Politique
Biens publics: la ville de Casablanca remet les pendules à l'heure
14/05/2022 - 12:00
Aïcha Debouza
Toujours d’actualité, le sujet des biens publics est un vieux dossier dit "épineux". Chaque mandat, les élus à la tête du Conseil de la ville de Casablanca promettent de le résoudre. Mais cette fois-ci, et après deux ans de retard, Casablanca patrimoine, société de développement local, vient de boucler le recensement de ces structures, pouvant prodiguer à la métropole, une bouffée d’air frais, surtout lorsqu’il s’agit d’une situation de crise financière pareille à celle dont fait face la ville.
C’est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. Pratiquement 1.400 biens publics et des arrondissements toujours déficitaires. Depuis que le débat sur la gestion du patrimoine de Casablanca s’est enclenché il y a une dizaine d’année, à la suite du discours royal, les choses avancent lentement mais sûrement. "Casa patrimoine vient finir son recensement des biens publics et elle a compté quelque 1400 structures à Casablanca. Les détails seront bientôt rendus publics. Ces biens sont présents, mal gérés avec de la rente. C’est une niche de recettes qu’il faut repenser", relate Abdessadeq Mourchid secrétaire du Conseil de la ville et membre du Rassemblement national des indépendants (RNI).
En effet, il est reproché au Conseil de la ville d’avoir donné ses biens publics en exploitation à des opérateurs privés contre des loyers qualifiés de dérisoires au point de susciter beaucoup d’interrogations, voire de soupçons. Samira Razani, membre du Conseil de la ville de Casablanca et du Parti de justice et de développement (PJD), explique que le patrimoine de la ville n’est pas connu et encore moins celui de chaque arrondissement. Mais qu’en la valorisant, la ville de Casablanca pourrait en bénéficier fortement. "La société Casablanca patrimoine vient de boucler son inventaire. Elle nous en fait part au fur et à mesure du temps, mais pour l’instant nous ne connaissons pas grand-chose du dossier. Le Conseil de la ville l’a choisie pour réhabiliter et valoriser plusieurs bâtiments et sites ayant une valeur architecturale et historique dans la métropole", fait savoir la PJDiste.
En ce sens, elle rappelle l’affaire du café/restaurant Saqala, qu’une grande partie des Bidaouis connaissent. Elle déclare que c’est dans ce contexte que les élus ont voté, lors de la dernière session qui s’est tenue ce jeudi 5 mai 2022 à la Wilaya de Casablanca, la revue à la hausse du loyer de la Sqala, bâtiment qui a fait l'objet, durant de longues années, d’un conflit entre les locataires et le Conseil qui souhaitait en relever la redevance. Désormais, le lieu devrait être loué à au moins 53.000 dirhams contre 750 dirhams jusque-là. "Nous avons demandé plus parce que nous connaissons le chiffre d’affaires dudit café/restaurant. C’est un dossier épineux. Le Conseil est conscient de la question de la valorisation car ça ne pourrait qu’être bénéfique pour les recettes de la Ville", confirme Samira Razani.
A la suite d’un long conflit judiciaire, la commune avait résilié le contrat qui la liait à l’exploitant actuel, la société Restopro, dont le vice-président de l’arrondissement de Sidi Belyout, Aziz Chbine, est actionnaire. L’entreprise exploitait ce lieu touristique depuis 2001 contre un loyer initial de 750 dirhams par mois, après avoir investi, selon ses dirigeants, plusieurs millions de dirhams pour sa restauration. Le contrat d’exploitation, d’une durée de dix ans, avait été reconduit tacitement sans que le loyer ne soit réévalué, ce qui avait déclenché le conflit avec les conseils communaux précédents. Elle révèle d’ailleurs que parmi les propriétés concernées, l’ensemble résidentiel d’Ahmed Sebbagh au niveau de l’arrondissement de Mers Sultan, qui verra prochainement des travaux de finition.
Grosso modo, la ville ne connaît pas encore tout son patrimoine et n’en est pas encore propriétaire. Il est bien vrai que l’opération est délicate. Il faut que les biens passent de la propriété des ex-communes à celle de la ville de Casablanca. Un processus lent et complexe car il faut que la ville débloque des millions de dirhams pour pouvoir mettre les titres fonciers en son nom au lieu des noms des ex-communes. La procédure est compliquée. Car il faudra que le transfert de propriété se fasse en tenant compte de l’intérêt de la ville et de ses capacités financières. Mais pas seulement. Le nombre de procès et de litiges portant sur les biens immeubles de la ville qui sont actuellement devant les tribunaux est important. Certains procès remontent à des dizaines d’années, sous le régime des ex-communes. Mais il faut que la ville blanche puisse relever le défi afin de pouvoir respirer. "Aujourd’hui, la ville a beaucoup besoin desdits biens. Il faut œuvrer à ce que ce soit réalisé avec courage, équité et transparence surtout, sans avoir du passe-droit. Beaucoup de personnes n’osent pas approcher ce dossier par peur d’être jugées à tort", conclut Abdessadeq Mourchid.
Articles en relations
Société
Société
Société
Société