Société
148.152 vies venues d’ailleurs… ce que révèle l’analyse du HCP
28/11/2025 - 11:16
Matar Bensalmia
Le Maroc continue de redessiner son paysage migratoire. C’est du moins ce que révèle l'analyse issue du RGPH de 2024, publiée par le Haut Commissariat au Plan (HCP) en novembre 2025, qui met en lumière une présence étrangère en forte expansion.
Ils sont aujourd’hui 148.152 résidents étrangers installés au Maroc. Il s’agit dans le détail d’une hausse de 76,4% en dix ans, marquant ainsi un tournant significatif pour un territoire longtemps décrit comme terre d’émigration.

Selon cette analyse, le profil des communautés étrangères installées au Maroc s’est profondément transformé. Les Africains subsahariens constituent aujourd’hui près de 60% de l’ensemble des résidents étrangers, contre seulement 26,8% en 2014. Le Sénégal (18,4%) et la Côte d’Ivoire (17,3%) arrivent en tête des nationalités les plus représentées, formant à eux seuls plus du tiers de la population étrangère recensée.
Historiquement majoritaires, les Européens voient leur part reculer à 20,3%, tandis que les ressortissants du Moyen-Orient représentent 7,3%, dont une forte présence syrienne (3%), liée aux crises prolongées que connaît la région.

Plus en détail, plus d’un étranger sur deux, soit 55,3%, s’est installé au Maroc après 2021. La décennie précédente compte encore 35,8% des arrivées, mais le mouvement migratoire s’est nettement intensifié ces trois dernières années, sous l’effet conjugué de la reprise post-pandémie, des régularisations antérieures et des dynamiques économiques internes.
Qu’est-ce qui les amène à poser leurs valises au Maroc?
Le HCP souligne la prédominance des raisons économiques: 53,3% des migrants sont venus au Maroc pour travailler. Le regroupement familial arrive ensuite (20,8%), suivi des parcours universitaires (14%), confirmant l’attractivité grandissante du pays auprès des étudiants d’Afrique subsaharienne.
Les motifs humanitaires, eux, restent marginaux (2,5%), même si le Maroc continue d’accueillir des personnes fuyant conflits ou insécurité.

Une installation résolument urbaine
Les villes concentrent l’essentiel des parcours: 95% des résidents étrangers vivent en milieu urbain. Casablanca-Settat domine largement avec 43,3%, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (19,2%). D’autres régions gagnent en importance: Souss-Massa (9,4%) et Marrakech-Safi (9,2%), portées par le dynamisme touristique, agricole ou logistique.
Dakhla se distingue également, doublant presque sa part en dix ans.
Jeunes, actifs et de plus en plus de femmes
Le recensement décrit une population jeune: 80,1% ont entre 15 et 64 ans. Les hommes restent majoritaires (55,9%), mais la féminisation s’accentue, notamment parmi les Ivoiriennes (60%) et les Philippines (69,7%), très présentes dans les métiers de services à la personne.
Le niveau d’instruction est globalement élevé: 38,9% des étrangers âgés de 10 ans et plus possèdent un diplôme supérieur.
Plus d’un résidant étranger de 15 ans et plus sur deux est actif occupé (53,8%). Le salariat privé domine largement (65,8%), tandis que les étudiants représentent 17,5%. Le taux de chômage, évalué à 4,6%, demeure relativement faible, même s’il ne reflète pas toujours les réalités de l’informel.
Une présence appelée à durer
L’analyse du HCP dessine un Maroc où l’immigration constitue un élément structurant des dynamiques sociales et économiques. Une migration plus féminisée, plus diversifiée, plus urbaine, qui s’inscrit de plus en plus dans la durée.
Le Royaume apparaît ainsi comme un espace où se tissent de nouvelles identités, un territoire où la diversité ne cesse de s’affirmer.
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