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Présidentielle française: et si l'abstention jouait les trouble-fêtes ?
08/04/2022 - 17:00
MAP
Les derniers sondages le montrent clairement. Rarement dans l’histoire de la Présidentielle française, l’abstention n’aura eu autant de poids. A j-2 du premier tour, plus du tiers des électeurs ne sont pas sûrs d’aller voter, rendant les modélisations des instituts d’enquêtes d’opinions encore plus incertaines. Une chose est sûre : l’abstention risque de venir jouer aux trouble-fêtes.
En tenant compte des estimations des sondeurs de ces derniers jours, le record d’abstention connu sous la 5e République pour un premier tour de l’élection présidentielle - 28,4 % enregistrés le 21 avril 2002 - pourrait être battu ce 10 avril. La présidentielle de 2012 avait déjà été marquée par une démobilisation relativement forte (22,2 %).
Ce dimanche, l’abstention sera scrutée comme jamais car elle risque fort de peser sur le résultat du scrutin. Le souvenir des régionales en 2021, qui avaient vu les deux tiers des Français déserter les urnes, hante encore les esprits.
Face à un front républicain qui se désagrège, une lassitude des électeurs, une '’certaine banalisation des extrêmes’" et une campagne électorale se déroulant dans un contexte géopolitique brûlant, les spécialistes des études politiques et sociales avancent prudemment.
Les raisons d’une potentielle abstention sont pléthore, estime-t-on. Il y a d’abord l’absence d’enjeu de la campagne, aucun candidat ou projet ne recueillant suffisamment les faveurs d’une bonne masse électorale.
En outre, le contexte de la guerre en Ukraine, aux portes du bloc des 27, et deux éprouvantes années de pandémie ont contribué à faire grossir les rangs des sceptiques et autres mécontents.
Tout particulièrement pour cette échéance, un autre argument revient souvent chez les sondés : Une impression que les dés sont jetés, que le résultat est déjà joué. Des spécialistes parlent d’un "débat politique anesthésié". Car, si Emmanuel Macron était déjà donné vainqueur, que le suspense était littéralement absent, pourquoi se mobilisera-t-on ?, argue-t-on.
Si au premier tour, les sondages donnent, tous, le candidat En Marche face à celle du Rassemblement national, Marine Le Pen, c’est au second tour que l’abstention entrera réellement en jeu. Le front républicain qui avait fait barrage à la candidate d’extrême droite en 2017 est-il aussi hermétique en 2022 ?
Rien n’est moins sûr. Car, si Le Pen accède au second tour elle pourrait éventuellement compter sur un important réservoir de voix –qu’elle n’avait pas par le passé- constitué essentiellement des électeurs d’Eric Zemmour (Reconquête) et d'une partie de ceux de Valérie Pécresse (Les Républicains).
Il convient également de prendre en compte une certaine lassitude –parfois même une frustration- de l’électeur français qui ne vote pas à l’extrême droite et qui doit à chaque élection voter "rien que pour empêcher cette droite radicale d’accéder à la Présidence de la république".
Force est de constater aussi que l’image de l’extrême droite représentée par Marine Le Pen n’est désormais plus celle de 2002 et 2017, en raison tout particulièrement de l’entrée sur la scène politique d’un candidat encore plus radical : Eric Zemmour. Celui-ci a quelque sorte contribué à pondérer "le risque Le Pen".
Outre le niveau global de l'abstention, des spécialistes considèrent que c'est aussi le degré de mobilisation des différents électorats qui sera observé de près. Car, si les électeurs de Macron sont démobilisés et ceux de Marine Le Pen particulièrement mobilisés, c'est l'abstention qui va les départager.
Nuançant les pronostics, d’autres font remarquer que les plus mobilisés, ce sont "les modérés, des électeurs qui se reconnaissent dans les candidats du centre, principalement Emmanuel Macron aujourd'hui. Auxquels s'ajoutent les libéraux, plutôt élitistes et pro-système".
En tous les cas, l'abstention est un indicateur, pour les observateurs, d’une crise démocratique qui devrait inquiéter les acteurs politiques.
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