Monde
"Marre du délit de faciès": à Nanterre, colère et tristesse après la mort de Nahel
28/06/2023 - 18:27
AFP
"La tristesse viendra après, là, on est en colère": Salima, habitante de Nanterre âgée de 60 ans, ne mâche pas ses mots mercredi au lendemain de la mort de Nahel, adolescent de 17 ans, tué par un policier après un refus d'obtempérer.
"On en a marre du délit de faciès, les jeunes en ont marre d'être stigmatisés", s'insurge celle qui dit comprendre "le désarroi des jeunes" de sa ville.
"On ne retire pas la vie" d'une personne parce que cette dernière "n'a pas le permis", ajoute-t-elle, remontée. Elle participera d'ailleurs à la marche blanche organisée jeudi après-midi au départ de la préfecture.
Dans les petites rues du centre ville de Nanterre, de nombreux habitants ne souhaitent pas s'exprimer sur le drame de la veille.
Croisée devant le centre de santé municipal, Juliette (qui a requis l'anonymat), 55 ans, raconte ce qu'il s'est passé dans la nuit de mardi à mercredi, où elle n'a "pas dormi" à cause des heurts qui ont éclaté près de chez elle.
"On enlève une vie à une maman", se désole cette Nanterrienne qui ressent "tristesse, colère et incompréhension". "Pourquoi le policier a tiré alors qu'il n'était pas en danger?", selon elle.
Nahel "n'était pas un délinquant", tient-elle à souligner, précisant l'avoir croisé à de multiples reprises au centre de loisirs du quartier du Vieux-Pont où il se rendait régulièrement d'après elle.
"On peut comprendre"
Les faits se sont produits mardi matin près de la station de RER Nanterre-Préfecture. Dans un premier temps, des sources policières ont affirmé qu'un véhicule avait foncé sur deux motards de police.
Mais une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, authentifiée par l'AFP, a montré qu'un des deux policiers tenait le conducteur en joue, puis qu'il a tiré à bout portant quand la voiture a redémarré. Dans la vidéo, on entend "tu vas te prendre une balle dans la tête", sans que l'on puisse attribuer cette phrase à quelqu'un en particulier.
Nahel M. est décédé peu de temps après avoir été atteint au thorax.
A Nanterre, où les heurts ont été les plus violents dans la nuit de mardi à mercredi, "plusieurs bâtiments publics et privés, parmi lesquels des écoles, ont subi d'importantes et inacceptables dégradations parfois irrémédiables", a déploré la mairie, appelant à arrêter "cette spirale destructrice".
Les affrontements, qui ont commencé dès la fin d'après-midi mardi, se sont terminés vers 3H30 mercredi, et se sont étendus à plusieurs autres communes des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne.
Mercredi après-midi, le calme était revenu dans la cité Pablo Picasso, même si le quartier portait encore les stigmates des heurts de la nuit : quelques carcasses de voitures brûlées et du mobilier urbain détérioré sont encore visibles dans les rues.
"C'est désolant mais on peut comprendre que les gens soient énervés, c'est redondant ce qui arrive", regrette Nadia Mariama, employée de banque de 28 ans et habitante de la cité.
Elle n'espère qu'une chose: qu'il n'y ait "plus de débordements de la part de la police" et que le calme revienne, bien qu'elle aussi comprenne "la colère" des jeunes.
"Confiance rompue"
"La confiance est rompue entre les jeunes et les policiers, dans les deux sens", déplore Fatiha Abdouni, cofondatrice de l'association des "Mamans de Pablo", et habitante d'une des célèbres "tours Nuages" de Nanterre.
Mercredi matin, elle a constaté "les dégâts impressionnants" au pied de ces immeubles des années 1970, conçus par l'architecte Emile Aillaud.
C'est entre ce quartier et celui du Vieux-Pont qu'a grandi Nahel, "avec sa mère et sa grand-mère", dit-elle.
Pour cette responsable associative, "il y a beaucoup de colère, partout", et "les jeunes ont l'impression que c'est le seul moyen qu'ils ont pour s'exprimer".
"J'ai peur pour ce soir (mercredi), les jeunes sont très remontés", ajoute-t-elle.
Articles en relations
Monde
Monde
Monde
Monde