Economie
Équité territoriale dans la répartition des investissements publics: comment y parvenir?
06/06/2024 - 12:13
Ouiam Faraj | Aya Lankaoui
La majorité des investissements publics se concentrent dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat, représentant 53% des institutions et entreprises publiques. Cela appelle à une répartition plus équitable des investissements à travers les 12 régions du Royaume, afin de réaliser l’équité territoriale prônée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
La cinquième orientation stratégique parmi les sept concernant la restructuration de la politique actionnariale de l'État vise à considérer le secteur des établissements et entreprises publiques comme un acteur actif en matière de l’équité territoriale, au service de l'inclusion économique, sociale, financière et numérique, dans le cadre de la régionalisation avancée.
Assurer une équité territoriale
Lors de sa présentation devant Sa Majesté le Roi sur les orientations stratégiques de la politique actionnariale de l'État, a souligné que l'un des objectifs de ces orientations est de garantir l’équité territoriale et l'accès équitable des citoyens à des services publics de qualité.
Le gouvernement estime que, bien que le portefeuille public soit relativement concentré dans deux régions principales, de nombreux organismes situés dans ces régions exercent leurs activités dans plusieurs autres régions, voire sur l'ensemble du territoire national.
L'analyse de la répartition régionale des investissements et des entreprises publiques pour l'année 2023 (143,5 MDH) révèle une situation plus équilibrée par rapport à l'année 2022, selon un rapport sur les établissements et entreprises publiques annexé à la Loi de Finances 2024.
Le rapport prévoit que la part de la région de Rabat-Salé-Kénitra augmentera de cinq points, passant de 15% en 2022 à 20% en 2023, suivie de la région de Marrakech-Safi, dont la part devrait passer de 12% en 2022 à 16% fin 2023.
En outre, le rapport anticipe une diminution des parts des régions de Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma de quatre et trois points respectivement (26% en 2023 contre 30% en 2022, et 8% en 2023 contre 11% en 2022).
Le rapport prévoit également que les parts des régions de l'Oriental et de Souss-Massa diminueront de deux points, passant respectivement de 8% en 2022 à 6% en 2023 et de 4% en 2022 à 2% en 2023. Les autres régions verront des évolutions de leurs parts d'investissements ne dépassant pas un point.
46% des investissements dans deux régions
La répartition régionale des investissements prévus pour 2023 montre que 46% des investissements se concentrent dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat. Par ailleurs, trois autres régions (Marrakech-Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Drâa-Tafilalet) captent 31% des investissements.
Les régions de l'Oriental et de Laâyoune-Sakia El Hamra reçoivent respectivement 6% et 5% des investissements, tandis que les autres régions se partagent les 13% restants des investissements planifiés.
Pour 2024, il est prévu que la part de la région de Rabat-Salé-Kénitra augmente de trois points, passant de 20% en 2023 à 23% en 2024. La région de Marrakech-Safi devrait voir sa part diminuer de quatre points, passant de 16% en 2023 à 12% en 2024. Quant à la région de Casablanca-Settat, sa part d'investissement devrait se stabiliser à 23% en 2024 contre 26% en 2023, soit une baisse de trois points.
Il est à noter que, selon la même source, les autres régions devraient connaître des variations de leurs parts d'investissement ne dépassant pas un point.
Disparités dans l'accès à l'emploi
Selon Abdelrrafie Zaanoun, professeur et chercheur en droit public et sciences politiques, de nombreuses régions peinent à rattraper le rythme de développement des régions "leaders" en raison de la répartition des investissements. Il souligne que trois régions (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi) cumulent 61% de l'investissement national, tandis que les neuf autres régions se partagent les 39% restants.
Dans une étude publiée, mercredi 5 juin 2024, par l’Institut marocain d'analyses des politiques (MIPA), intitulée "Réussir l’équité territoriale nécessite un nouvel élan", M. Zaanoun indique que le déséquilibre dans les investissements crée des disparités dans l'accès à l'emploi. Cinq régions regroupent 72,6% de la population active de 15 ans et plus, les principales étant Casablanca-Settat (22,2%) et Rabat-Salé-Kénitra (13,7%). En revanche, cinq autres régions comptent plus de 71,4% des chômeurs.
L'étude de l'institut montre également que la concentration des investissements, des infrastructures et des équipements dans certaines zones intensifie la pression démographique sur celles-ci et alimente les migrations vers les centres industriels, entraînant diverses conséquences à traiter.
Réduire les disparités
Le chercheur en droit public et sciences politiques a souligné l'importance du programme de réduction des disparités territoriales et sociales pour identifier les besoins de chaque région et combler les lacunes enregistrées. Il a salué les progrès réalisés dans le cadre de la régionalisation avancée et de la déconcentration administrative.
Dans ce contexte, il a appelé à diversifier les approches pour réaliser l’équité territoriale, en passant de la gestion des conséquences des disparités territoriales à l'éradication des causes profondes de ce problème.
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