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France: l'extrême droite brandit encore la carte du "grand remplacement"
26/09/2021 - 10:03
Aïcha Debouza
En déplacement à la Hongrie ce vendredi 24 septembre 2021, Eric Zemmour, qui ne cache pas ses ambitions présidentielles, a évoqué les risques du "grand remplacement" lors d’un sommet de la droite identitaire sur la démographie. Ceci a eu lieu lors de sa rencontre avec le Premier ministre Viktor Orban.
Organisé par Victor Orban, cet événement très coûteux, vise depuis ses débuts, en 2015, à donner une résonance relative à l’Europe aux thèses identitaires du premier ministre nationaliste hongrois. Ces rencontres visent à chercher des solutions à la crise démographique qui ronge l’Europe centrale et orientale. Et cette fois-ci, sans aucune surprise, c’est l’immigration musulmane qui est présentée comme la principale menace démographique dont pourrait faire face l’Europe.
C’est désormais devenu coutume que l’éditorialiste français Eric Zemmour fasse parler de lui à chaque rencontre médiatisée, ou encore à la sortie de chacun de ses écrits qui ne choquent plus personne. Après un débat face à Jean-Luc Mélenchon, suivi par quelque 4 millions de téléspectateurs, le polémiste s’est déplacé cette fois à Budapest en Hongrie. Les discussions qu’il a eues avec le Premier ministre hongrois restent encore très confidentielles, mais les opinions que partagent les deux hommes, surtout en ce qui est de l’immigration, ne le sont par contre pas.
Eric Zemmour a par ailleurs, "salué le mur érigé" par la Hongrie en pleine crise migratoire de 2015 afin d’empêcher les arrivées des musulmans à la frontière sud. Viktor Orban est celui "qui a le mieux compris ces enjeux", a-t-il insisté.
Une théorie raciste et xénophobe
"Nous avons une population africaine et arabo-musulmane très importante qui a une natalité beaucoup plus exubérante", a-t-il dit de façon décomplexée lorsqu’il a pris la parole, ce vendredi à la tribune dudit sommet. Il parle, comme à son habitude de la théorie du "grand remplacement". Si son nom n’a pas été prononcé sur scène, cette théorie était clairement présente dans les esprits de tous les participants.
Selon cette théorie qui circule dans les milieux d'extrême droite, les Français pourraient bientôt être écartés démographiquement par des peuples non européens. Raciste et xénophobe, cette doctrine avance qu’il existerait un processus délibéré, de substitution de la population française et européenne par une population non européenne, originaire en premier lieu d’Afrique "noire" et du Maghreb.
Ce changement de population impliquerait un changement de civilisation et engendrera ainsi, toujours d’après les promoteurs de cette idéologie, des répercutions tant pour la politique que pour l’économie de l’Europe.
Publiquement défendue pour la première fois par Renaud Camus dans "l’Abécédaire de l’In-nocence", publié en 2010, cette théorie a par la suite été développée davantage dans "Le Grand Remplacement", l’année suivante. Mais Renaud Camus n’est malheureusement pas la première personne ayant pensé à ces idées d’extrême droite. Cette pensée trouve son origine à la fin du XIXe siècle, chez Maurice Barrès, l’un des pères intellectuels du nationalisme français.
Une culture et une religions imposées
Grosso modo, cette théorie a deux volets. Le premier se présente comme un "constat" démographique. Il s’agit d’une immigration "massive" dont résulterait une plus forte fécondité. Les populations dites non européennes seraient donc en passe de surpasser numériquement les populations "d’origine" européenne. Du coup, toujours selon la théorie, ces dernières imposeraient leur culture ainsi que leur religion, bien évidemment musulmane, au continent.
Le second volet est tout aussi intéressant que son premier car il tend plus vers une théorie "complotiste". D’après cette pensée, ce "grand remplacement" interviendrait avec la complicité d’un "pouvoir remplaciste". En d’autres termes, les élites dirigeantes capitalistes, appelées les "mondialistes", organiseraient une immigration massive. Leur ultime but serait de construire un homme nouveau "débarrassé de toute spécificité nationale, ethnique et culturelle", et donc "échangeable" et "délocalisable" à la merci des besoins de l’économie mondialisée.
"Le Grand Remplacement est le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre", écrit Renaud Camus dans son livre. L’écrivain proche du Front national (FN), ne s’est pas arrêté ici mais a lancé en septembre 2013, un manifeste intitulé "Non au changement de peuple et de civilisation".
Des propos qui nous poussent à penser les fondements de cette théorie, car au final qu’est-ce qu’un européen "d’origine" ? Bien que cela ne soit trop évident, l’influence qu’a eue la théorie évoquée par Renaud Camus sur le débat public français est incontestable. De plus en plus, nombre de figures médiatiques de premier plan français n’hésitent plus à reprendre à leur compte l’idée du "grand déplacement".
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