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Le retour des Talibans: comprendre ce qui s'est passé avec une étude du PCNS
02/09/2021 - 15:38
Imane Benichou
La facilité de l’entrée des Talibans à Kaboul a placé la communauté internationale à des questions difficiles liées aux responsabilités historiques envers son opinion publique et à ses promesses envers la société afghane. Une étude publiée par le Policy Center for the New South explique ce qui s'est passé et anticipe ce qui pourrait arriver. Détails.
Le Policy Center for the New South (PCNS) a publié récemment une nouvelle étude intitulée : "La chute de Kaboul et le retour des talibans 2.0".
L’étude du Dr El Mostafa Rezrazi, Senior Fellow au Centre, porte sur les défis et enjeux de la gestion par les nouveaux Talibans du nouvel Afghanistan, après le retrait rapide des forces étrangères. Et ce, "pour comprendre ce qui s’est passé et anticiper ce qui pourrait arriver", fait savoir un communiqué du PCNS, parvenu jeudi 2 septembre, à SNRTnews.
La facilité de l’entrée des Talibans à Kaboul a placé la communauté internationale et en premier lieu l’administration américaine face à des questions difficiles liées aux responsabilités historiques envers son opinion publique et à ses promesses envers la société afghane, explique Dr Rezrazi.
Défis et enjeux
"Le mouvement des Talibans est aujourd’hui confronté à de grands défis, au premier rang desquels se joue la bataille pour conquérir le cœur d’une nouvelle génération d’Afghans nés et élevés dans un espace civilisationnel auquel les Talibans n’ont pas participé, ainsi que la bataille pour gagner la confiance de la communauté internationale", précise-t-on dans l’étude. Le chercheur fait savoir en outre que pour une reconnaissance internationale de sa légitimité, le mouvement des Talibans est contraint "à accepter un certain nombre de compromis qui l’éloignent de son identité", et à assumer "la responsabilité de protéger le pays et garantir son unité".
"Dans les semaines à venir, l’Afghanistan devrait faire face à de nombreux enjeux, qu’il s’agisse de concevoir un nouveau mode de gouvernance, de préserver la sécurité dans les différentes régions du pays ou de contrecarrer les campagnes médiatiques occidentales qui tentent de saper la réputation et la crédibilité des Talibans", est-il écrit dans cette étude.
Les Talibans se voient, aussi, "obligés de respecter leurs engagements qui consistent à rétablir la confiance entre les Afghans, rassurer l’opinion publique internationale, élargir les libertés, reconstruire l’économie, mettre en œuvre l’amnistie générale au profit de leurs opposants et détenus et assurer la sécurité dans le pays", ajoute le chercheur.
Opérations d’évacuations
La sécurisation de l’aéroport de Kaboul et l’évacuation des collaborateurs afghans avec les forces étrangères vers l’aéroport compliquent la répartition des rôles de sécurité entre les forces américaines et les forces des Talibans, précise-t-on dans le communiqué du PCNS.
Selon l’étude, le calendrier fixé par l’administration américaine pour mettre fin à l’évacuation et l’absence de règlementations précises pour les Afghans ayant des pièces justificatives de voyage (passeports, visas spéciaux), a compliqué la tâche des forces des Talibans qui consiste à juguler les foules humaines qui affluent à l’aéroport. Et ce, malgré "les efforts considérables déployés par les forces des Talibans et les forces américaines pour sécuriser les opérations d’évacuation de l’aéroport international Hamid Karzai".
"Le chaos qui caractérise les opérations d’évacuation n’est pas seulement un problème d’organisation, mais aussi et surtout un problème technique et sécuritaire", ajoute l’étude.
Le Senior Fellow au PCNS explique que d’une part, les forces talibanes doivent procéder à la fouille des passants, contrôler leurs documents et veiller à éviter l’infiltration éventuelle de kamikazes parmi eux, y compris des éléments infiltrés potentiels de l’organisation de l’émirat du Khorasan affiliée à l’État islamique. Il souligne en outre que les Talibans sont soucieux de sécuriser les édifices gouvernementaux, diplomatiques et religieux, y compris les lieux sacrés husseinites chiites, de peur que certaines parties hostiles ne provoquent des actes de violence.
Cependant, "les discours vindicatifs et le chantage dont font usage certaines officines médiatiques et politiques occidentales ne traduisent pas la compréhension de la communauté internationale de la phase critique que traverse l’Afghanistan, nonobstant les positions politiques des États vis-à-vis du mouvement des Talibans", fait-il savoir dans son étude.
Immigration afghane
Selon l’étude, la question de l’évacuation des collaborateurs afghans, dont des ingénieurs, des techniciens et des sécuritaires, aura des répercussions "graves et coûteuses" sur la prochaine étape de reconstruction du nouvel État en Afghanistan seront. "Certes, l’ambition de milliers d’Afghans d’échapper au spectre de la vengeance du mouvement taliban semble légitime et compréhensible", écrit Dr El Mostafa Rezrazi. Mais "si la carte de l’évacuation devait être utilisée pour déplacer des compétences hors du pays et intimider le peuple, ou pour raviver le rêve de l’émigration notamment parmi les jeunes désirant partir pour les pays occidentaux, cela ne ferait que renforcer l’état d’instabilité au sein de la population afghane et ne ferait qu’augmenter le niveau de tension actuel en l’absence d’une autorité gouvernementale capable de gérer les affaires de la population dans des conditions normales".
La question de l’immigration afghane constitue, toujours selon l’étude, "une réelle préoccupation non seulement à destination de l’Europe, mais aussi de la Turquie et d’autres États frontaliers comme l’Iran, le Pakistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan".
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