Economie
Parfums de luxe: une odeur de concurrence faussée
06/05/2026 - 11:19
Khaoula Benhaddou
Le marché marocain des parfums et cosmétiques de luxe est désormais dans le viseur du Conseil de la concurrence. Saisi par un opérateur du secteur, le régulateur a ouvert une enquête sur de potentielles pratiques anticoncurrentielles liées au fonctionnement du système de distribution sélective. Des engagements ont été proposés pour rétablir un jeu concurrentiel plus équitable.
Ce marché repose en effet sur un système où l’accès aux réseaux de distribution est strictement encadré par des critères qualitatifs définis par les grandes marques internationales. Positionnement commercial, qualité de service ou encore conformité aux standards des fournisseurs sont autant de critères conditionnant l’agrément des détaillants. À cela s’ajoutent souvent des accords d’exclusivité territoriale, conférant à certains distributeurs des droits exclusifs sur le territoire national.
Dans ce paysage, deux modèles coexistent. D’un côté, des marques sans présence directe au détail qui s’appuient sur des distributeurs agréés. De l’autre, des opérateurs intégrés, actifs à la fois dans l’importation, la distribution et la vente au consommateur final. Si cette organisation permet un meilleur contrôle de la chaîne de valeur, elle peut aussi générer des déséquilibres concurrentiels.
Des préoccupations élargies
Les investigations menées par les services du Conseil ont révélé que les inquiétudes dépassent le cadre de la plainte initiale pour toucher au fonctionnement global du marché. Parmi les principales préoccupations identifiées figurent des risques de discrimination entre détaillants, des pratiques de ventes liées, ou encore des mécanismes susceptibles de verrouiller l’accès au marché pour certains acteurs indépendants.
Le régulateur évoque également des échanges potentiels d’informations commerciales sensibles entre opérateurs, ainsi que des dispositifs visant à uniformiser les prix de vente au public. Ces mécanismes, assimilables à une forme de « police des prix », sont de nature à fausser le jeu de la concurrence.
Des engagements pour corriger les dérives
Face à ces constats, les entreprises concernées ont sollicité le recours à la procédure d’engagements prévue par la loi n°104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence. Ce mécanisme permet aux opérateurs de proposer des mesures correctives volontaires, susceptibles de répondre aux préoccupations soulevées sans passer par une sanction.
Dans ce cadre, plusieurs engagements ont été soumis au Conseil. Ils portent notamment sur une séparation stricte entre les activités de distribution de gros et celles de vente au détail, assortie de mesures strictes encadrant l’accès aux informations commerciales sensibles, et appuyée par la mise en œuvre d’accords de confidentialité.
Les entreprises s’engagent également à formaliser des contrats transparents définissant clairement les conditions d’accès au réseau de distribution des détaillants dans le réseau ainsi que les modalités d’ouverture de comptes.
Autre point clé : L’interdiction de toute pratique ou clause contractuelle conditionnant l’accès à des produits stratégiques à l’achat d’autres produits non stratégiques, tout en garantissant la liberté d’assortiment des détaillants.
Les engagements portent également sur la liberté tarifaire. Les prix conseillés par les fournisseurs resteront indicatifs, sans mécanisme de contrôle ou de sanction, laissant aux détaillants la possibilité de définir leurs propres stratégies commerciales.
Les sociétés ont soumis également des propositions d'engagements ayant trait à:
-La garantie d’un accès équitable et non discriminatoire aux produits exclusifs ou aux éditions limitées, pour les détaillants remplissant les critères objectifs du réseau de distribution sélective.
-L’interdiction de tout échange d’informations commerciales sensibles individualisées, notamment celles relatives aux performances commerciales des détaillants, à leurs conditions tarifaires ou à toute donnée permettant d’identifier leurs activités, ainsi que l’encadrement contractuel des modalités et de la fréquence de transmission des données commerciales.
-La suppression de toute pratique visant à imposer directement ou indirectement un prix de revente aux détaillants. Les prix publics communiqués demeureront strictement indicatifs et ne feront l’objet d’aucun mécanisme de surveillance ou de sanction en cas de non-respect. Les détaillants conserveront ainsi la liberté de fixer leurs prix et de mettre en œuvre leurs propres actions promotionnelles.
Enfin, les entreprises proposent la mise en place de programmes internes de conformité au droit de la concurrence, accompagnés de rapports réguliers transmis au Conseil.
Un test de marché avant décision finale
"Conformément aux dispositions des alinéas 6 et 7 de l’article 26 du décret n° 2-14-652 pris pour l’application de la loi n° 104-12, le Conseil de la concurrence publie les engagements proposés par les sociétés concernées afin de recueillir les observations des tiers intéressés dans un délai réglementaire de 30 jours à partir de la date de publication du présent communiqué, soit le 8 juin 2026" précise le Conseil de la Concurrence.
À l’issue de cette phase de “test de marché”, l’autorité décidera de rendre ces engagements obligatoires ou non. Une décision qui pourrait redessiner en profondeur les règles du jeu dans un secteur où l’image de marque et le contrôle de la distribution restent des enjeux stratégiques majeurs.
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