Politique
Observation électorale dans un contexte de pandémie: ce qu'il faut savoir
26/08/2021 - 22:27
Imane Benichou
L'Observation électorale est fondamentalement un exercice de soutien à la démocratie, un renforcement de la confiance du public dans les processus électoraux et une dissuasion des fraudes. Les observateurs électoraux vérifient si les résultats d'une élection reflètent réellement la volonté du peuple. Pourquoi observer le processus électoral? Et comment y procéder dans un contexte de pandémie? Explications.
"L’observation des élections est venue dans un moment assez particulier. A partir de 2002, il y a eu une volonté de l’Etat de couper avec les pratiques anciennes et en parallèle a émergé une autre volonté indépendante et autonome de la société civile qui essaie d’observer", rappelle à SNRTnews, Kamal Lahbib, coordinateur national du Collectif associatif pour l’observation des élections (CAOE).
Il souligne en outre que chaque pays dispose de méthodes électorales différentes, selon un nombre de référentiels et de pratiques "qui ont permis la mise en place de certains nombres de mesures et de stratégies et de développer une vision particulièrement adaptée aux conditions du pays". Et à lui de poursuivre: "A chaque échéance électorale, nous découvrons qu’il y a des nouveautés et nous sommes alors obligés de s’adapter systématiquement pour établir les outils d’observation", ajoute-t-il encore.
Pourquoi observer ?
"D’abord parce qu’on souhaite que la volonté populaire soit respectée", rétorque Lahbib. "Ce processus contribue à l’éducation politiques des jeunes et des gens et à élever le niveau de citoyenneté et de conscience politique sur les enjeux d’une élection", ajoute-t-il.
L’observation des élections, constitue, selon notre interlocuteur, un moyen pour défendre la liberté d’expression, l’accès des différents partis politiques aux médias et aux financements "sous le même pied d’égalité ou au moins selon des critères transparents, clairs et acceptables à tout le monde". On observe, également, parce qu’il s’agit "d’une orientation de l’éducation vers la citoyenneté et la compréhension du système politique qui est en place, des lois, du code électorale, du code de la presse, de la question de la participation politique des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap", fait-il savoir.
POur sa part, Mounir Bensaleh, secrétaire général du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), indique à SNRTnews que "l'observation impartiale et indépendante des élections est un suivi de terrain du processus électoral et une évaluation objective et impartiale des conditions de leur organisation et de la mesure dans laquelle ils respectent les règles constitutionnelles et organisationnelles liées aux élections et aux normes internationales". Et d'ajouter que "c'est la philosophie sur laquelle se fonde la loi n° 30.11 sur l'observation des élections au Maroc", déclare-t-il, d'où le rôle important et essentiel des observatrices électorales et des observateurs électoraux.
L’observation des élections accompagne, en effet, tous le processus préélectoral, notamment la campagne électorale, le jour J du scrutin. Elle se préoccupe du suivi de l’annonce des résultats, le décompte des voix, et l’ensemble de la mise en place du gouvernement. "Nous documentons notre observation et nous élaborons des recommandations non seulement sur le déroulement du processus électoral mais aussi sur les lois, le fonctionnement des administrations et les cas éventuels de violence dans la campagne électorale", explique le coordinateur national du CAOE.
Même son de cloche chez Bensaleh qui affirme que ce processus peut contribuer à améliorer la qualité des élections, à développer les pratiques électorales et à améliorer la législation et les lois, à travers les recommandations et les rapports des organes d'observation des élections. "Même au cours du processus électoral, la présence d'observatrices et d'observateurs peut avoir un effet dissuasif sur les violations potentielles, ce qui contribue en fait à l'intégrité du processus électoral et renforce la confiance dans le processus démocratique et la justiciabilité des urnes", précise-t-il.
A l’ombre de la Covid
D'ailleurs, dans ce contexte de pandémie, tous les domaines de la vie publique et privée des citoyens ont été touchés, notamment les élections. Pour le secrétaire général du CNDH, "les circonstances exceptionnelles et la situation épidémiologique actuelle imposent de nouveaux rythmes et défis, que nous prenons en considération".
"Nous adaptons nos stratégies de travail avec ces défis afin de garantir que l'observation électorale indépendante et impartiale se déroule dans les meilleures conditions, dans le plein respect des mesures de précaution et des contrôles", avance-t-il.
Interpellé sur ce sujet, Kamal Lahbib répond : "Nous allons nous adapter. Il est clair qu’au Maroc, nous ne sommes pas arrivés au stade de vote à distance. On doit donc devoir passer par les bureaux de vote obligatoirement", lance-t-t-il.
Et de poursuivre que l’expérience marocaine sur la vaccination a permis de mesurer la capacité du pays à pouvoir effectivement améliorer le système du vote par voie numérique, "mais pour le moment, il n’y a aucune décision. Nous allons devoir nous adapter. Nous n’avons pas le choix", s’exprime-t-il.
Rappelons que la Commission spéciale d'accréditation des observateurs des élections a tenu six réunions qui ont conduit à l'accréditation de plus de 44 ONG et d'une seule institution nationale, le Conseil national des droits de l'Homme. Plus de 4.500 observateurs ont reçu l'aval de la commission, en prévision des prochaines échéances électorales prévues en septembre, avec plus de 500 observateurs, qui seront répartis sur les 12 régions du Royaume. Dans une déclaration à la presse au terme de la sixième et dernière réunion de cette commission, tenue mercredi 25 août à Rabat, la présidente du CNDH, Amina Bouayach a précisé que près de 70 observateurs internationaux représentant quelque 14 organisations non gouvernementales internationales et deux parlements internationaux vont visiter le Maroc pour effectuer l'observation neutre et indépendante des élections.
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