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A Kaboul, la vie reprend progressivement son cours
17/08/2021 - 13:40
SNRTnews | AFP
Bien que les postes de contrôle soient tenus par les talibans, la vie en Afghanistan semble reprendre son cours. Les magasins rouvrent dans la capitale, le trafic automobile reprend et les gens sortent de nouveau dans les rues mais restent sur leurs gardes. Apeurées, peu de femmes osent toutefois se risquer dehors.
Vêtements occidentaux remplacés par le shalwar kameez, ample habit traditionnel afghan et programmes islamiques essentiellement diffusés à la télévision d’Etat, nombreux sont les signes qui montrent que la vie ne sera plus celle d’hier. Depuis que les talibans soient rentrés à Kaboul dimanche, après une éclatante offensive qui en à peine dix jours leur a permis de prendre le contrôle de quasiment tout le pays, et qu'ils aient investi le palais présidentiel, déserté par le président Ashraf Ghani, en fuite à l'étranger, ils multiplient les gestes d'apaisement à l'égard de la population. Appelant chacun à reprendre ses "habitudes de vie en pleine confiance», ces derniers ont annoncé mardi 17 août 2021, une «amnistie générale".
"Les gens ont peur de l’inconnu", confie un commerçant de la capitale. Il ajoute que "les talibans patrouillent la ville en petits convois. Il n’importunent personne, mais les gens ont bien sûr peur". Pour beaucoup d’Afghans, la confiance sera dure à gagner. Une méfiance qui est probablement due au temps où les talibans étaient au pouvoir entre 1996 et 2001 et avaient imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et les voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments.
Si les assurances des talibans sont bel et bien exposées, certaines informations semblent tout de même suggérer qu'ils continuent à rechercher des responsables gouvernementaux. Un témoin raconte que des hommes à eux sont entrés dans la maison d'un de ces officiels pour l'emmener de force.
Quelques heures plus tôt, le président Biden défend bec et ongles la décision de retirer les troupes américaines du pays, malgré les scènes de détresse lundi à l'aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes ont tenté de fuir le pays.
Une panique monstrueuse à l’aéroport de Kaboul
"Je suis profondément attristé par la situation, mais je ne regrette pas" la décision de retirer les forces américaines d'Afghanistan, où elles étaient entrées 20 ans plus tôt pour chasser les talibans du pouvoir, déclare Joe Biden dans une adresse à la nation très attendue. Aux Etats-Unis comme à l’étranger, après avoir opté pour un silence total tout au long d’un weekend, le président des Etats-Unis est devenu une cible de vives critiques. Il y répond en expliquant que la mission de Washington n’avait jamais été de bâtir une nation démocratique dans un pays instable, mais "d'empêcher une attaque terroriste sur le sol américain".
En effet, les États-Unis étaient intervenus en Afghanistan en 2001 en raison du refus des talibans de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. "Les forces américaines ne peuvent pas, et ne devraient pas, mener une guerre et mourir d'une guerre que les forces afghanes n'ont pas la volonté de combattre pour eux-mêmes", continue Joe Biden, concédant toutefois que l'effondrement du gouvernement afghan avait été plus rapide "que nous ne l'avions prévu".
Les talibans sont certes entrés dimanche dans Kaboul sans faire couler le sang, mais leur triomphe a quant à lui causé une panique générale monstrueuse à l’aéroport de la capitale. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une marée humaine se précipitant lundi, vers ce qui est la seule porte de sortie de l’Afghanistan. Exposant des scènes de totale anarchie, ces dernières montrent quelque 640 Afghans entassés dans un avion-cargo C-17 de l'US Air Force, dont certains ont grimpé à bord à la dernière minute alors que la rampe d'accès n'était plus qu'à moitié ouverte.
Afin de sécuriser l’aéroport et faire partir environ 30.000 Américains et civils afghans ayant coopéré avec les Etats-Unis pour leur faire part de leur crainte pour leur vie, Washington a envoyé 6.000 militaires. De Madrid à La Haye, en passant par Paris, Bucarest, Londres, plusieurs autres pays s'activent aussi pour rapatrier leurs ressortissants.
Les talibans et Al-Qaïda restent intimement liés
Avec à bord des ressortissants français, un premier vol d’évacuation en provenance de Kaboul est arrivé dans la nuit à Abou Dhabi, annonce la ministre française des Armées, Florence Parly. Joe Biden a quant à lui, menacé les talibans d'une réponse militaire "rapide et puissante" s'ils venaient à perturber les opérations d'évacuation en cours. Les États-Unis pourraient reconnaître un futur gouvernement taliban, à condition qu'il "préserve les droits fondamentaux de son peuple y compris de la moitié de sa population - ses femmes et ses filles" et, qu'il "n'offre pas de refuge aux terroristes", indique le porte-parole du département d'État, Ned Price.
La Chine à son tour, est le premier pays à dire lundi, vouloir entretenir des "relations amicales" avec les talibans. La Russie et l'Iran ont aussi fait des gestes d'ouverture. Washington, qui déplore 2.500 morts et une facture de plus de 2.000 milliards de dollars, a essuyé de nombreuses critiques de ses alliés européens. Le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, dénonce un "échec de la communauté internationale", et la chancelière allemande, Angela Merkel, conclut que tout "n'a pas été réalisé comme nous l'avions prévu".
Emmanuel Macron, président français, estime que l'Afghanistan ne devait "pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu'il a été" et appelé à "une réponse (internationale) responsable et unie". Mais pour nombre d'analystes, même si les talibans devraient opter pour une plus grande prudence dans leurs relations avec Al-Qaïda, ces deux groupes restent intimement liés. "Ce qui se passe en Afghanistan est une victoire claire et retentissante pour Al-Qaïda", affirme sans détour Colin Clarke, directeur de recherche du Soufan Center, pour qui Al-Qaïda pourrait en profiter pour attirer des recrues et créer une nouvelle dynamique.
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