Société
Comment améliorer la représentativité féminine dans la société marocaine ?
11/03/2021 - 08:09
Meryem Ait Ouaanna
Dans le cadre de la 11ème édition de la journée internationale des droits de la femme, Technopark et Wimen ont organisé ce mercredi 10 mars 2021, une table ronde sous le thème « Entre égalité et inégalité, comment atteindre une meilleure représentativité de la Femme dans la société marocaine ? ».
Depuis des lustres, le débat sur les inégalités hommes-femmes occupe une place prépondérante dans notre société. Au cours de cette année particulièrement difficile, la pandémie de coronavirus a creusé davantage les écarts existants en termes de genre. Selon les données 2020 du HCP (Haut-commissariat au Plan), sur 13 millions de femmes en âge d’activité au Maroc, 21% seulement sont actives et participent au développement économique du pays, contre 71% pour les hommes. Par ailleurs, le taux de représentativité des femmes dans les postes de prise de décision et de gouvernance atteint à peine 2%.
« 50% des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes. Malgré toute cette volonté d’émancipation, les femmes marocaines sont marginalisées dans le milieu professionnel au profit des hommes. Le Maroc est assez loin de la parité » a déclaré Najwa El Iraki, fondatrice et Managing Director d’une société de conseil en développement des affaires et conseil financier, lors d’une table ronde sous le thème « Entre égalité et inégalité, comment atteindre une meilleure représentativité de la Femme dans la société marocaine ? », organisée ce mercredi 10 mars 2021 par Technopark en partenariat avec Wimen (Women International Management & Executive Network), dans le cadre de la 11ème édition de la journée internationale des droits de la femme.
La pandémie a freiné l'égalité
La propagation de la pandémie de Covid-19 a constitué un sérieux frein à l’égalité femmes-hommes. « En raison de la pandémie, les inégalités se sont accentués, alors qu’on pensait que le travail à distance va permettre à la femme de pouvoir allier sa vie personnelle et sa vie professionnel, celle-ci s’est plutôt retrouvée confinée à des rôles de mère-épouse, qui, parfois englobent des responsabilités difficiles à concilier avec des carrières prenantes » a expliqué Najwa El Iraki.
Depuis plusieurs années, le taux de femmes entrepreneurs stagne à 10%. Ce pourcentage reste encore plus faible lorsqu'il s’agit de secteurs à forte valeur ajoutée. Pour Najwa El Iraki, la faiblesse du nombre de femmes chefs d’entreprises est avant toute chose liée à l’éducation financière. « Très souvent, les femmes ont du mal à investir leur propre argent. Cela est due à une peur de prise de risque et également au syndrome de l’imposteur » Et d’ajouter : « Pour une meilleure représentativité de la femme, il est primordial de démocratiser l’éducation financière, car c’est ce qui va encourager l’investissement et former des futures femmes entrepreneures ».
Un système patriarcal pro-masculin
Le système patriarcal est considéré comme étant un des principaux obstacles sur le chemin de l’égalité hommes-femmes. « Il faudrait encore 257 ans dans le monde avant d’atteindre la parité économique entre les sexes. Les hommes ne sont pas nos ennemis, bien au contraire. La seule différence, c’est qu’ils ont derrière eux tout un système pro-masculin et patriarcal qui les soutient et à chaque fois qu’ils échouent ou qu’ils sont sur le point d’échouer, ils savent que ce système va les protéger », estime Najwa El Iraki. En revanche, l’économiste Rachid Achachi considère que le patriarcat ne peut pas sauver les hommes de l’échec. « C’est un mode d’organisation social où le pouvoir n’appartient pas aux hommes mais qui passe par le principe masculin, ce qui est totalement différent ». Et de poursuivre que « l’objectif ne doit pas être la parité, il faut tout simplement que les possibilités soient les mêmes. Qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, tout le monde doit faire le maximum en termes d’acquisition de compétences, de combativité, afin d’atteindre un certain nombre d’objectifs ». Ce chercheur en sciences sociales estime également qu’ « aujourd'hui, on est dans une logique où c’est plus réellement le patriarcat qui structure mais plutôt la logique du capitalisme qui structure de plus en plus le Maroc et d’avantage le reste du monde. Le vrai combat n’est pas l’égalité hommes-femmes, mais c’est plutôt l’égalité entre tous les citoyens ».
Pour parvenir à assurer un avenir plus égalitaire et plus inclusif, Assietou Sylla Diouf, directrice générale du département des finances de Gavi l’Alliance du Vaccin, souligne que « l’État doit voter des lois en faveur de l’égalité et doit également promouvoir les femmes à travers l’instauration de quotas en vue de renforcer et consolider la présence de la gente féminine dans tous les secteurs ». Pour Najwa El Iraki, « au-delà d’une stratégie nationale d’égalité, il est indispensable de mettre en place un écosystème de soutien et de support portant sur tous les domaines. Ce nouveau modèle de développement doit se baser sur des valeurs humaines et sociales, qui imposent une meilleure représentativité de la femme au-devant de l’action et au cœur des postes de décision ».
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