Politique
26 ans de règne, 26 ans de transformation
29/07/2025 - 14:37
Khaoula Benhaddou
Le Maroc célèbre ce 30 juillet le 26e anniversaire de l'accession de SM le Roi Mohammed VI au Trône de Ses glorieux ancêtres. Durant d'un peu plusd'un quart de siècle guidé par le leadership royal, le Royaume a mené de grands chantiers sur différents secteurs et est devenu plus fort sur la scène internationale. Dans cette interview accordée à SNRTnews, Zakaria Aboudahab, professeur de droit public et de sciences politiques à l'Université Mohammed V de Rabat, revient sur ces 26 ans de règne et d’engagement royal pour un Maroc moderne.
Quels sont, selon vous, les faits les plus marquants des 26 années de règne de SM le Roi Mohammed VI?
Ce serait véritablement un exercice périlleux que de, non pas recenser, mais de déterminer ou préciser les faits marquants du règne de SM le Roi durant les 26 années depuis 1999. Mais si on veut faire œuvre de synthèse, on pourrait dire qu'il y a évidemment des actions sur le plan interne et des actions sur le plan international, parce qu’en réalité, les actions au niveau international prolongent les actions sur le plan interne.
Alors que ce soit par rapport à la logistique, les ports, les aéroports, les autoroutes, les réalisations logistiques majeures pour permettre au Maroc de décoller. Le décollage est un concept clé dans les discours de SM le Roi, le décollage économique, mais également tous azimuts et l'accélération du développement. Donc il y a des chantiers qui ont été lancés, il y a également des stratégies sectorielles qui ont été déclinées, que ce soit sur le plan de l'agriculture, de l'industrie, de la pêche maritime, sur le plan numérique, etc. Mais également, les transformations que le Maroc est en cours d'accentuer, ce sont plutôt des transitions, notamment sur le plan énergétique, faire en sorte aussi que le Maroc devienne un hub régional, continental, voire mondial par rapport à ces énergies, notamment l'énergie solaire.
On pourrait également continuer à recenser les réalisations majeures sur le plan social, sur le plan humain, avec l'initiative nationale de développement humain, avec aussi ce qui se fait durant ces dernières années en termes de réformes structurantes, comme le code de la famille, mais également les autres réformes sur le plan économique, universitaire, culturel...
Quand on parle de diplomatie, on peut également aborder ces différentes formes, notamment religieuse, climatique, militaire et sécuritaire…
Je pense que les actions diplomatiques concernent aussi le volet climatique. Le Maroc a organisé par exemple la COP22, c'est en 2016, plus une mini-COP dite africaine dédiée à des questions climatiques régionales, notamment la question du Sahara, du Sahel, la question du statut des îles, mais également la gestion des lacs, ou des grands lacs, les lacs au niveau africain. On pourrait parler de ce point de vue de la justice climatique, mais également de la diplomatie climatique.
La diplomatie religieuse culturelle avec les pays de l'Afrique subsaharienne, notamment appartenant à l'Afrique de l'Ouest. On pourrait aussi évoquer la diplomatie militaire, des coopérations renforcées, évidemment des États-Unis à leur tête à travers l'accord décennal 2020-2030, mais également l'organisation des exercices militaires African Lion. Depuis plusieurs années, la contribution du Maroc à la lutte contre le terrorisme, sa participation à la coalition mondiale contre Daesh. On pourrait également parler de la participation du Maroc à la coalition mondiale, ce qu'on appelle l'Alliance des civilisations, depuis 2005.
Le Maroc joue également un rôle important dans la cause palestinienne...
Le soutien considérable est apporté par le Maroc à la cause palestinienne à travers des actions concrètes sur le terrain, notamment à travers les actions menées par l'agence Bayt Mal Al-Qods Acharif, mais également le Maroc en la personne de SM le Roi, président du comité Al-Qods, pour préserver le caractère religieux, culturel et historique d'Al-Qods Acharif, c'est-à-dire Jérusalem-Est, et à chaque fois le plaidoyer marocain en vue de la solution de ce conflit qui n'a que trop duré. Et puis, à chaque fois les réactions en termes de condamnation du Maroc de l'agression, des agressions israéliennes depuis le 7 octobre, en particulier jusqu'à aujourd'hui, mais également la participation du Maroc à des réunions, que ce soit au niveau de la Ligue arabe, au niveau de l'organisation de la coopération islamique, au niveau aussi de l'ONU, et des réunions comme par exemple la coalition internationale pour le soutien de la solution de deux États, la Palestine et Israël, etc.
