Société
Libéralisation des pharmacies: Les professionnels montent au créneau
24/02/2026 - 19:15
Khaoula Benhaddou
La réforme du secteur pharmaceutique fait débat. Les recommandations du Conseil de la concurrence sur l’ouverture du capital des officines suscitent une vive opposition au sein de la profession. Dans une correspondance adressée au Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, la Confédération des Syndicats des Pharmaciens du Maroc exprime un refus "clair, ferme et responsable" face à ce qu’elle considère comme une transformation profonde du modèle officinal national.
Dans une lettre adressée au Chef de gouvernement, la Confédération des Syndicats des pharmaciens du Maroc ont exprimé leur refus aux propositions du Conseil de la concurrence.
Au cœur des inquiétudes, trois propositions majeures: la libéralisation du capital des officines, l’autorisation du chaînage et l’assouplissement des horaires. Pour les pharmaciens, ces mesures ne constituent pas de simples ajustements techniques, mais bien "une transformation structurelle profonde du modèle officinal marocain et ne sauraient être abordées comme de simples ajustements techniques".
Un changement de modèle
Le modèle marocain repose selon la Confédération sur un principe central: le pharmacien est à la fois propriétaire, responsable scientifique et acteur indépendant de son officine. L’ouverture du capital à des investisseurs extérieurs introduirait, selon la Confédération, une logique financière susceptible d’influencer les décisions stratégiques.
"Il ne s’agit pas d’un débat juridique, mais d’un choix de modèle, un modèle sanitaire centré sur la responsabilité professionnelle d'un pharmacien totalement responsable de son contrôle quotidien et de ses actes ou un modèle structuré par des objectifs financiers" explique la Confédération dans la lettre adressée au Chef de gouvernement.
Des arguments économiques contestés
Les mesures proposées par le Conseil du gouvernement ont pour but de moderniser le secteur, aux économies d’échelle et au financement des jeunes diplômés. Des justifications que les syndicats jugent discutables.
Les prix des médicaments sont administrés par l’État, rappellent-ils, et les marges sont réglementées. Les centrales d’achat existent déjà. Quant aux difficultés d’installation des jeunes pharmaciens, elles seraient davantage liées à l’érosion du modèle économique officinal qu’à l’absence d’investisseurs. "Introduire des capitaux extérieurs ne corrige pas un modèle fragilisé ; cela en modifie simplement l’actionnariat", estime la Confédération.
Le spectre de la concentration
L’expérience internationale est également invoquée. Selon la profession, la libéralisation du capital conduit généralement à une concentration progressive du marché, à l’émergence de chaînes dominantes et à une pression accrue sur les officines indépendantes.
Ce n’est pas tout, les professionnels du secteur craignent un recentrage vers les zones urbaines les plus rentables, au détriment des territoires ruraux qui sont moins rentables. Or, le maillage territorial marocain repose aujourd’hui sur des pharmaciens propriétaires, ancrés localement et investis dans une mission de proximité. "Le capital recherche la densité et le volume", préviennent les syndicats, redoutant une marginalisation des zones moins rentables.
L’indépendance en question
Au-delà des considérations économiques, la profession insiste sur un enjeu stratégique: l’indépendance professionnelle. Même encadrée juridiquement, celle-ci deviendrait théorique si le pharmacien ne détenait plus la majorité de son capital, avancent les syndicats.
La pression financière, expliquent-ils, n’est pas nécessairement explicite ; elle est structurelle. Dans un secteur aussi sensible que celui de la santé, la confiance du patient repose sur l’indépendance réelle du professionnel. "Le médicament n’est pas un produit commercial", martèle la Confédération.
Quelle réforme pour le secteur ?
Les pharmaciens ne rejettent pas l’idée d’une modernisation. Mais celle-ci devrait, selon eux, porter sur la révision du modèle économique officinal, la valorisation des actes pharmaceutiques, l’intégration du pharmacien dans le parcours de soins et un accompagnement économique structuré des jeunes diplômés.
En conclusion, la Confédération appelle le gouvernement à privilégier une réforme concertée, fondée sur la préservation de l’indépendance professionnelle, de l’équilibre territorial et de la mission de santé publique confiée aux pharmaciens.
Le débat, désormais ouvert, dépasse la simple question économique. Il engage, selon la profession, un choix stratégique pour l’avenir du système officinal marocain.
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