Art & Culture
Todd Haynes à SNRTnews: "Un film doit vous affecter émotionnellement, comme la musique"
06/12/2024 - 12:46
Mohammed Fizazi | Mohammed ChafiLors de la 21e édition du Festival International du Film de Marrakech, le réalisateur américainTodd Haynes a partagé, avec SNRTnews, ses réflexions sur son art, son parcours et ses inspirations, mettant en lumière la profonde interconnexion entre le cinéma, la musique et les expériences humaines qu’il explore à travers ses films.
Haynes a ouvert l’entretien en évoquant sa visite du quartier ancien de Marrakech. Fasciné par l’effervescence et la richesse visuelle des lieux, il a exprimé son envie de prolonger son exploration : "Il y a tellement de choses à découvrir. "Ce regard curieux et attentif à la beauté du quotidien transparaît également dans son œuvre cinématographique.
Revenant sur ses débuts, Haynes a décrit son expérience à l’Université de Brown, puis dans le cadre de son programme MFA à Bard, où il a réalisé "Superstar: The Karen Carpenter Story". Ce court métrage, qui aborde des thématiques complexes comme l’anorexie à travers une approche artistique novatrice, a marqué un tournant décisif dans sa carrière : "Les gens ont pris conscience de ce film, ce qui a ouvert des portes vers mon premier long-métrage, Poison."
Haynes a également souligné l’influence persistante de ses études sur son processus créatif, décrivant son rôle d’éternel étudiant de son médium : "Je continue d’apprendre des films."
Le réalisateur a ensuite évoqué son admiration pour le mélodrame, en particulier l’œuvre de Douglas Sirk, Max Ophüls et Rainer Werner Fassbinder. Ces figures l’ont inspiré dans la réalisation de "Safe" (1995) et "Far from Heaven" (2002). En situant son travail dans une tradition cinématographique, Haynes a expliqué son désir de "voir ce qu’il pouvait faire avec ces influences, en replaçant l’action dans un décor des années 1950. "
Pour Haynes, le cinéma partage avec la musique une temporalité et une capacité à transcender les mots : "Un film doit vous affecter émotionnellement, comme la musique le fait." Cette réflexion trouve une résonance particulière dans son documentaire "The Velvet Underground" (2021), où il explore l’avant-garde des années 1960.
Haynes a souligné que la scène artistique new-yorkaise de l’époque, mêlant musique, arts visuels et performances, a servi de toile de fond naturelle pour son travail. Il a utilisé des extraits de films expérimentaux pour capturer l’esprit de cette époque : "Ce n’était pas une imposition de ma part, mais une manière d’honorer ce que représentait ce groupe."
Enfin, Haynes a décrit le défi particulier de monter "The Velvet Underground" pendant la pandémie de COVID-19, une expérience qu’il qualifie d’"incroyablement riche". Malgré les contraintes, il a trouvé dans cette période une opportunité de plonger profondément dans son sujet : "C’était une invitation à replonger les spectateurs dans cette époque", a-t-il confié.
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