Société
Le Maroc face aux catastrophes naturelles : les orientations de l'IRES
12/12/2023 - 16:06
Mohammed Fizazi
Dans un monde confronté à des crises multiples, la question des catastrophes naturelles s'impose avec acuité. L'Institut Royal des Études Stratégiques (IRES) a publié un rapport de synthèse de sa journée de réflexion prospective organisée sous le thème : "Catastrophes naturelles : capacités d'anticipation du Maroc et orientations de politiques publiques au plan économique, financier, social et environnemental". Ce rapport aborde l'importance croissante de ces événements dévastateurs, exacerbés par le changement climatique.
Les catastrophes naturelles, qu'il s'agisse de séismes, d'éruptions volcaniques, de tsunamis, d'inondations ou de tempêtes, ont des répercussions considérables sur les régions touchées. Leur fréquence et leur intensité croissantes entravent les progrès en matière de développement durable. La vulnérabilité des populations et des biens augmente plus rapidement que notre capacité à réduire ces risques.
Le rapport cite des statistiques alarmantes : entre 2000 et 2019, le monde a connu près de 7.348 catastrophes naturelles, faisant en moyenne 61.500 victimes annuelles. L'année 2023 a été particulièrement éprouvante avec d'importantes inondations en Chine, en Scandinavie, en Turquie, en Italie, en Libye, et des incendies dévastateurs en Grèce, au Canada, en Sicile et en Afrique du Nord, entre autres.
L'IRES, depuis 2009, porte une attention particulière à ces phénomènes à travers son programme d'études "Changement climatique : impacts sur le Maroc et options d’adaptation globales". Le rapport de 2014 sur l'anticipation et la gestion des risques d'événements climatiques extrêmes au Maroc est un exemple marquant de leurs travaux.
Les catastrophes sont classées en plusieurs catégories : naturelles, technologiques et humaines. Elles sont complexes à appréhender en raison de leur nature imprévisible et de leurs effets multidimensionnels. L’action anthropique, notamment le dépassement des limites planétaires, aggrave ces risques.
Le Maroc, situé à la croisée des plaques tectoniques africaine et eurasienne, est soumis à une variété de risques naturels. Sa topographie variée, allant des chaînes montagneuses de l'Atlas aux côtes atlantique et méditerranéenne, le rend particulièrement vulnérable à des phénomènes comme les séismes, les inondations, les sécheresses et les tsunamis. Le changement climatique accentue ces risques, aggravant les phénomènes météorologiques extrêmes et leurs conséquences.
Avec son espace maritime étendu, le Royaume est également exposé aux risques technologiques, notamment les accidents maritimes impliquant des produits dangereux. La "littoralisation" croissante des activités industrielles renforce ce risque.
Historique et Incidences des Catastrophes Naturelles
Le rapport a passé en revue les différentes catastrophes naturelles qu'a connu le Maroc dans son histoire récente :
Séismes: Le Maroc a connu plusieurs séismes dévastateurs. Le plus marquant reste celui d'Agadir en 1960, avec une magnitude de 5,7 sur l'échelle de Richter, faisant 12.000 morts. Plus récemment, en septembre 2023, un séisme de magnitude 6,8 a frappé la province d'Al Haouz, causant la mort de 3.000 personnes et affectant environ 4,2 millions d'individus.
Inondations et Crues: Les inondations sont fréquentes, particulièrement dans les zones urbaines et les bassins des grands fleuves. Les crues d'Errachidia, de Tnighir et d'Oujda en 2023, ainsi que les inondations de Casablanca, Tanger et d'autres villes en 2021, en sont des exemples récents.
Sécheresses: Le Maroc, pays à climat semi-aride, fait face à des périodes de sécheresse qui affectent gravement l'agriculture, secteur clé de l'économie nationale.
Concernant les risques technologiques et sanitaires, le rapport indique que le Maroc, avec son espace maritime étendu, y est également exposé, notamment les accidents maritimes impliquant des produits dangereux. La "littoralisation" croissante des activités industrielles renforce ce risque.
La crise sanitaire de la Covid-19 a également révélé la vulnérabilité du système de santé marocain face aux catastrophes d'origine naturelle, avec un bilan significatif en termes de vies humaines, ajoute le document.
Stratégie Nationale et Mesures de Prévention
Le rapport a également relevé la stratégie nationale, ainsi que les mesures de prévention contre les catastrophes naturelles et leurs effets, qui se résument comme suit :
Gestion des Risques : Après le séisme d'Al Hoceima en 2004, le Maroc a renforcé ses capacités de prévention et de gestion des crises liées aux tremblements de terre. Cette approche a été étendue à d'autres types de risques naturels.
Cadre Légal et Institutionnel : Le Maroc a mis en place un cadre légal et institutionnel pour la gestion des risques de catastrophes naturelles, incluant la planification d'urgence, la formation et la sensibilisation des populations.
Coopération Internationale : Le Maroc collabore avec diverses organisations internationales pour renforcer ses capacités de réponse aux catastrophes et pour intégrer les enjeux de changement climatique dans sa stratégie de développement.
Les orientations de l'IRES
Le récent séisme dans la région d'Al Haouz, qui a frappé une zone montagneuse inattendue, a non seulement surpris les experts et la communauté scientifique, mais a aussi créé un choc psychologique à l'échelle nationale, souligne le rapport. Malgré cela, l'événement a révélé la force de la gestion de crise au Maroc, marquée notamment par le leadership Royal essentiel dans la mobilisation des ressources et le soutien aux populations, ainsi que par un élan de solidarité nationale et l'engagement des acteurs de première ligne.
Face à ces événements, l'Institut Royal des Études Stratégiques (IRES) propose des orientations stratégiques et des mesures opérationnelles pour renforcer la préparation et la réponse aux catastrophes naturelles. Ces mesures comprennent le développement d'une gouvernance institutionnelle globale des risques, la mise en place d'un cadre institutionnel interministériel, et l'intégration des risques de catastrophes dans la planification budgétaire nationale et locale.
L'IRES suggère également de capitaliser sur les ressources existantes pour une meilleure coordination des stratégies nationales et territoriales. Cela implique le développement de la finance des risques de catastrophes, la création de plateformes d'échanges et de coordination entre les niveaux national et local, et l'adoption de technologies innovantes pour la prévention et l'alerte des risques.
Le rapport met également l'accent sur la nécessité d'intégrer la connaissance des risques dans les valeurs sociales et culturelles, de renforcer les capacités d'analyse stratégique, et de développer une culture d'anticipation des risques au niveau national et local.
En matière d'anticipation et de prévention, il est crucial de développer des stratégies territorialisées, d'intégrer le risque de catastrophe dans la planification territoriale, et de promouvoir la culture du risque au niveau local. De même, une attention spéciale est accordée aux zones littorales, avec des mesures telles que l'élaboration d'urgences de plans de relocalisation et la création d'un observatoire du littoral.
Enfin, le rapport insiste sur le renforcement de la résilience communautaire, l'équipement des équipes de premiers secours, et la mise en place de plans d'évacuation pour les zones à haut risque. Il souligne également l'importance de l'éducation et de la formation à la gestion des risques de catastrophes à tous les niveaux du système éducatif.
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