Economie
Banque mondiale: l’ombre des traditions plane encore sur l’emploi des femmes
11/11/2025 - 19:06
Matar Bensalmia
Ce ne sont pas les compétences qui manquent, mais la permission sociale de s’en servir. Dans son dernier rapport, la Banque mondiale pointe du doigt ces traditions qui continuent de fermer symboliquement les portes du travail aux femmes.
Ce rapport intitulé “Emplois et femmes: Talents inexploités, croissance non réalisée”, met en lumière un facteur souvent sous-estimé. Il s’agit du poids des normes sociales, qui continue de dicter la place des femmes dans la société.
Selon la même source, la région MENAAP est celle où les normes de genre sont les plus restrictives au monde. Beaucoup pensent encore que “lorsqu’il y a peu d’emplois, les hommes devraient passer d’abord”. Une idée si ancrée qu’elle dépasse les différences de revenus, d’éducation ou de générations. Pourtant, la Banque mondiale note un paradoxe frappant: les croyances personnelles sont souvent plus progressistes que la perception collective.
En réalité, nombre de personnes approuvent le travail des femmes, mais s’imaginent que leur communauté, elle, le désapprouve. Une forme d’autocensure sociale qui perpétue l’inertie.
Cela se traduit donc par des taux d’activité féminine historiquement bas. Dans le détail, à peine une femme sur cinq participe au marché du travail. Les conséquences sont lourdes. Les économies de la région se privent d’une source majeure de croissance et d’innovation.
Dans ce sens, le rapport appelle les politiques publiques à s’attaquer non seulement aux textes, mais aussi aux mentalités.
La Banque mondiale souligne par exemple l’efficacité des campagnes d’information qui corrigent les idées fausses sur ce que pensent réellement les autres. A titre d’exemple, le fait de montrer que la majorité soutient le travail des femmes suffit souvent à faire évoluer les comportements.
Des jeunes générations prêtes au changement
Le rapport observe également que les jeunes générations sont globalement plus favorables à l’emploi féminin que leurs aînés. Ce changement de mentalité reste toutefois inégal et fragile, notamment dans les zones rurales où les traditions demeurent puissantes.
Dans ce sens, la Banque mondiale appelle à soutenir activement cette transition culturelle, en investissant dans l’éducation, les médias et les programmes de sensibilisation qui valorisent la contribution économique des femmes.
Libérer les esprits avant de libérer le marché?
Pour la Banque mondiale, les réformes économiques seules ne suffiront pas. En effet, sans évolution des normes sociales, les progrès resteront partiels. Briser ces barrières demande du temps, du courage politique et une implication de tous les acteurs.
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