Politique
Le pari algérien d'Emmanuel Macron cause des dommages aux relations avec le Maroc
04/07/2023 - 21:14
Mohammed Fizazi | Abderrahim Smougni
Dans un article analytique intitulé "Le pari algérien d'Emmanuel Macron : illusions, risques et erreurs", l'ancien ambassadeur français en Algérie, Xavier Driencourt, met en lumière les conséquences néfastes du choix du président français sur les relations entre la France et le Maroc.
Le diplomate, qui a occupé le poste d'ambassadeur en Algérie de 2008 à 2012 et de 2017 à 2020, se base sur son expérience, les archives de l'ambassade française en Algérie et la mémoire commune entre les deux pays pour affirmer que, même après huit ans de service, l'Algérie demeure une énigme à ses yeux. Selon lui, Emmanuel Macron aspirait à une réconciliation historique avec l'Algérie, similaire à celle réalisée par Charles de Gaulle avec l'Allemagne ou la réconciliation entre la Grande-Bretagne et la France.
Cependant, les résultats tangibles de cette ambition se sont révélés décevants, notamment en ce qui concerne la coopération économique, militaire et sécuritaire. Selon Driencourt, ce mauvais pari sur l'Algérie a également détérioré les relations avec le Maroc, alors que les présidents précédents avaient réussi à maintenir un certain équilibre entre Rabat et Alger.
L'ancien ambassadeur souligne que la France a besoin d'une relation apaisée avec le Maroc pour des raisons similaires à celles qui nécessitent une relation normale avec l'Algérie. Il affirme qu'ignorer cela et penser que le choix en faveur de l'Algérie suffira à se dispenser de relations amicales et substantielles avec Rabat est une erreur. Les enjeux politiques, sécuritaires, économiques et migratoires nécessitent une collaboration étroite entre la France et le Maroc.
Selon Xavier Driencourt, le choix en faveur de l'Algérie a également poussé le Maroc à se tourner vers d'autres alliés ou partenaires, tels que l'Espagne, les États-Unis, Israël et même la Chine. Il souligne que la politique française précédente maintenait un équilibre subtil entre Alger et Rabat, avec des orientations pro-marocaines ou pro-algériennes selon les périodes. Cependant, dans le contexte géopolitique actuel, marqué par des tensions internationales croissantes et l'émergence de nouvelles alliances, la France risque de perdre le Maroc en négligeant ses relations avec ce pays.
Driencourt exhorte la France à reprendre l'initiative et à trouver une nouvelle formule pour réchauffer sa relation avec le Maroc. Il suggère une approche régionale impliquant l'Espagne et l'Italie, qui font face à des problèmes similaires à ceux de la France, ainsi que les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Une telle initiative, bien que diplomatiquement complexe et politiquement risquée, mérite une étude approfondie pour rétablir un dialogue constructif et équilibré entre les parties concernées.
Driencourt a de même évoqué la visite du chef de l'armée algérienne, Saïd Chengriha, à Paris il y a quelques mois. Visite qu'il considère comme inutile, surtout après l'échec de la vente des avions de chasse Rafale français. En particulier, la guerre russo-ukrainienne a détourné Moscou de fournir à l'Algérie de nouvelles armes. Cependant, malgré cela, cette situation n'a pas permis à Paris de signer des contrats d'armement importants, à l'exception de la vente de matériel de type radars, matériels infra-rouges, que Driencourt qualifie de "miettes". Soulignant que l'Italie vend des armes légères à l'Algérie, en particulier des hélicoptères légers, et l'Allemagne lui fournit des équipements maritimes. Les Russes sont leur premier fournisseur d'armes terrestres. Que reste-t-il donc pour la France?
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