Société
Enfants et Aid Al Adha: une ambiance qui a changé au fil des temps?
29/06/2023 - 21:30
Khaoula Benhaddou
Les cérémonies religieuses ont toujours été des occasions pour se réunir en famille, partager des moments de joie et de bonne humeur et déguster de délicieux mets. Hélas, de nouvelles habitudes se sont incrustées dans le mode de vie de certaines familles marocaines et ont apporté leur lot de changement sur les rituels et les traditions ancestrales. Des traditions qui se perdent petit-à-petit et ne sont plus transmis aux enfants.
Aid Al Adha a toujours été une fête très attendue par les grands et les petits. Achat du mouton, de charbon, d’épices et d’ustensiles de cuisine précèdent le grand jour de sacrifice.
Une ambiance qui se partageait avec les cousins, les oncles et les tantes et bien évidemment les grands parents qui insistaient pour transmettre les traditions et les valeurs à leurs descendants comme l’explique Kenza Hokimi psychothérapeute et coach parental: "Aid El Kebir connait et continue d’être le temps des traditionnels échanges familiaux. Nos grands-mères ont élevé leurs enfants avec tranquillité et un leadership puissant. Elles ne se sont pas posées beaucoup de questions. Elles ont pu asseoir une posture parentale qui a rendu service dans une éducation réelle et palpable".
Le jour du sacrifice se passait dans une ambiance familiale marquée par le partage, l’entraide et la bonne humeur se rappelle Houda, 45 ans: "Je me souviens des Aid Al Adha de mon enfance, on se réunissait chez les grands parents et chacun de nous ramenait son mouton. Le jour du sacrifice, les hommes égorgeaient le mouton et s’occupaient de la bête alors que les femmes et les jeunes filles nettoyaient les abats et préparaient le déjeuner. Les moins jeunes s’occupaient du ménage et de la préparation des têtes des moutons. Tout cela se passait dans la joie et la bonne humeur portée par les voix des femmes qui chantaient en cuisine. Aujourd’hui, les familles qui célèbrent toujours l'Aid, le passent seules à la maison loin de la famille et du regard des autres."
Des traditions qui disparaissent petit-à-petit
Si dans les petites villes et les quartiers populaires, Aid Al Adha est toujours célébré dans le respect de la tradition, les habitants de certains quartiers, surtout, abandonnent petit-à-petit cette célébration, sous prétexte de la cherté de la vie et l’évolution de la société. C’est le cas de Mohamed qui préfère voyager au lieu de célébrer la fête du sacrifice: "Il fut un temps où la fête du sacrifice était considérée comme une fête religieuse, où on partageait le mouton avec les personnes pauvres et où on respectait les instructions divines. Aujourd’hui, cette fête est devenue une obligation culturelle plus que tout, une occasion de frimer devant les voisins, d’avoir le plus grand mouton, de préparer des dizaines de repas et de partage les photos sur les réseaux sociaux. Le sens même de cette fête a été transformée pour cela, je préfère ne plus la célébrer", explique ce jeune papa de deux enfants.
Kenza Hokimi trouve "qu’auparavant, c’était l’époque des autres d’abord mais aujourd’hui la famille vit des mutations importantes."
Les enfants, les grands perdants …ou pas!
Face aux changements de la société, certaines familles abandonnent petit-à-petit les traditions. Un phénomène qui ne doit pas détruire le noyau de la société: la famille comme l’explique Kenza Hokimi. "La cellule familiale prend un sens nouveau. Être présent pour nos enfants c’est important. Mais de là à ce qu’ils soient au centre du pouvoir, ça ne leur rend pas service. Cultiver la relation c’est aussi leur permettre de s’investir avec nous pour donner du sens à l’événement. Pour cela, Il est nécessaire pour les parents d’entourer leurs enfants avec la juste dose de bienveillance pour fédérer des valeurs éducatives", précise la coach qui appelle les parents à profiter de cette occasion religieuse pour partager certaines valeurs à leurs enfants et les impliquer. "Parce que les parents sont en vacances pendant ce temps, les retrouvailles peuvent être l’occasion de les impliquer avec nous dans les préparatifs de cette fête. Plus on les implique plus on les met au parfum et cela peut être l’occasion pour eux de nous donner un coup de main pour qu’on puisse apprécier ensemble l’esprit de famille et de fête. Passer du temps avec eux c’est saisir cette opportunité pour être ensemble dans le respect des uns des autres en prenant compte des besoins de chacun tous ensemble. Les accompagner à créer des liens avec la famille c’est aussi primordial et cela s’apprend", conclut la spécialiste.
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