Société
Covid-19: annulation des congés en perspective, les infirmiers au bord du burnout
25/07/2021 - 19:29
Khaoula Benhaddou
Depuis quelques jours, les professionnels de santé s’inquiètent sur le sort de leurs congés. Face à la recrudescence des cas de contamination au coronavirus, cette tranche de société risque encore une fois d’être privée des congés administratifs pour la deuxième année consécutive. Témoignages.
Il y a quelques jours, le Directeur du Centre hospitalier régional d’Agadir a adressé une note de service à l’ensemble de son personnel annonçant la suspension "jusqu'à nouvel ordre" des congés administratifs.
Si le ministère de la Santé ne s'est toujours pas prononcé sur la question, les professionnels de la santé voient déjà leurs programmes estivaux tombées à l’eau. "J’ai appris que certains Directeurs ont annulé les congés administratifs de quelques collègues. Je ne sais pas si le mien sera également annulé. Au jour d’aujourd’hui, je n’ai toujours pas été informée d'une quelconque décision ministérielle à ce sujet", précise Hanae infirmière qui travaille en première ligne face à la Covid-19 depuis le début de la crise sanitaire. Et elle se sent au bout de sa force : "Depuis le début de cette crise, je ne me suis pas reposée, je n’ai pris aucun congé. Je me sens vraiment épuisée alors que je dois travailler une année de plus sans souffler", déplore l'infirmière.
Hanae n’est pas la seule à s’inquiéter sur le sort de son congé, plusieurs soignants s’attendent à une décision ministérielle "peu clémente". "La situation épidémiologique n’est pas très rassurante. Les cas de contamination au coronavirus augmentent d’une manière fulgurante et les services de réanimation commencent à se remplir. Face à cette situation, nos congés tomberont forcément à l’eau", précise Khadija, infirmière.
Burnout
Face à l’augmentation des cas de contamination au coronavirus, le ministère de la Santé aura certainement besoin de l'ensemble de son personnel pour faire face à une nouvelle vague qui profile à l'horizon, mais aussi pour participer à la campagne de vaccination qui prend son rythme de croisière après la réception de plusieurs millions de doses de vaccin anti-covid. "Pour le moment, rien n’est officiel. Il y a juste une note interne qui nous avise que la tutelle pourrait faire appel aux personnes qui sont déjà en congé. J’étais en voyage à Errachidia et j’ai dû interrompre mon congé et rentrer", explique Fatimazahra Belline, porte-parole du Mouvement des infirmiers et techniciens de santé.
Fatimazahra déplore le manque de communication entre le département de Khalid Ait Taleb et les professionnels de la santé. "On ne comprend pas comment le ministère s’adresse à l’opinion publique et prend des décisions sans revenir vers nous. Par exemple, on a appris comme tout le monde que les centres de vaccination resteront ouverts 7/7 jusqu’à 20h, aucune note interne ne nous a été adressée", s'indigne l'infirmière. Et d’ajouter: "D’ailleurs on aura une réunion lundi pour voir si on va mettre en exécution la décision ministérielle ou pas. On ne sait pas si cette décision va vraiment être appliquée ou bien s'il s'agit juste d'un tapage médiatique à l'approche des élections".
Notre interlocutrice s’inquiète également de l’état psychique des professionnels de la santé. "Nous sommes mobilisés depuis le début de la crise sanitaire. Le ministère de la Santé ne prend pas en considération l’état psychique et la fatigue des soignants. Si on continue comme cela on va vivre le même burnout que vivent nos confrères tunisiens", alerte la représentante des infirmiers. Et d’ajouter "On travaille en sous-effectif, nous sommes 30.000 infirmiers au Maroc qui font le travail de 50.000 personnes. On ne sait pas combien va durer cette crise sanitaire, mais le ministère est appelé à renforcer les équipes pour nous venir en aide. On ne voit malheureusement pas le bout de tunnel", conclut notre interlocutrice.
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