Art & Culture
Barcelone a vu la jeunesse de Vargas Llosa, Madrid l'a vu consacré
14/04/2025 - 17:02
AFP
En 1970, Barcelone vit arriver le jeune Mario Vargas Llosa, écrivain trentenaire encore peu connu, de gauche et supporter du Barça, le club de football de la métropole catalane, qui viendrait s'installer à Madrid une vingtaine d'années plus tard, devenu célèbre, de droite et... fan du Real.
"Dans le fond, il n'avait pas tellement changé", racontait dans un entretien à l'AFP en 2023 Xavi Ayén, journaliste au quotidien catalan La Vanguardia et auteur du livre "Ces années du Boom. García Marquez, Vargas Llosa et le groupe d'amis qui a tout changé". Il le décrivait alors comme "un homme indépendant, (...) qui) se forme sa propre opinion et la défend".
Ouvrage de référence, "Ces années du Boom" se penche sur le mouvement littéraire - auquel appartenaient Vargas Llosa, García Márquez ou encore Julio Cortázar - qui popularisa le roman latino-américain dans le monde entier dans les années 1960 et 1970.
Décédé dimanche à Lima à l'âge de 89 ans, Vargas Llosa avait vécu une première fois en 1959 à Madrid, où il était arrivé à 23 ans avec une bourse pour y étudier.
Il avait ensuite déménagé à Paris - où il fut journaliste à l'Agence France-Presse - et à Londres. A l'été 1970, à 34 ans, il s'installe à Barcelone sous l'impulsion de l'agente littéraire Carmen Balcells pour se consacrer à la littérature.
"Balcells lui a offert autant que ce qu'il gagnait" comme professeur au King's College de Londres, "elle lui a trouvé un appartement, des médecins, des écoles pour ses enfants, et comme pour d'autres écrivains, elle lui a imposé une discipline horaire", expliquait Ayén.
Huit heures de travail quotidien minimum, un rythme qui ne s'est pas avéré très rude pour Vargas Llosa, qui travaillait "comme un possédé", d'après les mémoires de son éditeur Carlos Barral.
Vargas Llosa finit par vivre à deux pas de García Márquez, dans le quartier cossu de Sarriá.
"Balcells mettait tous les écrivains dans le même quartier pour qu'ils deviennent amis", racontait Ayén.
Et c'est ainsi que Vargas Llosa et García Márquez devinrent amis: ils déjeunaient chez l'un puis dînaient chez l'autre, laissaient les enfants de l'un à la femme de l'autre. Leur amitié dura jusqu'en 1976, lorsqu'une dispute, au cours de laquelle le Péruvien donna un coup de poing au Colombien, les brouillât à jamais.
Barcelone "est devenue, en grande partie grâce à Carmen et à Carlos Barral, la capitale de la littérature latino-américaine (...) et c'est là que se sont retrouvés et se sont mélangés les écrivains espagnols et hispano-américains qui s'ignoraient depuis la Guerre civile" espagnole (1936/39), écrivit Vargas Llosa dans le quotidien madrilène El País.
Ayén explique que le Vargas Llosa de Barcelone avait un jour fait passer des lettres du Parti Communiste, qu'il était plus investi que García Márquez dans les activités antifranquistes et en était même arrivé à "héberger chez lui une nuit la mère du Che Guevara".
Mais ses idées de gauche commencent à vaciller lorsque le régime cubain de Fidel Castro s'en prend en 1971 au poète Heberto Padilla, arrêté et contraint à une humiliante autocritique publique.
Les années passent et en 1990, Vargas Llosa décide de se présenter à l'élection présidentielle au Pérou, mais il échoue face à Alberto Fujimori, qui lui rend vite la vie impossible.
Il choisit alors de revenir en Espagne, mais à Madrid, et obtient en 1993 la nationalité espagnole pour lui et sa famille.
Quand il s'installe à Madrid, "Vargas Llosa est quelqu'un d'autre. Bien qu'il ne soit pas encore prix Nobel, il est déjà considéré comme l'un des grands auteurs hispanophones", relate Ayén.
"En raison de son regard très critique sur la situation à Cuba, il voit d'un mauvais oeil les politiques de gauche. De plus, à Madrid, il devient une institution, entre à l'Académie (qui supervise l'évolution de la langue espagnole), reçoit tous les honneurs", jusqu'au prix Nobel de Littérature en 2010, poursuit Ayén.
Il devient même supporter du Real Madrid, lui qui était auparavant un fan du Barça des années 1970, celui de Johan Cruyff.
En 2017, il effectue une visite retentissante à Barcelone pour prononcer un discours contre l'indépendance de la Catalogne devant une foule de manifestants anti-sécession.
La presse people fait ses choux gras de sa romance avec Isabel Preysler, l'ex-femme du chanteur Julio Iglesias, avec qui il a été en couple de 2015 à 2022.
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