Société
Colère syndicale après les clarifications du Conseil de la concurrence sur le capital des pharmacies
11/03/2026 - 22:42
Youness Oubaali
Les clarifications publiées par le Conseil de la concurrence concernant la situation du secteur pharmaceutique ont suscité des critiques au sein des milieux syndicaux et professionnels, qui ont estimé que les propositions relatives à l’ouverture du capital des pharmacies à des investisseurs non pharmaciens constituent une menace directe pour l’avenir de la profession et pour l’équilibre existant au sein du système de santé.
Dans ce contexte, le secrétaire général de la Confédération des syndicats de pharmaciens du Maroc, Dr. Amine Bouzoubâa, a déclaré à SNRTnews que les pharmacies assurent une couverture étendue sur l’ensemble du territoire national, soulignant que leur nombre s’élève à environ 14.000, dont près de la moitié se trouve en milieu rural, garantissant selon lui un accès aux médicaments dans toutes les régions du Royaume.
Il a estimé que le Conseil avait choisi de recommander l’ouverture du capital des pharmacies et l’attribution de nouveaux services de santé à des investisseurs étrangers à la pharmacie, une orientation qu’il considère motivée essentiellement par des considérations de rentabilité.
Débat sur la fragilité des pharmacies
Concernant les données évoquées par le Conseil de la concurrence sur l’existence d’environ 4.000 pharmacies proches de la faillite, Bouzoubâa a expliqué que la fragilité de certaines pharmacies résulte principalement du non-respect du circuit légal de distribution des médicaments au Maroc.
Il a souligné qu’environ 30 % des médicaments circulant sur le marché national sont vendus en dehors du circuit légal, soit par certaines cliniques, soit par un nombre limité de pharmacies – qu’il estime à environ 20 – qui monopolisent une partie importante du marché des médicaments en coordination avec les laboratoires fabricants.
Il a ajouté que le marché connaît également la vente de millions de dirhams de fournitures médicales stériles et de compléments alimentaires en dehors des pharmacies, privant ainsi ces dernières d’un chiffre d’affaires important et affectant leur équilibre économique, tout en privant l’État de recettes fiscales significatives.
Selon lui, la solution réside, selon les professionnels, dans l’application des lois existantes et dans la prise de responsabilités des autorités compétentes pour contrôler les circuits légaux de distribution des médicaments. Il a ajouté que les professionnels attendaient du Conseil de la concurrence des recommandations incitant à accélérer la mise en œuvre des réformes convenues avec le ministère de la Santé, plutôt que de proposer l’ouverture du capital des pharmacies.
Problématique des diplômés en pharmacie
Concernant l’augmentation du nombre de diplômés en pharmacie, Bouzoubâa a estimé que la responsabilité incombe principalement au gouvernement, qui, selon lui, ne s’est pas engagé dans l’organisation du domaine de la formation pharmaceutique comme cela se fait dans plusieurs pays qui orientent les étudiants vers d’autres spécialités prometteuses, telles que la pharmacie biologique, clinique, industrielle ou économique.
Il a également fait référence à des dispositions légales du Code du médicament et de la pharmacie qui imposent l’emploi d’un certain nombre de pharmaciens au sein des pharmacies, des laboratoires et des sociétés de distribution, précisant que l’application de ces dispositions permettrait à une proportion importante des nouveaux diplômés de s’insérer directement sur le marché du travail.
Il a ajouté qu’un certain nombre de pharmaciens ayant atteint l’âge de la retraite rencontrent des difficultés pour céder leurs pharmacies aux jeunes pharmaciens, en raison de ce qu’il a qualifié « d’injustices fiscales », estimant qu’une révision de l’approche fiscale dans ce domaine faciliterait le transfert de propriété et permettrait aux pharmaciens retraités de passer le relais à la nouvelle génération.
Le même intervenant s’est interrogé sur la manière dont le Conseil de la concurrence discute de l’avenir des diplômés en pharmacie sans aborder la situation d’environ 50.000 assistants pharmaciens travaillant actuellement dans les pharmacies, considérant que la proposition d’ouverture du capital des pharmacies pourrait, si elle était appliquée, entraîner la faillite de milliers de pharmacies et le chômage des pharmaciens et de leurs assistants au profit de nouveaux investisseurs.
Réactions syndicales de refus
Pour sa part, le Bureau national de l’Organisation démocratique de la santé a estimé que transformer le pharmacien en simple employé au service d’un investisseur cherchant un profit rapide risquerait de vider la profession de sa dimension humaine, sanitaire et sociale, avertissant que la pharmacie pourrait alors se transformer en un "supermarché de médicaments" plutôt qu’en un établissement de santé basé sur le conseil pharmaceutique et la responsabilité professionnelle.
Il a ajouté qu’une telle orientation pourrait affaiblir le réseau de couverture sanitaire et augmenter le coût des soins pour les familles marocaines. Il a également mis en garde contre les risques liés à l’auto-médication et à la consommation anarchique de médicaments si le rôle du pharmacien indépendant diminuait, ce qui pourrait entraîner une augmentation des interactions médicamenteuses dangereuses, de la résistance aux antibiotiques et des intoxications médicamenteuses.
Appels à réformer la politique du médicament
L’organisation a demandé le retrait de la recommandation relative à l’ouverture du capital des pharmacies, appelant à renforcer le rôle du pharmacien et à étendre ses missions dans le domaine de la santé préventive tout en reconnaissant sa place au sein du système de santé.
Elle a également appelé à lancer une réforme globale de la politique du médicament au Maroc, incluant l’organisation du travail de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé sur des bases scientifiques et transparentes, la révision du décret relatif à la fixation des prix des médicaments afin de les réduire, ainsi que la promotion de l’industrie pharmaceutique nationale et des médicaments génériques.
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