Société
Au Maroc, les infirmiers demandent la constitution d'un Ordre
03/05/2021 - 21:15
Ghita Ismaili
Les 29 et 30 avril derniers, une grève nationale des infirmiers a été organisée à l’appel du Mouvement des infirmiers et techniciens de santé au Maroc. Ils demandent notamment un ordre pour la profession, à l’image des médecins.
À l’appel du Mouvement des infirmiers et techniciens de santé au Maroc (MITSAM), une grève nationale des infirmiers a été organisée les 29 et 30 avril dernier. Une "réussite" selon ce dernier puisque "plusieurs hôpitaux et différents établissements de santé ont connu une forte adhésion des cadres infirmiers avec un taux de réussite qui a dépassé les 80% au niveau national et des taux record de 100 dans certains centres", se félicite le mouvement dans un communiqué relayé le weekend.
"Les infirmiers et techniciens de santé ont travaillé d’arrache-pied depuis le début de la crise sanitaire au Maroc, dans des conditions peu favorables, avec notamment un manque de personnel et de matériel… Mais ce n’est pas le problème, nous avons supporté tout cela. Le problème aujourd’hui est que le ministère de la Santé a autorisé à des imposteurs à faire notre travail", s’insurge Fatima Zahra Beline, infirmière au CHR Moulay Youssef à Rabat et coordinatrice du mouvement, contactée par SNRTnews.
Le MITSAM déplore notamment l’adoption "en pleine pandémie" de décrets d'application de la loi 43-13 relative à l'exercice des professions infirmières, sans "aucune concertation" avec les syndicats et les associations qui les représentent. "Ces décrets donnent le droit à des gens qui n’ont aucune qualification d’exercer comme infirmier dans le privé", explique notre interlocutrice. Elle assure aussi que pour pallier au manque d’infirmiers dans les centres de vaccination pendant les deux jours de grève, le ministère aurait fait appel à des aides-soignants.
"L’opération de vaccination est très importante, mais elle n’est pas urgente. Si on la retarde deux jours à cause d’une problématique comme la nôtre, ce n’est pas très grave. On pouvait décaler ces rendez-vous et les étaler sur la semaine d’après", estime-t-elle.
Structurer la profession
Et de déplorer : "ils leur ont confié le travail qui doit être normalement fait par les infirmiers. Le ministère de la Santé a des engagements et des échéances à respecter, mais il le fait sans prendre en considération certains points. Nous ne pouvons pas risquer la santé des citoyens". Pour le MITSAM, "tout cela nous renvoie vers la nécessité de mettre en place un ordre pour les infirmiers et les techniciens de santé".
"Cette problématique devient de plus en plus pressante Nous avons fait du chemin ces dernières années notamment avec l’instauration du système LMD (licence, master, doctorat, NDLR). Aujourd’hui, nous avons des infirmiers licenciés, avec des masters et prochainement avec des doctorats. La qualité des soins va considérablement évoluer. Nous ne voulons pas revenir en arrière", déplore encore Fatima Zahra Beline.
Jusqu’ici, le ministère de la Santé n’a pas réagi aux revendications du MITSM. "Le ministère est en train de mener actuellement des dialogues sociaux tronqués qui ne concernent que 5.000 infirmiers tout au plus, sur un total de près de 30.000. Leurs revendications sont légitimes, mais ce n’est pas représentatif du corps infirmier", relève la même source.
Si aucune solution n’est trouvée durant les prochains jours, le mouvement prévoit une nouvelle grève, les 25 et 26 mai prochains dans les établissements sanitaires, à l’exception des services d’urgences et de réanimation. "Nous étions parmi les premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme à ce sujet. Oui, nous avons besoin d’aides-soignants parce que nous sommes dépassés. L’infirmier ne peut pas se déchirer entre les gestes infirmiers et ceux du nursing. Nous revendiquons qu’ils soient recrutés non pas pour faire notre travail, mais plutôt le leur", rappelle encore Fatima Zahra.
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