Art & Culture
Entre manga et cinéma d’animation, une nouvelle génération puise dans l’identité marocaine
16/05/2026 - 18:13
Khawla Znaizini | Ayoub MouhyiddineAlors que de nombreux acteurs culturels et artistiques misent sur le développement du cinéma d’animation et des arts visuels au Maroc, la 24e édition du festival « FICAM » de Meknès s’impose comme un espace réunissant professionnels et jeunes créateurs venus de différentes régions du Royaume, afin de mettre en lumière la dynamique accélérée que connaît ce secteur, soutenue par l’évolution des studios et leur ouverture croissante aux partenariats internationaux.
Cette présence diversifiée reflète également une transformation notable dans la relation des jeunes Marocains aux univers de l’anime et du manga, qui ont dépassé le simple cadre du divertissement pour devenir un véritable terrain de création, de production locale et d’inspiration puisée dans l’identité et la culture marocaines au sein des œuvres d’animation et des bandes dessinées.
Lors de plusieurs rencontres et ateliers organisés dans le cadre du festival, des intervenants ont affirmé que le manga n’est plus une simple « mode passagère », mais l’expression d’une nouvelle phase culturelle imposée par la révolution numérique et les mutations du savoir. Selon eux, cet art a donné naissance à de nouvelles formes de littérature et de création, à travers les manuscrits, les bandes dessinées ainsi que les œuvres d’animation en deux et trois dimensions.
Cet intérêt intervient après que plusieurs générations de Marocains ont développé une relation particulière avec le manga japonais et l’anime asiatique, une relation qui a contribué à façonner le goût artistique et l’imaginaire collectif de larges franges de la jeunesse. Aujourd’hui, cette passion ouvre la voie à une réflexion autour de productions à touche marocaine, inspirées du patrimoine local, des contes populaires, de l’architecture et des arts traditionnels.
Dans ce contexte, Sabrina Timsit, conceptrice de mangas, a présenté un exemplaire du magazine « Qalam Kalam », qui regroupe six histoires réalisées par une jeune équipe marocaine et africaine. Elle estime que ce projet représente une opportunité pour développer la bande dessinée marocaine et le manga conçu par des auteurs locaux, à travers des œuvres inspirées de la culture et de l’identité marocaines.
Dans une déclaration à SNRTnews, Timsit a expliqué que l’objectif consiste à permettre aux jeunes Marocains de lire des mangas proches de leurs préoccupations quotidiennes et de leur culture locale, à travers des personnages et des événements répondant aux attentes d’un public ayant grandi avec les productions japonaises et françaises. Elle a ajouté que le projet ambitionne également de créer du contenu en arabe et en darija, dans un domaine dominé par les œuvres étrangères.
La présence du manga et de l’anime au Maroc ne se limite plus à la consommation et au suivi des œuvres. Ils sont devenus une source d’inspiration pour de nombreux jeunes souhaitant intégrer cet univers en tant que créateurs et dessinateurs. Les passionnés de cet art participent désormais à des concours et à des rencontres organisés dans les écoles et les universités pour mettre en valeur leurs talents en dessin et en création de bandes dessinées, parallèlement à l’engouement croissant pour ce type d’ouvrages dans les salons du livre et les activités culturelles destinées à la jeunesse.
Dans un autre volet des industries de l’animation, Zakaria Khama, directeur de la société FX House, spécialisée dans les technologies d’animation, les effets visuels et la réalité virtuelle, a évoqué l’évolution des techniques d’animation et des effets visuels au Maroc grâce à l’intégration des technologies 2D et 3D dans la publicité, les jeux vidéo et les productions cinématographiques. Il a notamment cité sa participation à plusieurs projets artistiques et cinématographiques, dont le film « Mon père n’est pas mort » du réalisateur Adil El Fadili.
Dans sa déclaration à SNRTnews, Khama a souligné que ce type de manifestations permet de découvrir de jeunes talents et des compétences prometteuses, tout en favorisant les opportunités d’échange et de collaboration entre passionnés et experts. Il a également relevé une évolution claire du secteur ces dernières années, susceptible de permettre au Maroc d’occuper une place avancée sur le marché international du cinéma d’animation.
De son côté, Mohamed Kharrat, responsable de la formation au sein d’une école gratuite spécialisée dans le cinéma d’animation, a mis en avant l’importance de travailler sur l’identité marocaine dans les œuvres d’animation, à travers l’inspiration tirée des contes populaires, des proverbes et du patrimoine local. Selon lui, cette orientation contribue à la création d’un contenu reflétant la singularité de la culture marocaine.
Kharrat a indiqué que l’établissement, qui dispose de branches à Fès et à Salé, offre aux jeunes passionnés par ce domaine une formation de deux ans, ouvrant ainsi des perspectives d’intégration et de créativité dans le secteur du cinéma d’animation, tout en contribuant à son développement à travers la formation d’une nouvelle génération de créateurs marocains.
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