Art & Culture
Décès de Mohamed Choubi: le Maroc perd une figure majeure de son paysage artistique
02/05/2025 - 14:26
Khawla Znaizini | Mohammed Fizazi
L'acteur iconique marocain Mohamed Choubi s’est éteint dans la matinée du vendredi 2 mai 2025 à l’âge de 62 ans, après un long combat contre la maladie. La nouvelle de sa disparition a suscité une vive émotion dans le monde artistique et culturel, tant l’homme avait marqué son époque par son engagement et son talent
Né le 4 décembre 1963 à Marrakech, Mohamed Choubi grandit dans un environnement riche en culture locale, qui influencera profondément son parcours artistique. Très tôt passionné par les arts dramatiques, il rejoint l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC) à Rabat, où il affine sa technique et forge une identité artistique singulière, marquée par l’audace et l’expressivité.
La scène théâtrale fut son premier terrain d’expression. C’est là qu’il développa sa conscience artistique, portée par des textes profonds et une présence scénique rigoureuse. Très vite, il conquiert également le petit écran avec des rôles complexes et nuancés, qui le font connaître d’un large public. Il enchaîne ensuite des apparitions remarquées au cinéma, dans des œuvres emblématiques telles que "Mandil Safia", "Aoud Errih" ou encore "Jouq Al-Amyine".
Plus qu’un interprète, Mohamed Choubi était un véritable témoin des réalités sociales du Maroc, qu’il traduisait avec justesse et émotion. Homme de lettres, il publie plusieurs ouvrages, dont le recueil de nouvelles "Malhama Al-Layl" et le recueil poétique "Watan ‘Ala Hafat Al-Rahil", à la croisée du vers et de la prose, hommage à plusieurs figures artistiques disparues.
Artiste engagé, il n’hésitait pas à intervenir dans les débats publics autour de la politique, de la culture ou des questions sociales. Refusant de n’être qu’un figurant du paysage culturel, il revendiquait une parole libre et assumée.
Son dernier rôle fut celui d’un réalisateur dans le film "L’Actrice", du cinéaste Hassan Ghnaja, actuellement en salles. Ce dernier a exprimé son profond chagrin auprès de SNRTnews : "La scène artistique vient de perdre l’un de ses piliers. Mohamed Choubi avait une manière unique de s’approprier les rôles, avec une intelligence rare et une sensibilité artistique remarquable." Il a ajouté : "Il apportait une touche particulière sur le plateau, créant une ambiance joyeuse malgré la pression du tournage. C’est ce qui le distinguait en tant qu’homme avant même d’être artiste".
Et de poursuivre: "Mohamed Choubi n’était pas seulement un acteur talentueux, il était aussi un écrivain et un intellectuel engagé, qui prenait part aux grands débats sur l’art, la politique et les questions nationales, avec profondeur et courage."
L’actrice Hind Saadidi a également fait part de son émotion à SNRTnews, se remémorant leur première collaboration en 2000 dans la série "Dwayr Zmane": "Il a été le premier à me soutenir, à m’aider à surmonter la peur de la caméra à mes débuts. Je le décris toujours comme un homme généreux, qui ne gardait jamais pour lui un conseil ou une information." Ajoutant: "Aujourd’hui, la scène de la vie a perdu l’un de ses piliers, celui qui nous a transmis la force dans les moments de doute, et illuminé nos parcours artistiques par ses mots et son âme noble."
L’acteur Malek Akhmiss a, quant à lui, évoqué l’esprit enjoué de Mohamed Choubi et ses anecdotes inoubliables sur le tournage du film "Bled Al-Ajaïeb", affirmant à SNRTnews : "Il était une mémoire vivante de l’art, un homme de ceux qui ne passent pas inaperçus. Il était l’un des géants du théâtre et du cinéma au Maroc, fidèle aux valeurs de l’artiste engagé pour les causes humaines. Un homme qui ne transigeait pas, ne faisait pas semblant, et ne se maquillait pas."
Dans un hommage empreint d’émotion, Younes Megri a confié à SNRTnews : "Je le connaissais depuis plus de 25 ans. Notre première collaboration remonte à un film d’Idriss Chouika, puis nous avons travaillé ensemble sur "La Symphonie Marocaine"." Il ajoute: "Il représentait cet homme généreux dans la vie comme dans sa carrière, alliant talent et sérénité. Je l’appelais toujours mon ami, et il le restera à jamais."
Avec la disparition de Mohamed Choubi, le Maroc perd une voix majeure, un regard lucide, et un esprit profondément attaché à l’art, à la culture et à l’humain.
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