Sport
Messi encore une fois au cœur du conflit israélo-palestinien
16/08/2021 - 20:00
Aïcha Debouza
L’attaquant argentin Lionel Messi aurait affirmé, selon plusieurs publications Facebook très virales depuis sa signature pour le PSG, "ne pas jouer un match contre des gens qui tuent des enfants innocents" et refusé de disputer un match opposant son pays à Israël. Une information démentie par l’équipe de communication du joueur argentin, assurant qu’il n’avait jamais tenu de tels propos.
C’est une affaire qui dépasse le cadre sportif et qui ramène le footballeur au cœur du conflit israélo-palestinien. Les positions de la nouvelle recrue du PSG suscitent, depuis de nombreuses années, autant de débats que d’intoxications. Alors qu’un nouveau cycle de violences armées a débuté le 10 mai entre l’État hébreu et des groupes de Gaza, des publications s’accompagnent d’une photo de Lionel Messi avec un t-shirt sur lequel apparaît le drapeau de la Palestine et les mots "Free Palestine" ont envahi la toile. Or, cette rumeur qui remonte à 2018 n’est pas fondée et la photo propagée partout sur Facebook est quant à elle, un photomontage.
Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherches Yandex a permis de retrouver l'origine de cette photo: elle a été publiée sur le site officiel du footballeur pour illustrer son soutien à la candidature de sa ville natale, Rosario, pour organiser les Jeux panaméricains de 2019. L'emblème du t-shirt est en réalité le logo de la candidature de Rosario.
"Nous devons annuler le match parce que nous sommes des êtres humains avant d’être des footballeurs", indique la prétendue citation partagée par des publications Facebook. Partagées plus de 6000 fois sur cette plateforme depuis le 11 mai, ces publications s’accompagnant de ladite photo ont ravivé le conflit israélo-palestinien et provoqué de nombreux débats. Il s’agit pourtant d’une grossière manipulation car Messi est resté depuis 2018 d’un silence total sur le sujet.
Une rumeur qui remonte à plusieurs années
Les 3 et 4 août 2013 sont les deux plus importantes dates qui sont à l’origine de cette rumeur. Accomplissant une « tournée de la paix » entre la Palestine et Israël, les joueurs du FC Barcelone, dont Messi, consacrent le premier jour correspondant au shabbat, férié en Israël, à une visite de Bthléem et de sa basilique de la Navité. Ils rencontrent par la suite Mahmoud Abass, le président palestinien, puis se rendent à Hébron afin de disputer un match d’entraînement avec une équipe palestinienne.
Le lendemain les joueurs barcelonais se sont rendus au Mur des Lamentations avant d'être reçus par Shimon Pérès, alors président israélien, à Jérusalem, s'en est suivi un match d’entraînement avec une équipe israélienne à Tel-Aviv. Tandis que la radio israélienne invente le terme de « diplomessi », Pérès, lui, qualifie le joueur argentin et ses camarades de "messagers de la paix". Les recettes des deux matchs sont reversées à des "initiatives visant à promouvoir la paix entre les Israéliens et les Palestiniens à travers le sport".
Pourtant rudement négocié, ce déplacement est au départ une réponse à l’invitation israélienne qui envisageait initialement, à l’instigation de Pérès, un match entre le Barça et une équipe mixte israélo-palestinienne. Une proposition fermement rejetée par Jibril Rajoub, président de la fédération palestinienne de football, ancien chef de la police palestinienne et candidat précoce à la succession d’Abbas. "Nous n’allons pas donner aux occupants israéliens l’opportunité de faire croire que tout est normal et d’effacer les atrocités quotidiennes contre notre peuple et nos athlètes", déclare-t-il.
Le refus de la proposition israélienne et le début de la "tournée de la paix" en Palestine, plutôt qu’en Israël, apparaissent comme des victoires à la partie palestinienne. Rajoub n’en est que plus déterminé à obtenir l’annulation du match de Messi, cette fois sous les couleurs de la sélection argentine, programmé le 9 juin 2018 avec l’équipe nationale d’Israël, au stade Teddy de Jérusalem.
L’annulation du match, « carton rouge » pour Israël
D’une rencontre sportive, ce match est devenu un outil politique. L’annulation du match amical entre Israël et l’Argentine, à quelques jours seulement du coup d’envoi, est une douche froide pour le gouvernement Nétanyahou, qui avait vainement tout fait pour que celui-ci se déroule comme prévu.
Suscitant en retour des menaces de Rajoub à "brûler" les maillots de Messi en cas de tenue du match, cette compétition amicale est profondément politisée par la partie israélienne qui a été suivie par le Paraguay et le Guatemala. "Messi est un symbole de paix et d’amour, nous lui demandons de ne pas participer au blanchiment des crimes de l’occupation israélienne", annonce le président de la fédération palestinienne de football. C’est dans un tel contexte que la fausse information devient virale. La fédération argentine décide finalement d’annuler le match de Jérusalem, afin de se concentrer sur le Mondial, qui s’ouvre juste après en Russie.
Rajoub et les personnalités palestiniennes remercient publiquement et chaleureusement Messi, qui s’en tient à une discrétion ostensible, y compris sur les contrats de promotion qu’il a passés avec deux sociétés israéliennes : Sirin Labs (technologie mobile) et OrCam (assistance aux malvoyants). La polémique, relancée par le conflit autour de Gaza, en mai dernier, enfle de nouveau avec l’annonce d’un match amical entre le Barça et le Beitar de Jérusalem, que certains supporters qualifient fièrement de "club le plus raciste d’Israël".
Comme lors du match israélo-argentin envisagé en 2018, la rencontre est prévue, le 4 août, au stade Teddy de Jérusalem, bastion du Beitar et de ses partisans les plus virulents. L’exigence du FC Barcelone d’un déplacement du match à Tel-Aviv entraîne le refus du Beitar et l’annulation de la compétition.
Quittant le club de football barcelonais, Lionel Messi fait son atterrissage à la formation de la capitale française le PSG, où ses fans lui ont réservé un accueil inaccoutumé. Six fois ballon d’or, la légende argentine continuera, sous ses nouvelles couleurs, d’être sollicitée et invoquée, voire mise en demeure. Quitte, comme pour la Palestine, à lui attribuer des déclarations et des positions qui n’ont jamais été les siennes.
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