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Aux Etats-Unis, un rebond incertain pour les milliers d'employés mis à la porte
01/03/2025 - 16:08
AFP
Depuis le début de l'ère Trump/Musk, Elizabeth a entamé le "deuil" de sa carrière dans un secteur dépendant de l'argent public. Comme elle, des milliers de travailleurs américains arrivent sur un marché du travail pas pressé de les accueillir.
Mise à l'arrêt de services entiers, postes supprimés, robinet des dépenses fermé... En quelques semaines, le président Donald Trump, épaulé par le multimilliardaire Elon Musk, a lancé une cure d'amaigrissement à marche forcée de l'appareil fédéral, touchant par ricochet les entreprises qui travaillent pour lui.
"Du jour au lendemain, tout mon domaine d'activité a disparu", décrit à l'AFP Elizabeth, 38 ans, qui se présente avec un prénom d'emprunt pour ne pas compromettre ses chances de retrouver un emploi.
Depuis le 14 février, elle ne reçoit plus de salaire de son entreprise, dépendante financièrement de ses contrats avec l'agence fédérale américaine d'aide au développement USAID, dont les missions sont réduites à peau de chagrin par le nouveau gouvernement.
"En théorie, ils pourraient me reprendre" si une décision de justice remettait en cause la volonté de l'exécutif. Pour l'heure, Elizabeth "vit sur ses économies" et est seulement assurée d'avoir sa couverture des frais de santé jusqu'à la fin du mois de mars.
"Je suis comme en deuil, j'essaie de savoir comment je vais pouvoir gagner ma vie."
Elle a commencé à postuler, sans succès. "On est tellement nombreux dans mon cas..."
"Tache d'huile"
Difficile encore d'évaluer le nombre de personnes ayant perdu leur travail.
Alors que les Etats-Unis connaissent le plein-emploi, avec un taux de chômage de 4%, l'impact devrait commencer à se voir dans les chiffres officiels, mais pas avant plusieurs semaines, selon des économistes interrogés par l'AFP.
L'Etat fédéral est le plus gros employeur du pays, avec 2,4 millions de fonctionnaires (hors services postaux et soldats) avant l'investiture de Donald Trump, soit 1,5% de l'emploi total (hors secteur agricole).
"Même s'ils parviennent à renvoyer 10% d'entre eux, l'impact ne sera pas énorme sur le papier. Mais il y a peut-être deux fois plus d'emplois qui dépendent des contrats de prestation fédéraux, donc cela risque d'avoir des répercussions bien plus grandes", souligne auprès de l'AFP Dean Baker, économiste au Centre pour la recherche économique et politique (CEPR).
"On devrait observer au fil du temps un effet tache d'huile sur l'économie", anticipe aussi Aaron Sojourner, économiste spécialisé dans les questions d'emploi pour le Upjohn Institute for Employment Research.
L'attention se porte logiquement sur la capitale et les Etats limitrophes du Maryland et de Virgine, où près de 6% des personnes en activité travaillent pour l'Etat fédéral, selon une étude du Pew Research Center.
Mais Aaron Sojourner rappelle que 80% des fonctionnaires sont basés en dehors de cette zone. Dans des Etats comme le Wyoming, le Nouveau-Mexique ou l'Oklahoma, ces agents représentent plus de 2% de l'emploi total.
En dépit de la faiblesse du chômage, leur reconversion s'annonce difficile, "tout particulièrement s'il y a beaucoup de fonctionnaires et de prestataires licenciés en même temps", pointe M. Sojourner.
Les secteurs qui embauchent le plus sont ceux "des loisirs, de l'hôtellerie et de la vente", généralement éloignés de leurs compétences et attentes salariales, remarquait récemment Nancy Vanden Houten, économiste chez Oxford Economics dans une note.
"Ce serait pire si le chômage était plus élevé, mais les embauches restent peu élevées actuellement, ce n'est pas une bonne période pour chercher", reprend Aaron Sojourner.
"Beaucoup de scientifiques, de doctorants n'ont plus de perspective ici. Je pense que certains, en particulier parmi les plus jeunes, vont commencer à chercher du travail en dehors des Etats-Unis", anticipe Dean Baker, qui ne fait pas mystère de son opposition au duo Trump/Musk sur son compte X.
Si son inactivité s'éternise, Elizabeth envisage de retourner vivre chez sa mère, à des centaines de kilomètres de Washington.
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