Société
Comment l’Homo Sapiens marocain a donné de l’élan à la culture moderne?
17/09/2021 - 22:00
Imane Benichou | Fahd MerrounLa grotte marocaine des Contrebandiers à Harhoura livre les plus anciens indices sur l'apparition des vêtements humains, révèle une étude scientifique. L’assemblage d'outils en os, à cette grotte datée de 120 à 90 mille ans, était probablement utilisé pour la production du cuir et de fourrure. Un signe de l'émergence panafricaine d'une culture complexe.
La combinaison d'os de carnivores trouvés à la grotte de Contrebandiers à Harhoura, vielle de 120.000 à 90.000 ans, portant des marques compatibles avec le dépouillement et avec des spatules est un indicateur "très suggestif" que les premiers humains pratiquaient le prélèvement de fourrure, fait-on savoir dans un article scientifique publié, jeudi 16 septembre 2021, à la revue interdisciplinaire IScience.
Dans la grotte de Contrebandiers, 62 outils en os avaient été identifiés, il y a quelques années, par cette équipe de chercheurs et archéologues, dont le Professeur chercheur marocain Mohamed Abdeljalil El Hajraoui. Les formes d'outils en os comprennent des spatules et d'autres pièces façonnées intentionnellement de diverses manières, notamment en grattant des ébauches d'os à l'aide d'un outil lithique pour créer une forme régulière et souhaitée. Et ce, en polissant des parties d'os pendant la phase de fabrication pour créer des surfaces lisses et régulières et/ou en façonnant de l'os par le biais d'une pierre.
"Ces outils en forme de spatule sont idéaux pour gratter et ainsi retirer les tissus conjonctifs internes des cuirs et des peaux pendant le processus de travail des peaux ou des fourrures, car ils ne percent pas la peau ou le cuir", expliquent les chercheurs.
Les analyses zooarchéologiques ont permis d'identifier des restes de squelettes de renard des sables, de chacal doré et de chat sauvage portant des marques compatibles avec un dépouillement pour le prélèvement de fourrure. Des marques de coupe ont été trouvées sur des fragments de radius, de cubitus, de tibia et de mandibule pour ces trois espèces de carnivores. "Ce schéma de marques de coupure correspond aux techniques modernes d'enlèvement de la fourrure, où des incisions initiales sont faites sur les membres antérieurs et postérieurs pour détacher la peau des pattes. La peau est ensuite tirée vers la tête en une seule pièce, et pour finalement détacher la peau de la tête de l'animal, des incisions sont faites près des lèvres, ce qui entraîne des marques de coupure sur la mandibule", souligne-t-on dans l’étude.
Ainsi, diverses ressources animales étaient utilisées à d'autres fins que l'alimentation et qu'une diversité d'outils était utilisée pour différentes activités. Les bovidés ont en effet été tués pour leurs viandes. Les distributions des marques de coupe sont situées sur les tiges moyennes et proximales de tous les os longs des bovidés, là où la masse musculaire est concentrée, détaillent les auteurs. "Cela montre que les distributions des marques de coupe sur les carnivores associés au traitement de la fourrure sont incompatibles avec les modèles de boucherie d'enlèvement de la viande", conclut-on.
"Les carnivores étaient seulement écorchés et n'étaient pas dépecés", ajoute-t-on encore.
Annonce du comportement humain moderne
L'évidence de la grotte de Contrebandiers démontre que l'émergence panafricaine d'une culture complexe incluait l'utilisation de matériaux multiples et divers pour la fabrication d'outils spécialisés, expliquent les auteurs.
Ces os, intentionnellement façonnés et utilisés comme outils, ont été considérés par les chercheurs comme une caractéristique du comportement humain moderne, car cela nécessite des investissements substantiels en temps et en effort et des séquences de production élaborées. Les vêtements et la fourrure étaient probablement nécessaires à l'expansion de l'Homo sapiens dans les habitats froids au cours du Pléistocène.
L'émergence de l'Homo sapiens en Afrique pléistocène est associée à une profonde reconfiguration de la technologie, affirme-t-on dans l’article. L'expression symbolique et l'ornementation personnelle, les nouvelles formes d'outils et les traditions technologiques régionales sont en effet largement reconnues comme les premiers indicateurs d'une culture et d'une cognition complexes chez l'homme.
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