Sport
50% de prime de signature, logement... le plan séduction de la Libye pour attirer les "Botolistes"
18/02/2025 - 22:13
Amine Oubaha
Le championnat libyen est devenu ces dernières années une véritable attraction pour des joueurs étrangers, notamment marocains. Une nouvelle tendance qui fait beaucoup parler et suscite le débat sur l'exode des Botolistes vers la Libye.
Depuis des années, les stars de la Botola Pro prenaient l’Égypte comme une destination pour avancer dans leur carrière et trouver les bonnes conditions, que ce soit sportives ou financières, leur permettant d’évoluer et réussir leur parcours footballistique.
Des clubs comme Al Ahly ou Zamalek, avec des budgets colossaux, n’avaient pas de mal à attirer des joueurs de "classe A" évoluant au Maroc. On évoque ici, par exemple, Walid Azaro, Badr Banoun, Achraf Bencharki, ou encore le duo Yahya Attiat Allah et Achraf Dari.
Au vu de leurs moyens financiers qui dépassent largement ceux des clubs marocains, les grandes écuries égyptiennes ont logiquement une longueur d’avance sur les équipes marocaines pour recruter les meilleurs Botolistes.
Des équipes comme le Wydad (16,45 millions d’euros), le Raja (9,08 millions d’euros) ou le Difaa El Hassani (5,04 millions d’euros) lâchent prise face aux offres alléchantes proposées par les clubs égyptiens. Faute d’une crise financière qui frappe de plein fouet les grandes équipes du championnat marocain et les bloque dans un cercle vicieux (recrutement-litiges).
Le championnat libyen: un refuge pour les Botolistes
Il y a quelques mois, une nouvelle vague, que la majorité des acteurs du ballon rond national n’ont pas vu venir, a frappé la Botola Pro.
La Libye est devenue une destination très prisée par les Botolistes. Les clubs libyens comme Al Ittihad SC, Asswehly SC, ou encore Al Nasser se sont lancés à la conquête des joueurs de la Botola, libres ou en litige avec leurs clubs, des joueurs indésirables qui cherchent un temps de jeu pour se relancer ou ceux qui avaient entamé des négociations avec des équipes interdites de recrutement.
"Une grande majorité des joueurs qui ont rejoint le championnat libyen n'avaient pas de contrat avec un club, ils étaient donc libres", a indiqué Ahmed Chlida, président de l’Union marocaine d’agents de joueurs, dans une déclaration accordée à SNRTnews.
Et de poursuivre: "La plupart d’entre eux qui ont choisi de jouer dans le championnat libyen auraient pu signer avec des clubs marocains, mais ils ont été surpris de découvrir que les clubs avec lesquels ils étaient en négociation et avaient conclu des accords étaient interdits de recrutement".
Une révolution pour un retour en force sur la scène africaine
Mais la principale motivation de ces joueurs à évoluer dans un championnat sportivement "moins attractif" reste logiquement l’aspect financier. Contacté par SNRTnews, Rizq Aarram, agent de joueur agréé par la FIFA, estime que les clubs libyens ont mis en place des moyens financiers conséquents pour se repositionner sur la scène footballistique africaine.
"Je trouve que le départ de nombreux joueurs évoluant en Botola vers la Libye est tout à fait normal, vu l'aspect financier que propose le championnat libyen. Ce sont deux ou trois grands clubs là-bas qui ont pu recruter les bons profils. Ce sont de bons joueurs pour un championnat libyen qui a du mal à se confirmer dans les compétitions africaines", explique-t-il. Et d’ajouter: "Car c'est ça leur objectif: revenir en force dans les compétitions africaines. Une raison pour laquelle ils ont débloqué des fonds".
Cette révolution que connaît le football libyen puise sa force dans le soutien offert par la Fédération locale, mais aussi par le gouvernement, qui veulent développer le championnat et le rendre de plus en plus compétitif.
Prime de signature, logement et nutrition
"Chaque équipe a reçu un million de dollars, à part les grosses équipes qui ont également reçu un million de dollars, mais qui bénéficient d'un soutien financier assez conséquent par rapport à leur institution étatique", explique Rizq Aarram.
Ce soutien financier permet aux clubs libyens de séduire facilement les joueurs de la Botola, en leur offrant aussi des avantages que les équipes marocaines se montrent incapables d’assurer: "L'avantage que les joueurs auront en partant en Libye, c'est tout simplement l'aspect financier. Déjà, quand un joueur signe dans une équipe libyenne, par exemple, un contrat de 500.000 dollars par an, il touche une prime de signature de 250.000 dollars, soit 50% avant d’effectuer sa première séance d’entraînement. Un avantage qui n’existe pas au Maroc", détaille la même source.
En plus des offres financières alléchantes, les clubs libyens se distinguent sur un autre terrain. Pour faciliter les conditions de vie des nouveaux joueurs, ils ont signé des conventions avec des hôtels et des restaurants qui proposent une alimentation saine, ainsi qu’un logement gratuit, le tout à leurs frais: "De plus, au niveau de la nutrition, la plupart des clubs là-bas ont signé des protocoles d'accord ou des conventions avec des hôtels ou des restaurants “healthy”, qui proposent des plats spécialement pour les sportifs et toujours sous la supervision du nutritionniste du club. Le joueur marocain, lorsqu’il part là-bas, ne dépense rien, il ne fait que récolter", fait savoir Rizq.
Et de conclure: "Au niveau du logement, les joueurs logent dans un hôtel, sous les frais du club, soit dans des endroits touristiques de haut standing. Le joueur ne paye presque rien. Les dépenses sont très minimisées".
Autre détail qui pèse beaucoup et permet aux joueurs marocains de rejoindre les équipes libyennes: la décision de la Fédération libyenne de considérer les joueurs maghrébins comme des joueurs locaux. Actuellement, 959 joueurs évoluent dans le championnat libyen, dont 256 joueurs étrangers, parmi lesquels plus de 40 joueurs marocains.
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