Société
Atika, fille d’Ali ben Omar, sauve la dynastie des Idrissides et marque le Maroc
17/04/2022 - 17:00
Aïcha Debouza
La protagoniste de cet épisode de notre série sur les femmes ayant marqué l’histoire du Maroc a joué un rôle politique crucial. C’est grâce à Atika, fille d’Ali ben Omar et son talent pour les affaires publiques que la Dynastie a pu survivre alors que le Sultan idrisside Yahya II était occupé à assouvir ses désirs personnels, laissant le pays à l’abandon. Quelle est donc l’histoire de cette femme oubliée de tous?
C’est à nouveau une femme, Atika fille d’Ali ben Omar, prince Idrisside et émir de Senhaja, de Ghmara et des pays du Rif, qui a sauvé la dynastie durant le court règne de son mari Yahya II grâce à son sens politique hors pair. Qui est-elle vraiment? Les historiens n’ont malheureusement relaté que très peu de son parcours. Le peu de choses que nous savons d’elle, c’est qu’elle a su sauver son mari, mais surtout tout un pays qui risquait l’effondrement.
La dynastie Idrisside sort victorieuse après la guerre fratricide entre les fils d'Idris II contre les divisions et le séparatisme pour redevenir unie sous le commandement de Mohammed ben Idris. Mais son règne est bref et la mort l'emporte en 836. Le jour même et à l'âge de neuf ans et quatre mois, son fils, connu plus tard sous le nom de Ali Haïdara, prend le titre d'Emir. C'était un homme d'une grande noblesse et doté d'une grande intelligence, ces aspects sont apparus pendant son règne. Il réorganise le pays et a crée des institutions. Il apporte à la population la sécurité et la prospérité jusqu'à ce qu'il décède en 848.
Le règne est maintenant entre les mains de son frère Yahya ben Mohammed, qui commence par organiser l'administration du pays. Il découpe le Royaume et envoie ses oncles et frères administrer les régions, puis se repose sur eux. Pendant son règne, la population de Fès devient encore plus riche, jusqu'à être décrite par nombre d’historiens, de "mecque de l'Andalousie du Maroc et de l'Afrique". Les voyageurs y viennent des quatre coins du monde pour s’y installer. L'Emir s'intéresse particulièrement au bien-être de ses citoyens et construit des jardins, des hammams et des commerces. C'est d'ailleurs pendant son règne que la célèbre mosquée Quaraouiyine fut bâtie.
Après sa mort, c'est son fils Yahya ben Yahya qui prend le règne et c'est à cette époque que la dynastie rentre dans une période d'affaiblissement tant il était corrompu, frivole et de mauvaise foi. Le nouvel Emie suit donc une politique mauvaise et mène une conduite des plus dépravées. S’étant un jour introduit dans une salle de bain, où se trouvait une jeune juive d’une grande beauté nommée Hana, il veut abuser d’elle et la violenter mais elle se met à crier de toutes ses forces en appelant les secours. On vient la secourir et on accuse ainsi l’Emir d’adultère. Une foule s’attroupe autour de l’émir, menaçante et le désapprouvant. Elle était menée par Abderrahman ben Abi Sahl El-Joudhami.
C'est cette action qui change l'estime de la population de Fès et à leur tête Abderrahmane ben Abi Sahl El-Joudhami qui voulait le tuer. Mais sa femme, la princesse Atika fille d’Ali ben Omar ben Idris qui vient au secours de l’Emir. Elle lui facilite sa fuite de la rive Kairouaniase à la rive Andalouse tout en refusant d'y aller avec lui. Lorsqu'il arrive saint et sauf, il est atteint par de lourd remord et la honte de ce scandale et meurt la nuit même.
Bien qu'elle soit maltraitée, cette dernière commence à écrire à son père, Ali Ben Omar en l’informant de la situation à Fès et en le priant d’accourir vers la ville avant que ça ne s’aggrave. Le prince est dans le pays du Rif et des Senhaja, lorsque la missive arrive. Il met immédiatement son armée en marche et se dirige vers Fès. Il entre sur la rive kairouanaise et Abd Er-rahmane ben Abi Sahl El-Joudhami prit aussitôt la fuite. La population de Fès est donc heureuse de cette arrivée car elle n’a pas oublié ce que les Idrissides avaient fait pour eux ainsi que pour tout le pays.
Ainsi, les interventions d’Atika dans la sphère politique rapportées par les historiens soulèvent avec acuité la question de savoir comment son règne se serait déroulé si les femmes avaient pu gouverner.
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