Art & Culture
"L’homme qui lisait des livres": le roman de Rachid Benzine né des ruines et des mots
12/11/2025 - 11:39
Khaoula Benhaddou | Ayoub MouhyiddineL’écrivain, islamologue et politologue Rachid Benzine a signé, le 11 novembre à Casablanca, son dernier roman "L’homme qui lisait des livres".
Une rencontre marquée par l’émotion et la réflexion, où l’auteur a partagé avec ses lecteurs les fragments de vie de son personnage principal, Nabil Al Jabir, un libraire de Gaza qui malgré la guerre continuait de lire ses livres jaunis.
Un roman déjà traduit en plusieurs langues
Il est 16h30 à la librairie Porte d’Anfa. Devant un public attentif, Rachid Benzine présente son nouvel ouvrage, paru en août dernier et déjà traduit en plusieurs langues, dont le chinois.
"L’homme qui lisait des livres" raconte l’histoire de Nabil Al Jabir, un vieux libraire de Gaza qui, malgré les bombardements et le chaos, trouve dans les pages jaunies de ses livres un refuge et une raison de croire encore en l’humanité.
Sa silhouette, penchée sur ses ouvrages au milieu des décombres, inspire un jeune photographe français qui immortalise la scène. De cette image, symbole de résistance et de beauté au cœur de la guerre, naît le roman.
"J’ai choisi la photo pour immortaliser chaque instant. Tout le monde a entendu parler de la guerre à Gaza, mais si vous la vivez à travers les mots et l’histoire de Nabil, il y a quelque chose qui finit par vous toucher parce que c'est incarné. Et c'est ce qui manque aujourd'hui", explique Rachid Benzine.
Et d’ajouter: "l'image finit par désincarner, elle finit par polariser de telle sorte que la multiplication des images que nous recevons au niveau de la guerre finit par nous anesthésier et en rend la violence quasiment banale. Et pour moi, c'est le processus de la déshumanisation".
Quand un homme, un livre et la guerre se rencontrent
Nabil Al Jabir, ce vieux libraire qui garde espoir de voir un jour son pays libre, plonge dans ces livres pour lire, s’instruire et découvrir de nouveaux horizons, loin des bombes qui pulvérisent sa maison, son quartier… sa ville.
Pour l'auteur, le livre est un refuge, mais aussi une opportunité pour sauver l’humain; "les mots et les livres permettent de sauver ce qu'il y a de plus irréductible chez l'être humain, un espace où nous avons tous cette intériorité qui est inviolable, qui fait que nous restons humains".
La lecture pour sauver l’humain en nous
Pour Rachid Benzine, la lecture est bien plus qu’un loisir; "c’est un acte de résistance face à la barbarie. Nous avons plein d'histoires où nous avons des dictatures, des hommes qui ont résisté parce que chaque jour, ils répétaient des poèmes qu'ils avaient appris pour ne pas devenir fous. Parce que les mots nous sauvent et nous sommes sauvés toujours par les mots des autres. Tout simplement parce que nous sommes des êtres qui sont constitués par la parole des autres".
Au terme de la rencontre, Rachid Benzine rappelle que face aux bombes, aux murs et à la peur, le livre demeure un espace de lumière. Et peut-être que, quelque part à Gaza, un homme continue de lire, pour que le monde, malgré tout, ne s’éteigne pas.
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