Les 26 ans de règne ont été marqués par une diversification de partenariats dans différents secteurs
La visibilité est de plus en plus grande du Maroc au sein des organisations internationales, continentales et régionales, partenariats avec l'Union européenne, avec les États-Unis, à travers les accords conclus, notamment ceux relatifs au libre-échange. Nous appartenons aussi à la ZLECAF, qui est la zone de libre-échange continentale africaine, que ce soit avec des partenariats noués avec le Conseil de coopération du Golfe, avec aussi la Turquie, avec d'autres contrées ou régions, comme l'Association européenne de libre-échange.
On pourrait aussi multiplier les exemples de liens bilatéraux qui ont été renforcés, avec des pays comme la Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne, le Portugal. On pourrait aller au continent américain de façon générale pour parler aussi des récentes réalisations ou accomplissements avec des pays comme l'Équateur, le Guatemala, le Salvador, le Pérou, le Chili, le Brésil. On pourrait également évoquer la percée diplomatique du Maroc avec les pays de l'ASEAN, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Thaïlande, Birmanie, etc.
On pourrait également évoquer les partenariats mondiaux auxquels le Maroc a participé, que ce soit avec l'Union européenne, mais aussi avec la Corée du Sud, avec le Japon, avec la Chine, c'est important parce que SM le Roi a effectué des visites, que ce soit en Chine en 2016, en Inde, en Russie, ainsi que d'autres visites témoignant de l'action diplomatique sur le terrain de SM le Roi, mais également à chaque fois sa détermination à élargir le spectre des partenariats noués par le Maroc avec des puissances, qu'elles soient de petites, on va dire, des puissances moyennes, mais également les grandes puissances. On pourrait aussi parler d'autres partenariats très importants avec l'Inde, nous avons participé à des exercices conjoints sur le plan militaire en 2023 avec ce pays, nous sommes liés aussi par des liens de partenariats économiques. Bref, la liste est longue, mais l'essentiel, c'est que nous avons évoqué certaines actions diplomatiques phares, mais également conjuguées à des actions internes qui donnent à l'approche de SM le Roi un style particulier qu'on pourrait nommer le style de l'approche globale et intégrée dans le sens où le plan interne et le plan international font un finalement pour permettre au Maroc d'avancer sur le plan des chantiers de développement et de permettre aux Marocains de vivre dans la dignité.
Durant ce quart de siècle, le dossier du Sahara a été plus que jamais au cœur de l’actualité...
La question de l'intégrité territoriale et la défense tous azimuts de la marocanité du Sahara. Nous avons remarqué progressivement qu'il y a eu des avancées substantielles, depuis 1999 jusqu'à aujourd'hui, que ce soit par rapport à la centralité du plan marocain d'autonomie et le soutien massif qui lui a été apporté, que ce soit par rapport aux réalisations, même au niveau des provinces du Sud, avec le nouveau plan de développement, qui a été annoncé en 2015, décline à partir de 2016 et qui a commencé déjà à porter ses fruits.
Des fruits notamment avec les ouvertures de consulats et d’ambassades dans les régions du sud. Ces ouvertures peuvent-elles renforcer la position du Maroc dans le dossier du Sahara?
L'ouverture des consulats à Laayoune et à Dakhla, à mon sens, signifie trois choses essentielles. Premièrement, que les partenariats du Maroc avec ces pays, qui ont agi ainsi s'étendent jusqu'à couvrir aussi les provinces du Sud. Cela, évidemment, dénote d’une approche dynamique du Maroc avec ces pays, mais également une détermination en vue de faire bénéficier les provinces du Sud d'une certaine attractivité, notamment en termes d'investissement dans ces régions-là.
Là, on pourrait parler de pays comme les Émirats arabes unis, comme le Bahreïn, en plus des États africains, évidemment, frères et amis. On peut parler du Gabon, on peut parler du Sénégal, on peut parler du Libéria.
