Société
Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages: une classe moyenne fragilisée face aux inégalités
17/02/2025 - 09:20
Mohammed Fizazi
Le Haut-Commissariat au Plan a mené une Enquête Nationale sur le Niveau de Vie des Ménages entre mars 2022 et mars 2023 auprès de 18.000 ménages à travers le Maroc, révélant une amélioration pour les plus pauvres, mais une fragilisation croissante de la classe moyenne.
L'étude indique que les politiques sociales mises en place ces dernières années ont permis une amélioration significative des conditions de vie des populations les plus pauvres, leur offrant une meilleure part des fruits de la croissance. Cependant, cette avancée s’est accompagnée d’un creusement des inégalités, illustré par l’augmentation de l’indice de Gini, passé de 39,5% en 2014 à 40,5% en 2022. Ce constat met en évidence une évolution contrastée où les ménages les plus vulnérables ont bénéficié de mesures de protection sociale, tandis que la classe moyenne peine à suivre le rythme de la croissance économique.
L’analyse des dynamiques économiques entre 2014 et 2022 montre que si les 20% les plus pauvres ont vu leur niveau de vie progresser à un rythme annuel de 1,1%, cette amélioration masque une forte disparité entre les périodes. Entre 2014 et 2019, la croissance de leur niveau de vie atteignait 3,9% par an, avant de reculer brutalement de -4,6% entre 2019 et 2022. Ce ralentissement s’explique en grande partie par l’impact de la pandémie de Covid-19, qui a mis à l’épreuve les filets sociaux et aggravé la précarité économique.
Dans le même temps, les 20% les plus aisés ont enregistré une progression annuelle de leur niveau de vie de 1,4%, bien que cette dynamique ait été freinée par une baisse de -1,7% après 2019. Quant aux classes intermédiaires, leur progression moyenne de 0,8% entre 2014 et 2022 reste inférieure à celle des autres catégories, et elles ont subi une diminution de -4,3% entre 2019 et 2022. Ce phénomène souligne une fragilisation croissante de cette tranche de la population, qui n’a pas bénéficié des politiques de redistribution avec la même ampleur que les plus pauvres.
Les inégalités de revenus, accentuées depuis 2019, posent la question de l’efficacité des mécanismes de redistribution actuels. Alors que les mesures de soutien ont permis de réduire la pauvreté absolue, qui est passée de 4,8% en 2014 à 3,9% en 2022, la part des ménages vulnérables à un déclassement social a augmenté. En milieu urbain, cette vulnérabilité est passée de 7,9% en 2014 à 9,5% en 2022, reflétant une fragilité croissante face aux chocs économiques.
Dans ce contexte, l’évolution récente des indicateurs socio-économiques invite à une réflexion sur la nécessité d’une politique publique plus volontariste en faveur de la classe moyenne. Une approche redistributive plus équilibrée pourrait permettre de réduire les écarts grandissants et d’éviter un essoufflement de cette catégorie essentielle à la stabilité économique et sociale. Enfin, la période 2019-2022, marquée par des bouleversements conjoncturels, appelle à une réévaluation des tendances de long terme afin de mieux distinguer les effets passagers des transformations structurelles du niveau de vie des ménages.
Par ailleurs, entre 2014 et 2022, la dépense annuelle moyenne par ménage est passée de 76.317 DH à 83.713 DH, avec une progression plus marquée en milieu urbain (95 386 DH) qu’en milieu rural (56 769 DH). Toutefois, la dynamique s’est infléchie après 2019, période marquée par la crise sanitaire, avec une décélération de la croissance et une contraction de -3,1% entre 2019 et 2022.
L’enquête révèle également un changement notable dans la structure des dépenses des ménages. Les dépenses alimentaires ont augmenté, passant de 37% en 2014 à 38,2% en 2022, tandis que celles liées à l’habitat et l’énergie sont passées de 23% à 25,4%. À l’inverse, les dépenses consacrées aux loisirs et à la culture ont chuté de 1,9% à 0,5%, traduisant une réallocation budgétaire en faveur des besoins essentiels.
Le revenu annuel moyen des ménages s’élève à 89 170 DH, avec un écart marqué entre les zones urbaines (103.520 DH) et rurales (56.047 DH). Près de 72% des ménages disposent d’un revenu inférieur à la moyenne, accentuant les disparités sociales. Les salaires (35%) et les transferts publics et privés (21,3%) constituent les principales sources de revenus.
Cette enquête met ainsi en évidence l’impact des crises récentes et la nécessité d’un ajustement des stratégies publiques pour mieux soutenir les ménages les plus vulnérables.
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