Monde
France: obsèques d'un adolescent tué par la police après une quatrième nuit de violences
01/07/2023 - 15:03
AFP
Les obsèques d'un jeune de 17 ans tué par un policier ont débuté samedi, après une quatrième nuit consécutive de pillages et de heurts en France, ayant conduit à plus de 1.300 interpellations, un chiffre record depuis le début de ces violences urbaines.
"Paix à son âme, que justice soit faite. Je suis venue soutenir la maman, elle n'avait que lui, la pauvre", a déclaré une femme qui n'a pas souhaité donner son nom, en sortant du funérarium de Nanterre, près de Paris où a eu lieu le drame.
Saisi par une vidéo amateur venue contredire le récit initial livré par les policiers, le tir à bout portant d'un motard de la police et la mort mardi de Nahel M., 17 ans, a continué d'embraser de nombreux quartiers populaires du pays dans la nuit de vendredi à samedi.
Un très important dispositif, pas moins de 45.000 policiers, a permis de contenir les violences pour cette quatrième nuit d'émeutes, d'"intensité moindre", selon le ministère de l'Intérieur. Mais la cellule de crise s'est réunie pour examiner un bilan qui reste lourd samedi. Au total, il y a eu 1.311 interpellations, bien plus que les 875 de la nuit précédente, 79 policiers et gendarmes blessés, quelque 1.350 véhicules incendiés et 234 bâtiments incendiés ou dégradés, selon cette source.
Le ministère a recensé en outre 31 attaques de commissariats, 16 attaques de postes de police municipale et 11 de casernes de gendarmerie, sans compter les nombreuses boutiques vandalisées.
Samedi matin, les commerçants de plusieurs villes du pays, dont Lyon dans le centre-est, contemplaient, dépités, l'étendue des dégats.
"Lundi, j'appelle (l'agence immobilière) Omnium et je mets tout en vente, ça suffit", jure par exemple la patronne d'une boutique de lingerie, dans une rue piétonne jonchée de débris, en centre-ville.
"Il faut partir, c'est tout ce qu'il reste à faire, quand le centre sera désert le maire sera content", renchérit le gérant d'un petit hôtel à proximité. "Je préfère ne rien dire, ils ont tout pris", soupire quant à lui le patron d'une boutique de vêtements de luxe en train de balayer les débris dans sa boutique vidée par les pilleurs.
Jeunes encagoulés
Dans cette ville ou à Grenoble (centre-est), des affrontements ont opposé jusque tard dans la nuit des bandes de jeunes souvent encagoulés, se déplaçant en courant ou à trottinette et tirant des dizaines de mortiers vers les policiers qui répliquaient par des grenades lacrymogènes.
A Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, un émeutier a tiré au fusil à grenailles en direction de trois policiers qui ont été blessés, selon une source policière.
Marseille, deuxième ville de France dans le sud, a également connu une nuit de violences, incitant le ministre de l'Intérieur Gérard Darmanin à y envoyer des renforts.
La région parisienne n'a pas été épargnée, trois villes proches de la capitale ayant par ailleurs décidé d'instaurer un couvre-feu, comme d'autres villes en province.
Vendredi, le ministre de l'Intérieur avait annoncé "davantage d'unités spécialisées" telles que le RAID et le GIGN, troupes d'élite de la police et la gendarmerie, ainsi que l'envoi de blindés légers de la gendarmerie.
"Le temps de la violence doit cesser pour laisser place à celui du deuil, du dialogue et de la reconstruction", ont exhorté les joueurs de l'équipe de France de foot, dans un communiqué relayé par le capitaine-star Kylian Mbappé.
Esprit de responsabilité
Le gouvernement avait décidé d'annuler tous les "événements de grande ampleur" tels que les concerts de Mylène Farmer vendredi et samedi au stade de France, et demandé la mise à l'arrêt des bus et tramways dans tout le pays après 21H00 (19H00 GMT).
La mort de Nahel M., dont la famille est originaire d'Algérie, a ravivé le sujet des violences policières et de racisme en France, où 13 personnes sont mortes à l'issue d'un contrôle de police l'an dernier, y compris au-dela des frontières.
"Evidemment il y a un mal-être surtout dans les grandes périphéries françaises et cela a explosé quand il y a eu cet épisode très triste qui ne devait pas arriver", a ainsi estimé samedi le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani.
La question de l'état d'urgence est posée dans le pays par une partie du monde politique et scrutée à l'étranger, d'autant plus que la France accueille à l'automne la Coupe du monde de rugby, puis les Jeux olympiques à Paris à l'été 2024.
L'état d'urgence, qui permet aux autorités administratives de prendre des mesures d'exception comme une interdiction de circuler, avait été décrété en novembre 2005 après dix jours d'émeutes dans les banlieues françaises déclenchées par la mort de deux adolescents, électrocutés dans un transformateur électrique où ils s'étaient cachés pour échapper à la police.
Cette fois, Nahel M. a été atteint d'une balle au thorax par le tir à bout portant de l'un des deux policiers qui tentaient d'immobiliser son véhicule, après un refus d'obtempérer, selon les autorités.
Ce policier, un motard de 38 ans, a été inculpé jeudi pour homicide volontaire et placé en détention.
Articles en relations
Monde
Monde
Monde