Société
CAN 2025: Le Maroc renforce son arsenal juridique pour contrer le piratage du streaming sportif
10/12/2025 - 23:17
Youness Oubaali
À l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025), que le Maroc s’apprête à accueillir, Rabat se prépare à organiser une conférence internationale dédiée à la lutte contre la piraterie audiovisuelle, afin de renforcer la coopération et protéger la diffusion des matchs contre les plateformes illégales.
Dalal Mhamdi Alaoui, directrice du Bureau marocain des droits d’auteur et droits voisins (BMDAV), a rappelé que la retransmission de matchs sur des plateformes numériques non autorisées constitue une activité illégale. Elle a assuré que son bureau, aux côtés des détenteurs de droits de diffusion, mèneront une “vaste opération”, en prenant toutes les mesures juridiques nécessaires pour poursuivre les plateformes contrevenantes.
Dans un entretien accordé à SNRTnews, qui sera diffusé prochainement, elle insiste sur la nécessité d’empêcher ce qu’elle qualifie de “prolifération” de ces plateformes qui profitent des événements footballistiques pour diffuser les matchs sans autorisation.
Les enquêtes révèlent une croissance de la piraterie
La conférence internationale de haut niveau sur la lutte contre la piraterie audiovisuelle se tiendra à Rabat le 16 du mois en cours. Elle est organisée par le BMDAV, en partenariat avec l’Institut national de la propriété industrielle de France, la délégation de l’Union européenne au Maroc, et avec le soutien d’Interpol, de la Motion Picture Association et de l’Alliance pour la créativité et le divertissement (ACE).
Dans un communiqué commun, les organisateurs soulignent que la piraterie numérique de contenus protégés est devenue un enjeu économique, juridique et sécuritaire majeur.
L’ACE indique que ses investigations ont révélé une forte concentration d’acteurs de la piraterie au Maroc ces dernières années, particulièrement dans les services d’IPTV, le streaming et les techniques de copie de contenu (Content Ripping).
Les enquêtes de cette organisation – la plus importante au monde dans la lutte contre la piraterie en ligne – montrent également que certaines de ces réseaux administrent de vastes systèmes criminels visant des publics en Afrique du Nord, en Europe et au Moyen-Orient.
Malgré la hausse des plaintes pénales et les avancées technologiques permettant de détecter ces réseaux, seule une faible proportion des procédures aboutit à des condamnations ou à la fermeture définitive des plateformes illégales. Les organisateurs expliquent cette situation par la lenteur des procédures, la complexité des infrastructures techniques utilisées et la faible priorité accordée aux infractions de propriété intellectuelle.
Le rôle central du Maroc dans la protection des diffusions numériques
Les organisateurs conviennent que le Maroc joue un rôle stratégique dans le dispositif régional de lutte contre la piraterie. Le pays est décrit comme un hub pour la distribution de contenus et un pont numérique reliant l’Afrique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient. Grâce à son infrastructure avancée en matière d’hébergement, de télécommunications et de paiement électronique, le Royaume est à la fois un partenaire clé dans les efforts de protection… et une cible pour les réseaux de piraterie qui exploitent ces capacités.
À l’approche de la CAN, une hausse des tentatives de diffusion illégale de matchs en direct est attendue. La conférence servira donc à renforcer la coordination entre les autorités de régulation, le système judiciaire, les services de sécurité et le secteur privé, mais aussi à sensibiliser à l’impact économique, social et culturel de cette pratique, et à consolider les mécanismes de prévention et de dissuasion.
Coopération internationale
La conférence vise à renforcer l’échange d’expertises entre les autorités marocaines – notamment les unités de lutte contre la cybercriminalité, les autorités judiciaires et les organismes de régulation – et leurs partenaires internationaux.
Les discussions se concentreront sur quatre axes principaux : le partage d’expériences et de bonnes pratiques, l’amélioration des mécanismes de coopération, l’accélération des mesures de blocage des sites et serveurs pirates, et le renforcement des capacités techniques et juridiques des acteurs publics et privés.
Les organisateurs affirment que cette initiative dépasse le cadre de la CAN 2025 : elle s’inscrit dans une approche durable visant à faire du Maroc un acteur central de la lutte contre la piraterie dans la région, à travers la coopération internationale, la montée en compétences des institutions nationales et la sensibilisation du public aux conséquences des atteintes à la propriété intellectuelle sur la création, l’investissement et l’emploi.
Cette conférence intervient après une précédente rencontre à Casablanca consacrée à la lutte contre la contrefaçon, organisée par l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale en partenariat avec l’INPI France et la délégation de l’Union européenne. Elle s’inscrit dans une mobilisation plus large contre des pratiques qui s’intensifient souvent lors des grands événements sportifs, qu’il s’agisse de piraterie ou de contrefaçon, en raison des pertes économiques importantes qu’elles engendrent et des risques sanitaires et sécuritaires qu’elles font peser sur les consommateurs.
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