Politique
La politique au Maroc se conjuguera-t-elle au féminin ?
16/02/2021 - 11:44
Imane Benichou
Le Conseil des ministres a approuvé jeudi 11 février quatre projets de loi organique, parmi lesquels deux contribueront au développement du mécanisme législatif relatif à la représentativité des femmes. Il s’agit principalement de mesures temporaires spéciales pour encourager la représentation des femmes - groupe social sous-représenté- au niveau de la scène politique. Témoignages !
Jusqu’au jeudi 11 février, date de l’adoption au Conseil des ministres du projet de loi organique n° 04.21 modifiant et complétant la loi organique n° 27.11 relative à la Chambre des représentants, une liste nationale était consacrée aux femmes et une autre aux jeunes. L’objectif ? Garantir un minimum de représentativité féminine au parlement. Depuis, et grâce aux récents amendements, la nouvelle loi organique a remplacé la circonscription électorale nationale par des circonscriptions électorales régionales, qui doivent contenir les noms de candidates dont le nombre ne doit pas être inférieur aux deux tiers des sièges disponibles. Les premier et deuxième rangs de chaque liste seront obligatoirement dédiés à des femmes, qui peuvent toujours se présenter aux circonscriptions électorales locales.
Le Conseil des ministres a, en outre, adopté le projet de loi organique n°06.21 modifiant et complétant la loi organique n°59.11 relative à l’élection des membres des conseils des collectivités territoriales. Ledit projet de loi a mis en place un mécanisme garantissant la représentativité des femmes aux élections des membres des Conseils préfectoraux et provinciaux. Il accorde ainsi le tiers des sièges aux femmes dans les conseils préfectoraux ou provinciaux et augmente le nombre de sièges réservés aux femmes dans les conseils communaux.
Une avancée notable
Il s’agit "d’un saut qualitatif pour inciter les femmes à contribuer à l'amélioration de la législation et à la défense des droits des femmes en renforçant leur participation à la vie politique et en consacrant les principes d'égalité et de parité afin d’augmenter la représentation des femmes", a déclaré à SNRTnews, Fatima-Ezzahra Nazih, députée du Mouvement populaire (MP) et Présidente du groupe de travail thématique chargé de la parité et de l’égalité dans la promotion des questions de la femme au Maroc. Elle a ainsi précisé que le fait de remplacer la circonscription électorale nationale par des circonscriptions électorales régionales permettra d'augmenter la représentation des femmes dans les institutions élues à l’échelle locale et régionale et sera aussi l'occasion pour la plupart des partis politiques de manifester leurs potentiels au niveau régional, au lieu de continuer à les gérer au niveau national.
Porter à un tiers la représentation des femmes dans les conseils, organes et institutions élus comme stipulé dans le projet de loi organique relative aux conseils des collectivités territoriales est "une exigence, le moins que l'on puisse dire qu'elle soit en quelque sorte équitable", a avancé la députée MP, en précisant toutefois qu’ "à condition que cette représentation s'améliore dans un avenir proche afin d'atteindre la parité et par conséquent, la mise en application des dispositions de l'article 19 de la Constitution œuvrant à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes".
Gagner en notoriété
Pour sa part, Fatima Zahra Barassat, députée du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a jugé "très importants" ces amendements, au vu de la présence "quasi inexistante" des femmes, qui malheureusement ne suit pas ce qui a été réalisé au niveau des Conseils communaux et régionaux. Ceci "assurera au moins la présence d’un tiers des femmes dans les conseils des collectivités territoriales", précise la députée.
La parlementaire PPS estime que c'est l'occasion de trouver les formules appropriées qui s'inscrivent dans le cadre de la politique de discrimination positive que le Maroc a adoptée afin de renforcer la présence des femmes dans les conseils élus. L’important pour elle est de capitaliser sur l’expérience de la Chambre des représentants dans ce sens pour renforcer la présence de la femme au niveau de la Chambre des conseillers où elle est "sous-représentée". La démarche adoptée par l’exécutif à travers lesdits projets de loi est "positive", selon la députée qui estime que les femmes candidates, en établissant une relation avec les Régions et les circonscriptions auxquelles elles appartiennent, "se présenteront facilement plus tard aux élections législatives sans avoir recours au mécanisme du quota".
Un "léger progrès"
Les amendements apportés à la loi organique relative à la Chambre des représentants et la loi organique relative à l’élection des membres des conseils des collectivités territoriales sont bien en deçà des revendications de la société civile qui exige la parité, a affirmé Dalila Loudyi, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). "Ce qui a été réalisé jusqu'à présent, n'est qu’un léger progrès qui ne correspond pas au niveau requis", a-t-elle lancé à SNRTnews.
Loudyi a souligné que les partis politiques sont dans l'obligation d’assurer une représentation effective des femmes dans la scène politique marocaine. Un constat partagé par la députée du livre, Fatima Zahra Barassat, qui considère que "le rôle des lois consiste à fixer un certain nombre de règles contraignantes. Toutefois, il ne dispense pas les partis politiques d'assumer leur responsabilité de soutenir et d'augmenter la représentation des femmes, non seulement par des mécanismes de discrimination positive, mais aussi au niveau des circonscriptions locales. C'est une responsabilité qui incombe aux partis politiques, qui doivent redoubler d'efforts pour renforcer la présence des femmes au niveau des institutions élues".
Aller vers la parité
La présidente de l’ADFM a, en outre, souligné la nécessité de définir des lois claires régissant les procédures de candidature des femmes aux prochaines élections. L'objectif, selon elle, est de parvenir à une égalité entre les hommes et les femmes, que ce soit au niveau des listes électorales ou des sièges obtenus. "Le Maroc a besoin de ses femmes qui travaillent si dur pour améliorer leur statut social et économique", a-t-elle martelé.
Cela dit, la représentativité des femmes au niveau de la scène politique a connu un progrès, grâce au système du quota, adopté par le Maroc depuis 2002, qui attribue un pourcentage défini de sièges aux femmes afin de renforcer leur présence dans les institutions élues et les postes de décision.
Le nombre de députées est, en effet, passé de 2 en 1993 à 35 en 2002. Le 7 octobre 2016, 81 femmes députées ont été élues, 14 femmes de plus qu’en 2011. 60 sont issues de la première partie de la liste nationale réservée aux femmes, 11 de la deuxième partie de la liste nationale réservée aux jeunes et 10 sont élues dans les circonscriptions locales, selon une étude réalisée en 2017 par l’association Jossour Forum des femmes marocaines (FFM) sur l’évaluation des mécanismes de renforcement de la représentation politique des femmes au Maroc. Aujourd’hui, à l’orée des prochaines élections générales, le taux de représentation politique des femmes s’élève à 20,51%, contre 16,96% en 2011 et 10,46% en 2007.
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