Société
Quand la langue se met à parler jeune
17/05/2026 - 17:50
Chahrazad Aiouch
À l’ère des réseaux sociaux et de la communication instantanée, une nouvelle manière de parler et d’écrire s’impose progressivement chez les jeunes. Entre expressions empruntées à la culture numérique, abréviations et mots issus du langage urbain, ce phénomène linguistique suscite autant d’adhésion que d’inquiétudes.
Pour certains, il traduit une évolution naturelle de la langue et des modes d’expression, tandis que d’autres y voient un risque pour la maîtrise du langage et la qualité de l’écriture.
Cette problématique transparaît clairement dans les propos de Tamou Aitmbark, professeure de l’enseignement supérieur en lettres à l’Université Mohammed V de Rabat. Dans un entretien accordé à SNRTnews, elle affirme que « l’usage de la langue, qu’il s’agisse de la darija ou de la langue écrite, demeure un moyen essentiel pour faciliter la communication ». Elle souligne ainsi que le langage numérique s’est imposé comme une nécessité dans un contexte marqué par la rapidité des échanges, notamment chez les jeunes générations. Selon elle, ce langage abrégé, malgré sa simplicité apparente, favorise une communication instantanée et efficace, tout en donnant naissance à une nouvelle forme de discours en phase avec le rythme de la vie contemporaine.
Toutefois, la professeure met également en lumière l’autre versant de ce phénomène. Elle explique que l’usage excessif de ce type de langage peut affecter le niveau linguistique des étudiants, en particulier dans les contextes éducatifs et scientifiques qui requièrent, selon ses termes, une langue « soignée, pure et expressive ». Elle estime que cette porosité entre le langage du quotidien et celui de l’apprentissage risque d’installer une certaine confusion chez l’apprenant, en altérant sa capacité à s’exprimer avec précision et à développer une pensée critique structurée.
Dans la même perspective, Tamou Aitmbark insiste sur le fait que le véritable enjeu ne réside pas dans l’existence de ce langage en tant que tel, mais dans l’absence d’équilibre entre les différents registres linguistiques. Si ce langage abrégé peut trouver son utilité dans les échanges du quotidien, il ne saurait, selon elle, se substituer à une langue correcte, notamment dans l’écriture académique et la communication formelle, où « la langue influence la pensée avant de transmettre le sens ».
Alors que certains observateurs perçoivent dans cette évolution une forme de créativité et de renouvellement des modes d’expression, d’autres s’inquiètent d’un possible recul des compétences en lecture et en écriture chez les jeunes générations. Ce phénomène reflète néanmoins une dynamique linguistique étroitement liée aux mutations sociales et technologiques actuelles, dans laquelle la langue ne se limite plus à un simple outil de communication, mais devient également un espace d’affirmation de soi et de construction identitaire.
En définitive, le langage des jeunes apparaît aujourd’hui comme le miroir d’une nouvelle réalité, tiraillée entre le besoin de rapidité, de spontanéité et d’expression fluide, et la nécessité de préserver la qualité ainsi que la richesse de la langue. Entre modernité linguistique et exigences du savoir, l’enjeu demeure de trouver un équilibre capable de faire de la langue un véritable outil de construction intellectuelle, et non un simple moyen de communication éphémère.
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