Société
Vaccination : l’indemnité d’une demi-journée de travail en France équivaut un an au Maroc
16/05/2021 - 21:34
Khaoula Benhaddou
En France, pour une demi-journée de travail, soit quatre heures, dans un centre de vaccination contre la covid-19, un médecin touche une indemnité de 420 euros et 220 euros pour l'infirmier. Au Maroc, le personnel soignant a eu droit à une indemnité de 6.000 dirhams pour les médecins et 4.800 dirhams pour les infirmiers, et ce, pour plus d'un an de travail dans les unités directement impliquées dans la gestion de la pandémie.
Une disparité criante relevée par le personnel soignant marocain directement impliqué dans la gestion de la crise covid-19 donne du fil à retordre : pour une demi-journée de travail dans un centre de vaccination en France, un médecin touche une indemnité de 420 euros, l'infirmier touche pour sa part 220 euros. Au Maroc, une indemnité exceptionnelle a été accordée au personnel soignant et administratif relevant du ministère de la Santé au titre du budget des centres hospitaliers pour l’année 2021. Le montant de cette indemnité "exceptionnelle" s'élève à 6.000 dirhams pour les médecins et pharmaciens impliqués directement dans la gestion de la crise. Elle est de 4.800 dirhams pour les infirmiers et techniciens de santé qui opèrent dans les unités de gestion de la crise Covid.
L'indignation du corps médical
L'annonce du montant des indemnités accordées au personnel soignant de l'Hexagone a fait réagir leurs collègues marocains. "Ce chiffre fait mal au cœur. Depuis le début de la crise sanitaire, les médecins spécialistes et réanimateurs qui se trouvent au premier rang n’ont touché que 6.000 dirhams. Les infirmiers n’ont touché que 4.800 dirhams. Les sous-traitants comme les agents de sécurité et les femmes de ménage n’ont reçu aucune indemnité alors qu’ils sont indispensables à la gestion de cette pandémie", s’indigne Dr Abdelghafour El Othmani, secrétaire provincial des médecins, chirurgiens-dentistes et pharmaciens, au Syndicat national de la santé de Tanger affilié à la CDT.
Il précise que les personnes qui travaillent au premier rang n’ont pas eu droit au congé depuis plus de 15 mois. "Nous sommes mobilisés depuis le début de la crise sanitaire et nous avons tous fourni beaucoup d’efforts pour la réussite de cette campagne, qui rencontre un franc succès. Dans les coulisses, les médecins travaillent dans des conditions difficiles, nous sommes en sous-effectif et nous travaillons sous pression, sans oublier les risques que nous encourons tous les jours. Ce qui nous fait mal, c’est l’absence de reconnaissance", s'indigne le médecin. Et d’ajouter : "Alors que les autres pays rendent hommage aux médecins pour le travail fourni, au Maroc, nous sommes maltraités. Sans oublier que la deuxième tranche des indemnités tarde à être versée, on se demande même si nous allons la toucher ", conclut le représentant syndical.
Les infirmiers doublement lésés
Même son de cloche chez Fatimazahra Belline, porte-parole du Mouvement des infirmiers et techniciens de santé qui demande au ministère de Santé de revoir à la hausse la prime de risque du corps infirmier. "Il ne faut pas comparer l'incomparable, la prime de risque pour les médecins et infirmiers marocains est minable. Ils méritent beaucoup plus que ça. Nous demandons l’équité entre toutes les équipes. Quand on distingue entre corps infirmier, médecins et d’autres spécialités, c’est comme si certains travaillent plus que d’autres et qu’ils n’encourent pas le même risque", précise Fatimazahra.
Elle rappelle dans ce même sens que les infirmiers effectuent 80% des soins prodigués dans les établissements hospitaliers. "Les infirmiers sont vraiment lésés, ils sont en contact permanent avec les malades et s’occupent de quasiment tous les soins. Pour cela notre prime doit être comme celle des autres prestataires de services sanitaires. Une différence pourrait être opérée suivant les services : un infirmier qui travaille dans un service d'accueil des urgences ou de réanimation ne peut pas percevoir la même prime que celui qui travaille dans un service de médecine ou de pédiatrie. De ce fait, on demande l’augmentation du montant de la prime pour tout le corps infirmier avec une prise en considération du degré des dangers encourus", revendique la syndicaliste.
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