Art & Culture
Abdelfattah Kilito explore l’origine du roman arabe lors d’une journée d’étude à Rabat
17/05/2024 - 13:31
Mohammed Fizazi
La Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat, en collaboration avec le Laboratoire Langues, Littératures, Arts et Cultures (LLAC) a organisé une journée d'étude sur le thème "Réécrire le voyage" le jeudi 16 mai, avec une conférence inaugurale du professeur et membre de l’Académie du Royaume, Abdelfattah Kilito, intitulée “Paris: Naissance du Roman arabe”.
Cette journée d'étude vise à explorer comment représenter, interpréter et reconstruire le voyage à travers les interventions de chercheurs et universitaires provenant d'universités marocaines, françaises et américaines.Cela inclut une analyse critique de la thématique du voyage dans la littérature classique, ainsi que des textes contemporains qui posent de nombreux défis et offrent une nouvelle perspective sur le voyage en tant que concept et expérience. De plus, des lectures critiques sur la façon de concevoir et de réécrire le voyage dans les sociétés et cultures modernes seront présentées.
Lors de son mot d’ouverture, la doyenne par intérim de la faculté, Leila Mounir, a souligné l'importance du thème du voyage, en rappelant son rôle dans l'histoire universelle et la littérature. Elle a évoqué la dualité des récits de voyages, oscillant entre l'ouverture enrichissante et la fermeture protectrice, et l'impact de ces récits sur la perception interculturelle entre l'Orient et l'Occident.
Pour sa part, le directeur du LLAC, Hassan Moustir a souligné la nature unique et transformative du voyage, qu'il soit réel ou imaginaire. Il a expliqué que le voyage modifie non seulement les perceptions du voyageur mais aussi son langage, le contraignant à revisiter ses certitudes et à adopter une nouvelle manière de s'exprimer. Il conclut en expliquant que l'écriture du voyage interroge la nature du voyage lui-même, son déploiement dans le temps et sa reconfiguration, invitant les participants à réfléchir sur ces thèmes durant la journée.
La coordinatrice de la journée d’étude, Saloua El Oufir, a souligné l'importance de réécrire le voyage à une époque où les déplacements physiques et virtuels redéfinissent notre compréhension de l'exotisme et de la découverte. Elle a évoqué la banalisation du voyage due aux images satellitaires et aux voyages virtuels, qui limitent la place à l'émerveillement et à l'exploration. Elle a questionné la pertinence du voyage traditionnel et son écriture référentielle, mettant en avant la nécessité de réinventer le voyage dans la littérature. La réécriture du voyage est vue comme une exploration critique des récits du passé et une réinvention narrative, enrichie par une approche pluridisciplinaire.
La journée d'étude s'est ouverte par une conférence inaugurale sur le thème "Paris, naissance du roman arabe", présentée par le penseur, chercheur et membre de l'Académie du Royaume, Abdelfattah Kilito, dans laquelle il discuté de l'origine et de l'évolution du roman arabe. Selon Kilito, le roman arabe n'est pas né dans les villes arabes historiques comme Bagdad, Damas ou Le Caire, mais à Paris en 1855, . Il souligne que la naissance ne signifie pas le commencement: la naissance d'un genre littéraire ne commence pas à sa publication mais bien avant, avec des influences et des origines culturelles qui précèdent cette émergence.
Kilito explique que les récits de voyages et les contes épiques arabes ont précédé le roman arabe, influençant sa forme et son contenu. Il mentionne des œuvres importantes comme les "Maqamat" d'Al-Hariri et les récits de Hamadani, qui étaient des précurseurs du roman avec leurs structures narratives complexes.
Il aborde ensuite l'importance des traductions et des influences européennes, particulièrement françaises, sur la littérature arabe. Il mentionne comment des auteurs arabes ont été envoyés en Europe pour acquérir des connaissances, influençant ainsi la naissance du roman arabe moderne. Kilito souligne que les récits de voyages, obligatoires pour les écrivains de cette époque, ont joué un rôle crucial dans cette transition littéraire.
Le professeur a évoqué la reconnaissance du premier roman arabe, souvent attribué à "Zaynab" de Muhammad Husain Haykal, publié en 1913. Kilito discute des débats sur cette reconnaissance, estiment que le tout premier roman arabe serait avec "La Jambe sur la jambe" de Faris Chidyaq, paru à Paris en 1855. M. Kilito souligne l'influence continue de l'Europe sur le roman arabe, même après sa naissance officielle.
Kilito conclut en posant la question de l'évolution actuelle du roman arabe. Il se demande si les influences initiales persistent ou si le genre a évolué indépendamment, en tenant compte des spécificités culturelles et historiques propres à la littérature arabe contemporaine.
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