Technologie
Puce électronique, avoir la technologie dans la peau
08/05/2022 - 21:43
Aïcha Debouza
Votre main pourra dorénavant vous servir de carte bancaire et à bien plus. Une puce électronique sous la peau qui sert de clé, de carte bancaire sans contact, de pass sanitaire… c’est désormais possible. L’idée s’apparente à de la science-fiction, mais elle est déjà devenue réalité. Et le principe est simple : se faire injecter, sous la peau, au niveau du poignet, une puce électronique avec une petite piqûre qui se fait sans anesthésie.
Une bête noire pour certains, une aubaine pour d’autres. Elle se cache sous votre peau, n'est pas plus grande qu'un grain de riz et s'allume quand vous passez près d’une machine de paiement. Voici quelques-unes des principales caractéristiques d'une puce électronique qui pourrait être injectée dans votre main, entre le pouce et l'index. Et Patrick Paumen est de ceux-là. À travers l'histoire de cet homme de 37 ans, la BBC analyse les risques de ces puces de paiement sans contact qui se développent depuis des années. Selon une étude conduite en 2021 sur 4.000 personnes en Europe et au Royaume-Uni, plus de la moitié des sondés pourraient tenter l'expérience.
Selon la BBC qui s’est penchée sur le sujet, l’unité entière se compose d’une minuscule micropuce et d’une antenne enfermée dans un biopolymère – un matériau d’origine naturelle, similaire au plastique. Walletmor, une société fintech basée au Royaume-Uni, a testé et déployé avec succès un système de paiement plutôt unique, qui utilise des implants de micropuce basés sur NFC qui s’intègrent dans votre main.
Ses fondateurs, Wojtek Paprota, et Patrick Paumen, l’ont testé sur eux-mêmes depuis 2019, lorsque Paumen a implanté pour la première fois une micropuce basée sur les systèmes de paiement fournis avec certains téléphones intelligents. Paumen se décrit comme un "biohacker" – quelqu’un qui met des éléments technologiques dans son corps pour essayer d’améliorer ses performances. Il a un total de 32 implants sur son corps, y compris des puces pour ouvrir des portes et des aimants intégrés.
C’est en 1998 qu’une puce électronique a pour la première fois été implantée sous la peau d’un individu, mais il aura fallu attendre la dernière décennie pour que cette technologie soit commercialisée par des entreprises comme Walletmore. Cette startup anglo-polonaise propose à ses clients, pour un montant de 200 euros, l’envoi d’une puce par la Poste, qu’il faut ensuite faire poser par un médecin acceptant cet acte peu courant. La durée de vie des puces électroniques vendues par Walletmore est de 5 ans, ce qui implique plusieurs petites interventions chirurgicales au cours d’une vie. Une fois la puce en place, le client peut alors la relier à son compte bancaire et l’utiliser comme moyen de paiement sans contact dans le monde entier.
Interviewé par la BBC, l'homme d'affaires affirme que son entreprise respecte toutes les règles en vigueur, et qu'elle utilise la technologie NFC (Near Field communication), la même utilisée pour pouvoir payer sans contact à l'aide de son smartphone. Mais force est de constater que "cela ouvre la voie à de nouvelles formes de contrôle, de manipulation ou d'oppression", prévient à la BBC Nada Kakabadse, professeure à la Henley Business school au Royaume-Uni. Car au bout du compte, qui possède ces données ? Qui les contrôle ? Est-ce éthique d'injecter des puces électroniques dans le corps d'êtres humains comme dans celui des animaux ?
En voulant gagner quelques secondes à la caisse d'un supermarché ne perd-on pas finalement de précieux espaces de liberté ? Selon Nada Kakabadse, le "paiement dans la peau" pourrait finalement aboutir à une situation où "tout le monde perd ses droits, au profit du bénéfice de quelques-uns".
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