Deuxièmement, ça signifie que les consulats sont en train de se transformer aujourd'hui en catalyseurs de développement. Je voudrais dire par rapport à ça que, traditionnellement, on confinait les consulats à des fonctions principalement administratives, destinées à protéger, sinon à servir les intérêts des ressortissants des États étrangers dans un pays étranger. Mais, en réalité, non seulement par rapport à la pratique internationale, mais également aux textes de référence, aujourd'hui, nous remarquons que les consulats peuvent aussi jouer un rôle économique de premier plan. Et c'est là où on pourrait considérer que les consulats aussi traduisent une certaine dynamique économique internationale et régionale et que le Maroc a capté et qu'il voudrait donc intégrer dans un processus de développement enclenché depuis de longues dates. Et c'est la raison pour laquelle le choix de Dakhla, en particulier, puis Laayoune n'est pas fortuit quand on sait, aujourd'hui, la transformation de ces régions-là, de ces villes et de capitales, des deux régions, Sakia El-Hamra et Oued Addahab. Et c'est la raison pour laquelle il faut aussi entrevoir cette dimension économique liée aux investissements potentiellement annoncés ou à venir dans ces régions-là, américains, français, évidemment, et autres.
Troisième aspect, cette fois-ci, il est lié à la dimension, diplomatico-juridique. Un consulat exprime donc une souveraineté, il exprime une décision qui a été prise, c'est-à-dire une déclaration qui a été faite, une action qui a été menée. Par conséquent, c'est une affirmation supplémentaire du soutien à la marocanité du Sahara.
Par conséquent, il faut voir dans ces actions consulaires diplomatiques, mais ça concerne aussi même la République dominicaine, les Caraïbes ainsi que d'autres pays qui ont annoncé de faire de même au niveau de l'Amérique latine. Toutes ces actions diplomatiques, expriment juridiquement l'apparition ou la naissance, je dirais mieux la cristallisation d'une coutume internationale qui a force de lois, qui a force de droits internationaux. C'est une norme de droits internationaux mais qui n'est pas écrite et qui souligne encore une fois que non seulement les États soutiennent la marocanité du Sahara mais aussi l'expriment à travers des actes sur le terrain, des actes concrets, juridiquement parlant, diplomatiquement parlant. Et donc de façon générale, on pourrait dire qu'il s'agit là d'un témoignage ou d'une volonté exprimée de la part des États pour inscrire aussi leurs actions et les faire ancrer, leurs actions diplomatiques, au niveau territorial, donc territorialisé, que ce soit au niveau de Laâyoune, que ce soit au niveau de Dakhla, compte tenu des projets en cours, notamment le port de Dakhla. Ce qui donne à la démarche marocaine une vision, régionale, voire même continentale, quand on sait qu'on devrait aussi lire ces ouvertures en lien avec la dynamique lancée par le Maroc, enclenchée par le Maroc, que ce soit au niveau de l'Atlantique, que ce soit au niveau du Gazoduc, que ce soit au niveau du désenclavement des États sahéliens.
Les cinq dernières années ont connu un tournant décisif dans le dossier du Sahara, avec les prises de position des États-Unis, de l’Espagne et, plus récemment, de la France. Ces soutiens peuvent-ils contribuer à un dénouement à court ou moyen terme?
Oui, les soutiens exprimés par des puissances internationales ou régionales comme les États-Unis, comme la France, l'Espagne, le Royaume-Uni en particulier, mais également beaucoup de pays européens comme le Portugal, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Finlande, le Danemark, l'Estonie, même les États-Baltes, mais en particulier en se concentrant sur les pays que vous avez cités, on pourrait dire qu'ils constituent une partie de l'équation, de résolution du conflit artificiel, il faut le ressasser, autour du Sahara marocain, notamment quand on apprécie le dossier au regard de l'action du Conseil de sécurité par rapport à ce problème-là, et on pourrait dire que nous sommes pratiquement aujourd'hui dans le sprint final, dans le sens où nous attendons peut-être une décision plus audacieuse du Conseil de sécurité, consistant à placer désormais, on l'a dit, le plan marocain d'autonomie au cœur, pour parler, pour ne pas dire des négociations. Mais par ailleurs, ce n'est pas fini pour autant, il faut mener aussi une action au niveau de l'Assemblée générale, pour désormais ne plus considérer l'affaire du Sahara comme une affaire de décolonisation, mais plutôt de parachèvement de l'intégrité territoriale du Maroc depuis 1956, et il faut aussi mener des actions au niveau des organisations régionales, continentales et régionales, l'Union européenne, notamment à travers la Cour de justice de l'UE, et au niveau de l'Union africaine. Ainsi que d'autres. Donc il faut que l'ensemble de ces organisations reconnaissent désormais, encore une fois, la centralité du plan marocain d'autonomie, et donc la nécessité de le solutionner, solutionner ce problème, sous ce plan, ou autour de ce plan, sous souveraineté marocaine. Mais déjà, les soutiens diplomatiques exprimés par les pays comme les États-Unis, la France, l'Espagne, le Royaume-Uni, constituent un pas décisif dans la voie du règlement politique définitif de ce conflit artificiel.
