Technologie
L'IA au galop, les investisseurs essayent de suivre
14/03/2025 - 10:24
AFP
L'accélération des progrès dans l'intelligence artificielle (IA) complique la tâche des investisseurs à la recherche de la nouvelle pépite dans un écosystème en perpétuelle évolution.
L'IA "est de ces opportunités (d'investissement) que l'on voit une fois par génération", a clamé Jai Das, patron de la société de capital-investissement Sapphire Ventures, à la conférence HumanX sur l'IA, à Las Vegas.
Ces cinq dernières années, résume-t-il, des montants colossaux ont été investis dans la mise au point des interfaces d'IA générative telles que ChatGPT et l'achat de puces nécessaires à leur conception.
Cette première phase s'achève avec la multiplication de ces grands modèles capables de générer du contenu sur demande en langage courant, souvent accessibles gratuitement, dont le coût de développement chute.
Entrepreneurs et informaticiens doivent maintenant imaginer un écosystème bâti sur ces fondations, à savoir applications, chatbots spécialisés, assistants.
"Aujourd'hui, il y a des tonnes de start-ups" sur le marché de l'IA, observe Lauren Kolodny, co-fondatrice de la société de capital-investissement Acrew Capital. "La difficulté, c'est d'y voir clair."
"L'une des choses les plus compliquées quand on investit tôt" dans la vie d'une entreprise, selon elle, "c'est de comprendre qui va réussir à avoir un avantage compétitif dans ce cycle de l'IA", dont les paramètres sont mouvants.
"Ce qui compte, c'est la qualité de votre modèle économique, pas vraiment la technologie que vous utilisez", plaide Fen Zhao, responsable de la recherche chez Alpha Edison, qui soutient des jeunes pousses.
Pour Brian Goffman, du cabinet McKinsey, le paysage qui se dessine va ressembler à celui des logiciels accessibles à distance (SaaS), nés de l'émergence du "cloud", qui "ont identifié un problème" rencontré par une entreprise ou un secteur.
"Pour les sociétés qui ont une super équipe tech, mais pas de modèle économique, cela va mal se finir", prévient-t-il.
Au-delà, avance Tomasz Tunguz, fondateur de Theory Ventures, les investisseurs doivent appréhender plus que le périmètre de la start-up.
"Nous étudions tout l'écosystème de l'industrie concernée et pas seulement le modèle économique de cette société", dit cet ancien de Google.
Pour certains, mettre la concurrence à distance suffisante est un défi quand le paysage n'est pas encore stabilisé.
"Il ne suffit pas d'être le premier, il faut avoir les bonnes données et les experts pour les exploiter", considère Josh Constine, du capital-investisseur SignalFire. "L'important, désormais, ce sont les données."
Il mentionne EvenUp, plateforme d'aide aux avocats en responsabilité civile, notamment pour mieux préparer les demandes d'indemnisation de leurs clients.
L'entreprise, dans laquelle a investi SignalFire, a établi une base d'informations sur des accords amiables entre victimes et assureurs, qui sont le plus souvent confidentiels.
"Cela indique à chaque avocat, selon les caractéristiques médicales du dossier" et en fonction des données historiques "ce que la personne peut réclamer", détaille Josh Constine.
"OpenAI n'a pas ces données", poursuit-il, "Anthropic non plus. Ceux qui façonnent leurs propres bases de données auront le plus de succès."
Car outre les petits acteurs, les géants de l'IA ne se contentent plus d'offrir aux entrepreneurs et développeurs les outils pour créer, mais veulent maintenant proposer des produits spécialisés clés en main.
Début février a ainsi fuité sur internet la présentation d'un nouvel agent virtuel mis au point par OpenAI, sorte d'attaché commercial à même de contacter des clients potentiels et de programmer des rendez-vous.
"C'est un peu comme avec Facebook il y a dix ans", suggère Josh Constine. "Si vous inventiez une app qui était trop proche de leur activité, vous preniez le risque qu'ils lancent quelque chose de similaire et vous écrase."
Pour James Currier, associé gérant de la société de capital-investissement NFX, la "défensabilité", c'est-à-dire la protection contre la concurrence, ne tient pas aux données.
"Dans 95% des cas", dit-il, "je peux les générer moi-même ou les copier. (...) Je n'ai pas besoin de vos données".
Pour cet entrepreneur devenu investisseur, seuls comptent l'intégration réussie d'un produit à l'ensemble des tâches qu'effectue un professionnel (embedding) et son utilisation par un groupe (networking).
Il prend, lui aussi mais pour d'autres raisons, l'exemple d'EvenUp, dans lequel a investi NFX, plateforme devenue un outil essentiel aux avocats.
"Si vous ne confectionnez pas quelque chose qui est centré sur l'humain et peut se glisser dans le quotidien de la journée de travail", abonde Fen Zhao, "cela ne marchera pas".
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