Economie
HCP: la croissance marocaine tient son cap
15/07/2025 - 14:18
Matar Bensalmia
En dépit d’un contexte international morose, le Maroc affiche, selon le Budget économique exploratoire 2026 publié par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), une croissance qui devrait atteindre 4,4 % en 2025 et 4,0 % en 2026, confirmant la vigueur d’une économie en mouvement.
Cette dynamique impressionne par sa constance, mais révèle aussi des fragilités profondes. Portée avant tout par une demande intérieure robuste, la croissance marocaine s’appuie sur un volontarisme budgétaire assumé… au prix d’un modèle encore déséquilibré.
La demande intérieure est là… mais à quel coût ?
Selon la même source, le véritable moteur de cette performance économique demeure la demande intérieure, qui devrait progresser de 5,4 % en 2025 et de 4,6 % en 2026. Elle tirerait profit d’une série de mesures: revalorisation des salaires dans le cadre du dialogue social, atténuation des tensions inflationnistes, aides sociales directes, et hausse des investissements publics.
L’investissement brut, en particulier, afficherait une croissance de 9,8 % en 2025 et 7,2 % en 2026, porté par la reconstruction post-séisme, les projets d’infrastructures liés à la CAN 2025 et au Mondial 2030, ainsi que par la mise en œuvre de la nouvelle charte de l’investissement.
Mais cette intensité d’effort d’investissement souffre d’un défaut de rendement : le Maroc investit beaucoup (plus de 31 % du PIB), mais transforme peu en croissance ou en emploi. L’indicateur ICOR, mesurant l’efficacité de l’investissement, reste bien plus élevé que dans d’autres pays émergents comparables.
Une agriculture soulagée, mais toujours dépendante
Après une campagne 2024 marquée par la sécheresse, l’agriculture devrait connaître un rebond en 2025, grâce aux précipitations printanières. La production céréalière est estimée à 44 millions de quintaux, en hausse de 41% par rapport à l’année précédente, mais toujours en dessous de la moyenne décennale (66,5 millions de quintaux).
Dans ce contexte, la valeur ajoutée agricole progresserait de 4,7% en 2025, puis de 3,3 % en 2026, selon une hypothèse de campagne céréalière moyenne. L’élevage bénéficierait également de conditions climatiques favorables et des mesures de soutien ciblées.
Les piliers non agricoles tiennent bon
Les activités non agricoles devraient croître de 4,3 % en 2025 et de 4,0 % en 2026. Parmi elles :
- Le BTP progresserait de 4,9 % en 2025, grâce aux chantiers de reconstruction et aux grands projets sportifs.
- L’industrie manufacturière, en particulier les secteurs chimique (+6,6 %) et agroalimentaire (+2,2 %), bénéficierait de la reprise des investissements et de l’amélioration de l’amont agricole.
- Les services, moteur principal de la valeur ajoutée nationale (près de 60 %), croîtraient de 4,4 % en 2025, soutenus par le dynamisme du tourisme (+8,4 %), du transport (+6,6 %), et de l’hébergement.
Une ouverture à l’international sous pression
Dans un contexte mondial ralenti, avec une croissance attendue de 2,3% en 2025, le Maroc avance à contre-courant. Mais cette résilience a ses limites.
Les exportations de biens progresseraient de 5,8% en volume en 2025, mais les importations augmenteraient encore plus rapidement (+8,8 %), tirées par la demande intérieure et les besoins en intrants.
Le déficit courant s’aggraverait légèrement, atteignant -1,8% du PIB en 2025 et -1,9% en 2026, sans franchir des seuils critiques grâce à la contribution des transferts des MRE et à la bonne santé du secteur touristique.
Inflation et dette: sous contrôle, mais à surveiller
L’inflation, mesurée par l’indice implicite du PIB, devrait se limiter à 1,9% en 2025 puis 1,5% en 2026, traduisant un retour vers une stabilité des prix.
Quant à la dette publique globale, elle devrait s’établir à 79,2% du PIB en 2025, avant de légèrement reculer à 78,9% en 2026, portée par la consolidation budgétaire. Le déficit budgétaire, lui, devrait rester au-dessus du seuil de Maastricht, à -3,6% en 2025 et -3,4% en 2026.
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