Technologie
Le monde est-il prêt à affronter l’intelligence artificielle?
11/04/2025 - 09:35
Matar Bensalmia
Alors que les nouvelles technologies évoluent à une vitesse vertigineuse, un frisson familier se fait sentir. Il s’agit de ce souffle d’inquiétude qui s’invite à chaque tournant du progrès. Aujourd’hui, il porte un nom vaste, opaque, presque inquiétant: l’intelligence artificielle.
À peine évoquée, la voilà déjà accusée de tous les maux. On craint qu’elle vole nos emplois, qu’elle redessine nos vies, qu’elle pense à notre place, qu’elle nous surpasse, nous dépasse. Derrière ces peurs, une question lancinante se pose. Et si nous étions en train de créer quelque chose que nous ne pourrons plus contrôler?
D’ailleurs, cette peur ne date pas d’hier. C’est une vieille compagne de route. Elle se réveillait déjà quand la télévision entrait dans les foyers. À l’époque, tout le monde disait qu’elle abrutirait les masses, qu’elle tuerait la lecture. Puis Internet est arrivé. On le voyait comme un monstre sans visage, capable de nous isoler, de nous noyer dans l’info, de briser le lien social. Et pourtant, chaque fois, nous avons appris à cohabiter avec la nouveauté. À l’apprivoiser et à la rendre utile.
L’histoire, elle aussi, se souvient de ceux qui ont eu peur trop longtemps. De ceux qui ont préféré rester à quai, pendant que le train du progrès filait.
Kodak en est l’exemple concret. Géant incontesté de la photographie au XXᵉ siècle, l’entreprise a pourtant inventé, en 1975, le tout premier appareil photo numérique. Mais elle n’y a pas cru. Elle a enterré l’idée, de peur de saboter son lucratif marché de pellicules. Résultat? La photo numérique a conquis le monde, sans elle.
Blockbuster, elle, n’a pas cru au projet Netflix. Le géant de la location de films à l’époque avait refusé de racheter la startup en 2000 pour 50 millions de dollars, elle a laissé passer une révolution du divertissement à domicile. Sans grande surprise, Blockbuster a disparu. Netflix, lui, est devenu une référence planétaire.
Et comment ne pas citer Nokia, qui détenait 50% du marché mondial du mobile en 2007. Mais à force de minimiser l’arrivée du smartphone, sa part a chuté à 40,8% en un an seulement.
Toutes ces histoires racontent une même vérité: la peur de l’innovation peut être plus dangereuse que l’innovation elle-même.
Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, le même scénario semble se rejouer.
À l’échelle mondiale, une étude du Pew Research Center publiée en août 2023 indique que 53% des Américains se disent plus inquiets qu’enthousiastes face à l’IA, et seuls 23% estiment qu’elle aura un effet positif sur leur travail.
Quid du Maroc?
Le sentiment est partagé. Selon une étude du cabinet Ipsos intitulée "Predictions 2025 | Morocco Edition", 70 % des Marocains pensent que l’intelligence artificielle entraînera la perte de nombreux emplois dans le pays, tandis que 64% estiment qu’elle conduira à la création de nouveaux postes.

Et selon le rapport AI Jobs Barometer de PwC paru en février 2024, les métiers exposés à l’IA connaissent une croissance de la productivité cinq fois supérieure à la moyenne, avec des salaires bonifiés jusqu’à 25% pour les profils maîtrisant l’intelligence artificielle.
Alors oui, il est sain de poser des limites, de légiférer, d’encadrer, de réfléchir à l’éthique. Mais refuser d’évoluer serait bien pire.
Il y a cent ans, on craignait l’électricité. Il y a cinquante ans, la télévision. Il y a vingt ans, Internet. Aujourd’hui, c’est l’IA. Et demain?
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