Société
Applications de santé numérique: Entre promesse de suivi et limites de fiabilité
04/04/2026 - 15:32
Chahrazad Aiouch
La santé numérique suscite un intérêt croissant, portée par la multiplication des applications mobiles et des objets connectés capables de suivre différents indicateurs physiologiques au quotidien.
Fréquence cardiaque, sommeil, activité physique ou encore niveau d’oxygène dans le sang : ces outils promettent une surveillance continue et accessible de l’état de santé des utilisateurs. Toutefois, derrière cette promesse technologique se posent des questions essentielles quant à la fiabilité des données et à leur interprétation médicale.
Dans ce contexte, le cardiologue Ahmed Bennis a déclaré à SNRTnews que si certaines applications et montres connectées permettent effectivement un suivi intéressant de paramètres comme la fréquence cardiaque au repos ou le nombre de pas, leur précision reste variable.
Selon lui, plusieurs études montrent un écart d’environ 3% pour la mesure de la fréquence cardiaque, ce qui témoigne d’un risque d’erreur non négligeable. Il souligne également que seule une faible proportion des dispositifs connectés a été réellement validée scientifiquement, ce qui met en évidence un problème de validation des données.
Le cardiologue insiste par ailleurs sur la prudence à adopter concernant certaines mesures plus complexes, telles que l’oxygénation du sang, la pression artérielle sans brassard ou encore l’analyse du sommeil. Il rappelle que ces indicateurs peuvent être influencés par plusieurs facteurs externes et qu’ils ne remplacent pas les examens médicaux classiques.
À titre d’exemple, il explique que les montres connectées peuvent présenter des écarts significatifs dans l’évaluation des stades du sommeil, comparativement à des méthodes de référence comme la polysomnographie.
Le professeur Bennis met également en garde contre une utilisation excessive de ces outils dans un cadre médical. Il rappelle que certaines mesures, comme les troubles du rythme cardiaque, doivent être confirmées par des examens cliniques, notamment l’électrocardiogramme. Il distingue aussi entre les dispositifs médicaux soumis à une réglementation stricte et les applications de bien-être, qui échappent souvent à des contrôles rigoureux.
Concernant les technologies basées sur l’intelligence artificielle, il appelle à une vigilance accrue, soulignant que leur précision diagnostique reste limitée et variable. Selon lui, ces outils peuvent être utiles pour suivre certaines tendances générales, comme l’évolution du pouls, l’activité physique ou la qualité du sommeil, mais ne doivent pas être utilisés pour poser un diagnostic ou ajuster un traitement sans avis médical.
Ainsi, les applications de santé numérique représentent un outil complémentaire intéressant pour le suivi quotidien, mais leur fiabilité reste relative. Comme le résume le professeur Bennis, elles sont utiles pour surveiller, mais insuffisantes pour trancher. En cas de symptômes inquiétants, il demeure indispensable de recourir à une évaluation médicale classique afin de garantir un diagnostic fiable et un suivi approprié.
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