Le Maroc s’est également mobilisé sur le plan continental, avec un retour marquant à l’Union africaine en 2017, et un engagement accru pour la paix, la stabilité et le développement économique, notamment à travers l’Initiative Atlantique pour les pays du Sahel.
Sur le plan continental, notre retour au sein de l'Union africaine a été, je crois, un catalyseur majeur pour le recentrage de la politique africaine du Maroc et ce discours fameux de Sa Majesté qui a été donné, le 30 janvier 2017, les rencontres qui ont été faites parallèlement à pas mal de sommets, on pourrait parler du discours d'Abidjan 2014, à l'occasion du forum économique avec ce pays, on pourrait parler aussi des rencontres faites par SM le Roi avec des chefs d'État ou de gouvernement en Afrique et ailleurs.
Le Maroc devient progressivement un acteur continental incontournable, intercontinental aussi. Maintenant, par rapport à l'initiative du désenclavement, c'est une initiative qui devrait être lue de façon combinée avec le gazoduc Afrique-Atlantique, qui concerne 13 pays, et donc l'ensemble des pays de la CDAO, mais également l'optimisation de la façade atlantique, ce que nous appelons officiellement le processus des États africains-atlantiques.
Le Maroc voudrait faire en sorte que d'abord les pays du Sahel, directement concernés, notamment le Tchad, le Mali, le Burkina et le Niger, puissent bénéficier d'un accès maritime. Ça permet encore une fois de donner une base peut-être régionale au partenariat noué par le Maroc avec ces pays-là. Nous avons des coopérations multiples sur le plan humain, culturel, universitaire, militaire, économique avec ces pays.
Et le Maroc voit grand, car, et ça c'est la vision de SM le Roi, il voudrait partager les fruits du développement avec ces pays-là, et ne plus les laisser seuls ou pour compte, comme on dit, en marge des processus de développement constatés, ça est là. Évidemment, il s'agit là d'une ambition, mais d'une ambition légitime et mesurée.
Le plus important, c'est que le Maroc étend aujourd'hui le spectre du développement afin qu'il inclue des pays comme les pays du Sahel. Et ça permettrait évidemment au Maroc de retrouver ses liens historiques ancestraux avec ces pays à travers donc, une sorte de renaissance, des caravanes du commerce. Le Maroc y a été ente durant des siècles et on le sait du temps des dynasties marocaines, le Maroc s'étendait jusqu'au fleuve du Niger c'est la raison pour laquelle pour moi cette initiative dépasse strictement la vision on va dire géographique ou géopolitique ou même géoéconomique mais inclut des dimensions spirituelles humaines historiques.
Le Maroc étant enraciné en Afrique, et donc il donne à sa politique une dimension africaine, une dimension sahélo-saharienne, parce qu'on se retrouve avec ces pays au niveau de la CENSAD, la communauté des États sahélo-sahariens, évidemment le Maroc en fait partie avec ces pays, et le Maroc défend grâce à SM le Roi et sa clairvoyance, une vision humaniste du développement. Et c'est la raison pour laquelle nous considérons cette initiative comme étant très originale, certes adossée à des textes mondiaux comme la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer du 10 décembre 1982, mais aussi sur les textes pertinents de la conférence ministérielle sur la coopération halieutique entre les États africains riverains de l'Atlantique en particulier, qui prévoit des possibilités pour les pays enclavés d'accéder à la mer. C'est une organisation d'ailleurs, cette conférence, c'est une organisation qui a été créée au Maroc en 1989 et son siège est au Maroc. Et donc, elle a commencé à produire ses effets. Elle est entrée en vigueur en 1991.
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