Economie
Tunnel sous le détroit de Gibraltar : SNRTnews dévoile les détails du projet
11/10/2023 - 16:08
Mohammed Fizazi | Youness Oubaali
La société nationale d'études du détroit de Gibraltar a confirmé que les études liées au projet de tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar visant à relier le Maroc et l'Espagne avancent conformément à ce qui a été convenu.
Selon les informations fournies par la société à SNRTnews, la décision finale concernant le projet dépend de la réalisation des sondages et des explorations prévues, afin de choisir la technologie appropriée pour la construction du tunnel, en utilisant le bilan des études réalisées par la société et son homologue espagnole SECEGSA établie à Madrid. Cela se fait en adoptant une vision commune pour mobiliser les institutions scientifiques et techniques au niveau national de chaque pays de manière harmonieuse, ainsi qu'au niveau international pour faire progresser le projet, en tenant compte des avancées technologiques et des connaissances dans les domaines connexes.
La société a souligné que le projet pourrait permettre la liaison ferroviaire entre Casablanca et Madrid en cinq heures et vingt minutes dans une ligne à grande vitesse.
Des études de terrain des deux côtés
Des études de terrain ont été menées des deux côtés au cours des dernières années pour déterminer les caractéristiques géologiques du sol, ainsi qu'une exploration terrestre et des tests géotechniques sur trois sites pilotes (forage à Bologne et Tarifa en Espagne) et un ensemble de puits et de galeries près de Malabata, près de Tanger.
Les études ont montré que la distance la plus courte entre les deux continents est d'environ 14 kilomètres, mais il s’avère que c’est également le tracé le plus profond, atteignant à certain endroit 900 m de profondeur.
Le terrain qui réunit les meilleurs paramètres largeur-profondeur est situé entre Punta Paloma sur la côte espagnole et Ras Malabata sur la côte marocaine, ce tracé s’étend sur une distance de 28 km et une profondeur maximum de 300m.
Les données de la société indiquent qu'à ce jour, 44 campagnes océanographiques ont été menées moyennant les techniques les plus sophistiquées, couvrant plus de 10.000 km de profils géophysiques par la sismique réflexion, plus de 5.000 km de profils Side Scan Sonar, environ 2.000 prélèvements d’échantillons du fond marin et 50 forages courts de pénétration maximale de 5 m ainsi que 3.000 m de forages profonds.
Depuis la création de la Société nationale d'études sur le détroit de Gibraltar (SNED) et de la société espagnole SECEGSA, des études ont été menées sur tous les aspects possibles de la liaison, en examinant les détails techniques, socio-économiques et environnementaux, avant de choisir la solution technique la plus efficace en fonction de la nature de la liaison et d'évaluer sa viabilité économique.
En tant que carrefour de tout un réseau d’infrastructures de transport en cours de réalisation ou en projet, la liaison fixe participe à la création d’un véritable partenariat entre l’Union Européenne et le Maghreb, s’alignant ainsi sur les objectifs et les prises de décision de plusieurs Etats méditerranéens, la Commission Européenne, le Processus de Barcelone (Partenariat Euromed), le Centre d’Etudes des transports pour la Méditerranée Occidentale (CETMO), et l’Union pour le Maghreb Arabe (UMA).
Le lien Fixe Europe-Afrique à travers le Détroit de Gibraltar fait l’objet d’un suivi systématique de la part de l’ECOSOC (Conseil Économique et Social des Nations Unies) , qui périodiquement, depuis 1981, élabore tous les deux ans un bilan des études et des travaux de reconnaissance réalisés dans le cadre du projet, comme le précise la société dans ses données. La société indique que ce Projet peut rapporter des aspects positifs à la Communauté Internationale et encourage la participation active des Organismes concernés, en particulier au niveau du financement, étant donné que les répercutions économiques et financières dépassent le cadre bilatéral des deux pays.
La société a souligné que les recherches effectuées ont permis de comprendre les difficultés liées à la réalisation du projet du point de vue géologique, océanographique, sismique et météorologique, car le détroit de Gibraltar présente des profondeurs opposées et des environnements marins, atmosphériques et géologiques complexes composés de matériaux stratifiés superposés et comprimés sous l'influence des fortes tectoniques présentes dans le détroit, qui est la rencontre de la lithosphère européenne, asiatique et africaine et de la plaque ibérique sous-jacente.
Les débuts du projet
Le projet de liaison fixe entre le Maroc et l'Espagne est l'un des projets stratégiques inscrits dans le cadre de la nouvelle feuille de route adoptée en avril 2022, à l'occasion de la visite du Président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, au Maroc, à l'invitation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Les études sur la liaison terrestre à travers le détroit de Gibraltar ont commencé de manière conjointe entre le Maroc et l'Espagne depuis la rencontre entre feu SM le Roi Hassan II et l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos en 1979.
La résolution Royale s’est vue matérialisée le 24 octobre 1980, lors de la signature d’un Accord entre les deux gouvernements, créant ainsi, d’une part, un Comité Mixte hispano-marocain qui constitue l’organe de direction du projet, et d’autre part, deux sociétés étatiques d’études, chargées de la réalisation des plans de travail approuvés par le Comité Mixte : la société Nationale d’Études du Détroit de Gibraltar (SNED) à Rabat, et la Sociedad Española de Estudios para la Comunicación Fija a través del Estrecho de Gibraltar, S.A. (SECEGSA) à Madrid.
La consolidation de la coopération entre les deux États a permis de mener à bien différentes études de viabilité à un rythme satisfaisant. Ce constat a débouché sur la signature d’un nouvel Accord le 27 septembre 1989.
Un comité gouvernemental mixte composé de membres des deux pays, réunis à parts égales, se réunit régulièrement pour superviser le programme de travail des sociétés d'études SNED et SECESGA. Le travail est réparti entre les deux sociétés selon le principe de l'équilibrage des charges financières entre les deux pays. Cette commission mixte détient la décision souveraine en tant que propriétaire du projet.
En février 2023, le comité maroco-espagnol a tenu une réunion, marquée par la signature d'un mémorandum d'accord qui a encadré la réunion de la 43e session de la Commission mixte de la liaison terrestre, présidée conjointement par le ministre de l'Équipement et de l'Eau, Nizar Baraka, et la ministre espagnole des Transports, Raquel Sánchez.
La 43e session intervient après une période de 14 ans depuis la 42e session qui s'est tenue à Tanger en février 2009. Ces dernières années, les deux sociétés ont été restructurées avec le soutien nécessaire des autorités compétentes, dans le but d'accélérer les études préalables à la réalisation du projet sous tous ses aspects.
La société marocaine souligne que les études de ce projet de cette envergure progressent en fonction des évolutions technologiques dans les domaines de l'océanographie et du forage de tunnels souterrains.
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