Economie
Aïd Al-Adha: Le Conseil de la concurrence valide la possibilité du plafonnement temporaire des prix des moutons
22/05/2026 - 21:03
Malak Zougagh | Khawla Znaizini
Le Conseil de la concurrence a approuvé la demande du gouvernement visant à mettre en place des mesures temporaires pour organiser les marchés de vente des moutons de l’Aïd Al-Adha, dans un contexte marqué par les risques de spéculation et de hausse excessive des prix.
Dans son avis n°3/26 rendu le 21 mai 2026, le Conseil explique que cette décision entre dans le cadre de l’article 4 de la loi 104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence. Cette disposition autorise exceptionnellement l’État à intervenir sur les prix lorsque le marché connaît une situation anormale, une catastrophe ou des circonstances exceptionnelles pouvant perturber l’équilibre normal du marché.
Le Conseil rappelle que le principe général au Maroc reste la liberté des prix, mais que la loi permet au gouvernement d’adopter des mesures provisoires dans certaines situations précises afin de protéger le consommateur et garantir le bon fonctionnement du marché.
Pratiques perturbant la concurrence
Selon l’avis, plusieurs pratiques observées sur les marchés des moutons de l’Aïd risquent de perturber la concurrence et d’affecter le pouvoir d’achat des citoyens. Le Conseil évoque notamment des comportements spéculatifs, des augmentations jugées injustifiées des prix, ainsi que des pratiques visant à influencer artificiellement l’offre et la demande.
Le document cite également certaines opérations de revente réalisées par des intermédiaires dans un objectif spéculatif, ainsi que des cas de stockage illégal destinés à créer une rareté artificielle sur le marché et faire grimper les prix.
Le Conseil estime que la période précédant l’Aïd Al-Adha connaît chaque année une hausse importante et exceptionnelle de la demande en moutons, ce qui exerce une forte pression sur les circuits d’approvisionnement et de commercialisation dans plusieurs régions du Royaume. Cette situation peut favoriser des pratiques contraires aux règles de la concurrence libre et loyale.
Dans ce cadre, l’institution considère que les conditions légales permettant une intervention exceptionnelle de l’État sont réunies, notamment l’existence d’une “situation anormale claire du marché”, telle que définie par la loi.
Le Conseil de la concurrence a ainsi validé la possibilité pour le gouvernement d’adopter des mesures temporaires destinées à encadrer les marchés de vente des moutons de l’Aïd jusqu’au 3 juin 2026, à compter de la publication de la décision du Chef du gouvernement au Bulletin officiel.
Parmi les mesures envisagées figure notamment la possibilité de fixer un plafond pour les prix de vente des moutons au kilogramme si le gouvernement décide d’activer cette option.
Selon le Conseil, ces mesures visent à garantir la transparence des transactions commerciales, à préserver une concurrence saine entre les opérateurs et à limiter les pratiques contraires aux règles du marché, tout en protégeant les consommateurs et l’équilibre naturel de l’offre et de la demande.
Dans ce contexte, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a révélé que le Conseil envisage de publier un avis concernant les prix des moutons de l'Aïd al-Adha et des viandes rouges, à travers un suivi terrain du marché. Cet avis devrait paraître début 2027, ce dossier figurant parmi les priorités programmées de l'institution.
M. Rahhou a précisé, dans une déclaration à SNRTnews, que le Conseil suivra les différents maillons de la chaîne de production et de distribution, depuis l'élevage du bétail, l'achat des aliments et les coûts d'élevage et de production, jusqu'aux marchés de vente des animaux de sacrifice, aux abattoirs et aux points de commercialisation de la viande au consommateur, à travers des visites terrain et une surveillance étalée sur toute l'année, avec une attention particulière portée sur la période de l'Aïd al-Adha.
Il a ajouté que l'avis attendu ne se limitera pas aux seuls animaux de sacrifice, mais englobera également l'ensemble du système de commercialisation du bétail et des viandes rouges en général, ce secteur connaissant une demande continue tout au long de l'année, même s'il enregistre une hausse plus marquée durant l'Aïd al-Adha.
Il a souligné que le rapport se concentrera sur les dysfonctionnements liés à la hausse de la demande, tels que la spéculation et les manipulations artificielles des prix, notant que la nature de ce secteur impose des défis différents par rapport à d'autres secteurs. Il a insisté sur la nécessité de structurer le secteur de manière à garantir davantage de transparence et à le soumettre à la logique d'un marché régulé, précisant que l'Aïd n'est qu'une étape dans le temps, alors que la problématique concerne le système dans son ensemble.
Vers l'ouverture d'une enquête
Le président du Conseil de la concurrence a indiqué que l'institution pourrait, après la publication de l'avis, ouvrir une enquête si des pratiques ou des agissements susceptibles de perturber le fonctionnement normal du marché venaient à être constatés, qu'il s'agisse de spéculation, d'influence illicite sur les prix ou de toute pratique contraire aux règles de la libre concurrence loyale.
Concernant l'avis du Conseil sur la possibilité pour le gouvernement de plafonner les prix des animaux de sacrifice au kilogramme jusqu'à la fin de l'Aïd al-Adha, Rahhou a précisé que cette mesure pourrait contribuer à rétablir l'équilibre, à réguler le marché et à agir sur les prix, sans nécessairement nuire à l'offre ni créer un marché parallèle. Il a noté une légère baisse des prix des animaux de sacrifice dans certains marchés, tout en insistant sur l'importance de mettre en place des mécanismes permanents et durables de surveillance du marché à l'avenir.
S'agissant de la garantie de la transparence du marché des animaux de sacrifice et de la protection du consommateur, le président du Conseil de la concurrence a affirmé que cela passe par une organisation plus claire des chaînes de distribution, soulignant que les produits agricoles en général souffrent de chaînes de distribution non maîtrisées, ce que le Conseil a déjà relevé dans ses rapports sur les marchés des fruits et légumes, les marchés de gros, les viandes blanches, ainsi que dans une étude actuellement en cours sur le secteur du lait, menée en parallèle avec le travail sur les viandes rouges.
Il a insisté sur le fait que la situation actuelle du marché est le résultat de dysfonctionnements accumulés au fil du temps dans les chaînes de production et de distribution, auxquels s'ajoutent le rôle de certains intermédiaires et les pratiques de stockage illicite, qui contribuent à créer une rareté artificielle et à faire monter les prix.
Articles en relations
Economie
Société
Société
Economie