vous à des prix exorbitants.
Adil, qui tente depuis des semaines de décrocher un rendez-vous pour une demande de visa auprès d’un consulat européen, s’est finalement résigné à passer par un intermédiaire. "Je n’avais pas d’autre choix", confie-t-il à SNRTnews, expliquant que ces courtiers proposent des créneaux en échange de sommes oscillant entre 2.000 et 6.000 dirhams, selon la destination et la date du rendez-vous.
Ce business parallèle s’appuie sur un procédé bien rodé: dès que de nouveaux créneaux sont mis en ligne sur les plateformes officielles, telles que TLScontact, BLS et VFS Global, ces intermédiaires s’empressent de les réserver en masse. Disposant d’une longueur d’avance sur le grand public, ils revendent ensuite ces rendez-vous au plus offrant via des groupes privés sur les réseaux sociaux.
Bouazza Kharrati, président de l’Union Marocaine des Consommateurs, tire la sonnette d’alarme face à cette situation qui pénalise particulièrement les demandeurs de visas pour la France, l’Espagne et l’Italie. "Les plaintes se multiplient. Ce sont toujours les mêmes pays qui posent problème, et c’est directement lié à l’activité des courtiers en visas", affirme-t-il à SNRTnews.
D’après lui, ces intermédiaires disposent probablement d’informations privilégiées leur permettant d’anticiper la mise en ligne des rendez-vous. Certains utilisent même des robots informatiques capables de réserver automatiquement un grand nombre de créneaux en quelques secondes, privant ainsi les citoyens d’un accès équitable aux services consulaires.
Pire, malgré la mise en place de nouvelles mesures de contrôle, telles que la vérification d’identité par appel vidéo pour confirmer certaines demandes, les courtiers parviennent toujours à contourner les restrictions.
"Les ambassades reçoivent des plaintes, mais jusqu’à présent, aucune solution efficace n’a été mise en place pour mettre un terme à cette exploitation des demandeurs de visas", déplore Kharrati. Il plaide pour une généralisation des visas électroniques, qui permettrait d’éliminer l’intervention des entreprises intermédiaires et de rétablir un contact direct entre les demandeurs et les consulats.
Dans la même veine, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a reconnu l’existence de ces pratiques dans une réponse écrite au Parlement. Soulignant que ces intermédiaires perturbent le bon déroulement des demandes, que ce soit en interférant entre les citoyens et les consulats ou entre les demandeurs et les sociétés de gestion des visas.
Tout en rappelant que des sanctions pénales sont prévues pour punir les acteurs de ce marché parallèle, le ministère insiste sur le fait que l’octroi des visas reste une prérogative exclusive des représentations diplomatiques étrangères, qui sont seules responsables de la gestion de ces demandes sur le territoire marocain.
En attendant d’éventuelles réformes, les demandeurs de visas continuent d’affronter une situation contraignante, entre files d’attente virtuelles interminables et un marché noir qui prospère sur leur détresse.
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