Société
Covid-19 : faut-il se méfier de la baisse de la mortalité ?
01/04/2021 - 08:01
Ghita Ismaili
Malgré la baisse du nombre de patients décédés du Covid-19 ces dernières semaines au Maroc et la vaccination des personnes à risque, l’arrivée d’une troisième vague au Maroc n’est pas à écarter.
Depuis quelques semaines, le nombre de décès dus au Covid 91 au Maroc a considérablement baissé. Lors des dernières 24 heures, cinq patients atteints ont perdu la vie sur un total de 8.818 depuis le début de cette crise sanitaire, indique le dernier bilan du ministère de la Santé diffusé ce mercredi. Le 28 mars dernier, aucun nouveau décès n’avait été enregistré. Depuis mi-février, la moyenne des décès au Maroc se situe en effet autour de 10, alors que quelques semaines auparavant, celle-ci était de 60-70. Le record étant jusqu’ici de 92 décès, enregistrés le 20 novembre dernier.
Faut-il se réjouir de cette baisse de la mortalité due au Covid-19 ou craindre plutôt l’arrivée d’une troisième vague comme dans de nombreux autres pays ?
"Il faut s’en méfier", répond Dr. Moulay Said Afif, membre du Comité national technique et scientifique sur la vaccination, contacté par SNRT News. Selon lui, cette baisse s’explique par le fait que la majorité des personnes dites à risque ont été vaccinées. "Les gens âgés qui constituaient au début de la crise le plus gros des décès sont aujourd’hui vaccinés. Ce qu’il faut voir, c’est le nombre de personnes qui sont hospitalisées en réanimation. Il y a une légère augmentation actuellement, il faut donc faire attention", explique-t-il.
"Comme le Maroc a vacciné les personnes âgées de plus de 75 ans, de plus 65 ans et quelques-uns des plus de 60 ans, la moyenne d’âge des malades en réanimation a baissé à 60 ans actuellement, ce qui n’était pas le cas auparavant. Mais en France, les personnes qui sont en réanimation aujourd’hui ont entre 30 et 50 ans", détaille Dr Afif.
A l'instar de plusieurs pays en Europe, la France fait face à une troisième vague de la pandémie, avec plus de 5.000 patients en réanimation, soit au-delà du pic de la deuxième vague de novembre. Pour tenter de freiner le virus, le président Emmanuel Macron a annoncé dans la soirée de mercredi l'extension à tout le territoire métropolitain des mesures restrictives et la fermeture pour trois semaines des crèches, écoles maternelles et primaires et pour quatre semaines des collèges et lycées.
Sonnette d’alarme
Au Maroc, le chef du gouvernement a récemment alerté sur les risques de l’arrivée d’une troisième vague de la pandémie. "Ces derniers jours, le nombre de cas du Covid-19 a relativement augmenté et le nombre de cas graves nécessitant une réanimation est passé à 72 au cours des dernières 24 heures", a prévenu Saad Dine El Otmani, dans un tweet posté le 27 mars. "C’est un indicateur qui requiert de la prudence de la part de tous, pour ne pas assister à une troisième vague", avait-il ajouté.
Deux jours après, une quarantaine de nouveaux cas du variant britannique ont été détectés à Dakhla. Le dernier bilan du ministère de la Santé fait état de 19 nouvelles contaminations dans cette ville, sur un total de 676 nouveaux cas enregistrés au cours des dernières 24 heures sur le territoire national.
"Il faut faire attention aux risques d’une troisième vague comme l’a dit récemment le chef du gouvernement. Ce qu’on a vu dernièrement à Dakhla est une sonnette d’alarme. Il y avait 4 ou 5 cas par jour dans cette ville. C’est monté d’un coup à 40 cas à cause du variant anglais qui est beaucoup plus contagieux", souligne Dr Said Afif.
Si le Maroc a fermé ses frontières à plusieurs pays et vacciné déjà plus de 3 millions et demi (deux doses) de citoyens, dont le personnel médical, soignant et éducatif, il a aussi décidé récemment de rouvrir les hammams et les salles de sport. "Il faut attendre encore une semaine pour voir si ces réouvertures auront des répercussions", fait remarquer notre interlocuteur.
"Actuellement, nous n’avons que les mesures restrictives pour endiguer la pandémie, en attendant d’avoir les vaccins. Soit on fait tout ça en respectant les mesures barrières, soit on revient à un confinement. Si les gens ne respectent pas les règles et font n’importe quoi, c’est sûr que l’Etat prendra des décisions plus strictes et un retour au confinement n’est pas à écarter", estime-t-il. Pour éviter ce scénario et ses "répercussions qu’on connait maintenant sur les plans économique et psychologique", Said Afif appelle à une prise de conscience, notamment de la part des "gens qui ne portent plus le masque" et qui ne respectent plus la distanciation sociale.
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